ENTREVUE DU BAILLEI DE FROULLAY AVEC CHOISEUL
vait se présenter à Choiseul. La lettre que le Roi écrivit (1) au bailli était aussi nette dans le fond qu'habile dans la forme : «J'en viens au fait sans autre paralogisme. Il s'agit done de savoir si on a chez vous le désir sincère de rétablir la paix qu'on vous suppose; et en ce cas, je vous propose le moyen le plus sûr, le plus eflicace, et le plus avantageux d'y parvenir. La France peut se tirer en honneur de la situation facheuse où elle se trouve, st elle veut une paix séparée avec nous, l'Angleterre et nos alliés. Si la France consent à maintenir l'équilibre de l'Allemagne et à obliger ses alliés d'y souscrire, en faisant cause commune avec l'Angleterre, elle pourra s'attendre d'obtenir des conditions beaucoup plus favorables qu'elle n’en pourra avoir en tout autre cas. Je vous prie de savoir si ces idées pourroient trouver faveur dans le pays où vous vivez, et quelle est la façon de penser du Roy et de son mninistère. Pour moy, je fais le volontaire; je cours faire Le coup de pistolet pou: savoir ce qui en résultera; car vous et les Anglois, vous avez envie de parler, et personne ne veut être le premier. Eh bien, mon cher chevalier, soyons les enfans perdus de la politique; travaillons à la concorde et voyons s'il n'y aura pas moyen par quelques traits de plume, de terminer une discorde si funeste à toute l'Europe. ( sitions, à la vérité, sont vagues, mais qu'on s'explique:
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elles pourront servir de canevas des préliminaires. La première chose est de se parler, la principale de s'accorder, et la paix en sera une suite naturelle, » Min de bien affirmer sa volonté de maintenir une entente parfaite avec l'Angleterre, Frédérie ent soin de mettre Mitchell au couant du voyage d'Edelsheim et d'envoyer à Knyphausen copie du billet adressé à Froullay avec ordre d'en faire part au cabinet de Saint-James.
(1) Frédéric à Froullay, Freiberg, 17 février 1760. Newcastle Papers et Correspondance politique, XIX.
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Edelsheim arriva à Paris le 9 mars et fit visite sans retard au bailli; celui-ci accepta le rôle d’'intermédiaire et pour s’en acquitter alla le lendemain à Versailles. Louis XV lat la lettre de Frédéric, fit bon accueil à Froullay et l’assura de sou souhait de voir la paix rétablie. Voici en quels termes (1) le baïlli rend compte du langage de Choiseul dont il obtint une entrevue après l'audience royale : « Le Roy son maitre pensoit que le moyen le plus certain pour faire la paix générale étoit de traiter et de conclure séparément la poix de la France avec l'Angleterre, qu'il n'étoit pas possible que Votre Majesté ne comprit que cette voye | étoit la plus sûre, comme la plus courte; qu’enfin le Roy | son maitre pouvoit, sans manquer à ses alliés, ou recevoir les propositions de l'Angleterre ou lui en faire. Ce ministre en est resté là, et en s’interrompant lui-même il m'a dit : Si le roy de Prusse, comme il vous le paroit, désire la paix, et qu’il n'ait pas l'intention de communiquer la réponse à sa lettre aux différentes cours de l'Europe, il peut prendre la voye d'Angleterre pour parvenir au but qu'il se propose, et nous lui ferons connoitre la bonne opinion qu'il doit avoir de notre probité et de notre franchise; car à la première apparence de réussite de paix avec l’Angleterre, autant sommes-nous mesurés à présent, autant nous avancerons-nous pour conclure un ouvrage si salutaire. »
Au rapport de Froullay était annexée une note résumant les points sur lesquels Choiseul avait insisté :
« 1° Si Sa Majesté Prussienne souhaite que l'ouverture de la campagne prochaine ne se fasse point, il faut qu'il y ait des préliminaires convenus ou à peu près convenus avec l’Angleterre avant le mois de juin;
« 2° Dès qu'il y aura une apparence de paix avec l’Angleterre, la France fera de son mieux pour conclure le reste;
(1) Froullay à Frédéric, 15 et 19 mars 1760. Newcastle Papers et Correspondance politique, XIX.
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