MISSION SECRÈTE D'ÉDELSHEIM À VERSAILLES
cela ne Ini suffit pas et il va s'adresser à Choiseul avec le-
É quel il était déjà en commerce épistolaire, vs 4 Malgré les démèlés célèbres qui suivirent le départ de 2 e Voltaire de Potsdam, Frédéric n'avait cessé de corres- FU pondre avec celui qu'il considérait comme son maitre dans É rs le royaume des lettres; il le consultait sur ses poésies et mad . recevait de lui des épitres où des allusions aux événements on contemporains se mêlaient à la critique ou à l'éloge des re œuvres royales. En dernier lieu (1), l'illustre écrivain qui dis dei avait toujours ambitionné un rôle diplomatique, avait servi en d'intermédiaire, de « bureau d'adresse » comme il le disait, ASP à un échange de lettres entre Choïseul et le roi de Prusse. à tenir De part et d'autre, les billets avaient pour destinataire se Voltaire, mais grâce à une indiscrétion tacitement autorisée, leur contenu ou du moins de: extraits importants Le P étaient communiqués aux deux intéressés. À en juger par pe les spécimens qui figurent dans une publication (2) récente, dE qe les élucubrations du ministre et du Roi ont un caractère ce. La trop marqué de polémique personnelle pour mériter le ARR titre d'ouvertures pacifiques. Dans ce duel épistolaire, es le c'est à qui décochera à son adversaire le trait le plus Rs envenimé. Frédéric affectait de ne pas prendre Choiseul os 7. au sérieux, et celui-ci, piqué au vif, répliquait (3) par des va : vantardises : « Mandez-lui que malgré nos échecs et d’a- % iles près les siens, le Roi pourra perdre pour un temps ses 1 à faire possessions d'Amérique, mais qu'il est encore le maître . » IL pe d'anéantir, s’il le voulait, la puissance prussienne. » ParieRe fois, la réponse (#) était injurieuse : « Luc (5) sans géné- ,
‘aux, sans vertus, sans conduite, cédera tôt ou tard à la
ince poli-
(1) Mémoires de Voltaire, Œuvres complètes de Vollaire, vol. LXX. Paris, k 1789. nd
nce poli-
(2; Calmettes, Choiseul el Voltaire, Paris, 1902. Hi politique, (3) Choiseul à Voltaire, 20 décembre 1759. Calmettes.
(4) Choiseul à Voltaire, 14 janvier 1760. Calmettes. É polilique, (5) Nom de guerre dont se servait Voltaire pour désigner le Roi. she
toque bénite (1) et quand cela sera fait, qui le relevera?.…. I faut que Luce soit fol à mettre aux petites maisons de Vienne s'il ne fait pas l'impossible pour engager l'Angleterre à faire la paix cet hiver. »
A côté d'épigrammes plus où moins spirituels, Les billets de Choiseul contenaient, il faut le reconnaître, des observations fort sensées sur le désintéressement de la France et son désir de traiter : « Enfin, mon cher solitaire (2), nous ne voulons point d'avantages pour nous, ef nous convenons que les battus doivent payer l'amende. Je doute que nos ennemis aient des principes aussi modérés; s'ils etaient de bonne foi, ils profiteraient de notre volonté pacifique; la route est indiquée; je suis très convaincu que le roi de Prusse en connait toute l'étendue; c'est à lui à la faire suivre si elle lui convient, » Le ton beaucoup plus pondéré du ministre français coïncidait avec une démarehe que Frédéric s'était décidé à faire auprès du cabinet de Versailles à peu près au moment de la lettre adressée au solitaire de Ferney.
En dehors de la correspondance qu'il entretenait avec Voltaire, le Roi avait occasion de se renseigner sur l’état de l'opinion en France par le canal de la duchesse de Saxe-Gotha, sœur de la princesse de Galles. Il crut le moment venu d'envoyer un émissaire à Paris et demanda à la duchesse de lui indiquer un personnage de confiance. Le plan fut vite combin et le messager choisi en la personne du baron d'Edelsheim, attaché à la cour de Gotha. Comme intermédiaire auprès de Louis XV et de son ministre, Frédéric s'adressa au bailli de Froullay, représentant de l'ordre de Malte à la cour de Versailles, avec lequel il avait eu des relations amicales ; dans l'hypothèse où Froullay ne voudrait pas se charger de la conimission, Edelsheim de-
(1) Allusion à l'envoi d'une toque et d'une épée bénites dont le Pape Clé-
ment XIE avait fait don à Daun après la victoire d'Hochkiruh. (2) Choiseul à Voltaire, 13 mars 1760. Calmettes,
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