‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 3)Chapitre 276 sur 303 · IMPRESSION FAVORABLE DE FRÉDERIC · texte numérisé non relu

IMPRESSION FAVORABLE DE FRÉDERIC

« 3° Le malheur des circonstances ne permet point que l'on s’explique, actuellement, d’une autre facon, et que l’on se serve d’une autre voye ;

« 4° Dès qu'on verra que l'on se fie un peu à nous, nous serons moins mesurés que nous le paroissons à présent. »

A ces renseignements quasi officiels le baïlli ajoutait ses propres impressions :

« 5° M. de Choiseul paroit être fort porté pour nos idées ; il m'a dit en particulier : « Vous savez bien que ce n'est pas moi qui ai fait le traité de Vienne; »

« 6° L'on craint qu'on ne fasse un mauvais usage des ouvertures qu'on pourroit faire, c'est pourquoi l’on n'ose s'avancer d'avantage ;

« T° Les cours de Russie et de Vienne ont fait le 19 de ce mois de nouvelles protestations à la France, pour l’engager à entrer de bonne heure en campagne, et en abandonnant tout à fait la marine, à se dédommager amplement en Allemagne, ou il paroïit que le sort et les forces décideront cette année en faveur des vœux et des désirs des Impératrices ;

« 8° C’est un motif de plus à engager la France de hâter la paix avec les partis proposés, parce que son intention n'est nullement de déranger l'équilibre en Allemagne et en particulier d’épuiser le roy de Prusse (si l'on peut se servir de ce terme)...

« .… 11° Nous imaginons qu'aucun parti ne gagnera grand'chose dans cette guerre-ci, ct nous-mêmes quoique nous ayons Port-Mahon,...… nous sentons très bien qu'en faisant la paix, nous perdrons quelque chose tout comme les autres. »

L'accueil que Choiseul fit au bailli de Froullay semble dénoter un véritable désir d'arriver à un accommodement. D'ailleurs, en s’efforçant de faire ahoutir les négociations entamées, il ne faisait que se conformer au sentiment gé-

néral de son pays. Starhemberg le constate (1) et fait part à Kaunitz de ses inquiétudes pour l'avenir; à l'en croire, il ne faudrait pas avoir confiance dans la cour de Versailles, et surtout « dans le cas d'ouverture d'un congrès, être sur ses gardes contre elle et spécialement contre la personne du duc de Choiseul. » Reconnaissons que l'appréciation du soupçonneux Autrichien aurait été plus sévère s’il eût été au courant de l'entretien que le ministre avait accordé à Edelsheim. La mission de l’envoyé secret (2) échappa à la perspicacité habituelle de Starhemberg; et cependant il y avait eu rencontre des deux personnages dans des circonstances assez singulières. Edelsheim, à son passage à Francfort, s'était procuré une lettre du duc de Broglie qui lui servit d'introduction auprès de Choiseul. En sortant du cabinet de celui-ci, ii se croisa avec Starhemberg, fut présenté à ce dernier en sa qualité d’Allemand et, après échange des courtoisies usuelles, reçut une invitation à diner que, pressé de repartir pour Berlin, il ne put accepter.

Conformément à sa promesse, Frédéric expédia à Knyphausen, pour l'édification de la cour de Londres, la lettre et les notes apportées de Versailles; il ne dissimule pas (3) la bonne impression qu’elles lui ont produite : « Vous verrez par là que la France est déterminée à faire sa paix avec l'Angleterre, pour avoir l’occasion par là à re pas faire cette campagne. Si le ministère britannique saura convenir avec la France des préliminaires de paix, je crois l'affaire faite et bientôt conclue. Pour sauver les apparences de dehors, les Français voudront se stipuler la liberté de donner en auxiliaires 24.000 hommes à l'Impératrice-Reine, et on m'assure qu'on trouverait moyen de décliner encore ce secours, quand il en sera question de l'exécution; de sorte

(1) Starhemberg à Kaunitz, 11 mars 1760. Archives de Vienne.

(2) Starhemberg à Kaunitz, 25 juin 1759. Voir à ce sujet Schaeffer, vol. II 1, p. 480.

(3) Frédéric à Knyphausen, 28 mars 1760. Correspondance pelitique, XIX.

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