FRÉDÉRIC CONFIE SES INTÉRÉTS AU CABINET ANGLAIS
que la paix avec la France ne dépendra que de la façon dont les Anglais sauront convenir avec la France, pour terminer leurs querelles de mer. » Knyphausen est invité à voir Pitt et à lui dire « que pour peu que cette négociation füt poussée, on en conviendrait (des préliminaires) en peu de temps... Quant à mon sort, je le remettrais aux mains de l'Angleterre. je me flattais cependant qu’en convenant avec la France sur les préliminaires de paix avec l’Angleterre, on en conviendrait aussi avec la première à mon sujet pour que j'eusse mes süretés vis-à-vis de la France, ne dût cela se faire en tout cas que par des articles secrets des préliminaires. À ce que vous verrez par la lettre du bailli de Froullay et les éclaircissements joints, il répugne un peu à la France de négocier et de conclure directement la paix avec moi, comme principal ennemi de l'Impératrice son alliée, à l'égard de laquelle elle voudrait du moins quelque dehors pour l'apparence, mais bien par l’Angleterre. Pour donc n'obvier pas au grand ouvrage salutaire, je veux bie.. passer sur cette formalité et remettre mes intérêts à l'Angleterre, étant persuadé que je ne saurais les mettre dans de meilleures mains, et qu’elle voudra bien prendre les précautions requises à ce que la France ne saurait pas nous duper à mon égard. »
IL est à observer que Choiseul laissa écouler quelque temps avant de donner connaissance au cabinet de Vienne de la mission d'Edelsheim et de la démarche de Froullay : quoique l'entrevue avec le baïlli remontât au 10 mars, ce fut seulement dans une lettre du 25 avril (1) que le ministre des Affaires Étrangères envoya à son cousin le récit de la conversation et la réponse d'ailleurs très correcte du cabinet de Versailles. Au äire du due, la fermeté de son langage aurait irrité le roi de Prusse, « car il a écrit contre moi une lettre pleine d’invectives; mais, ajoute Choi-
(1) Duc de Choiseul au Comte, 25 avril 1760. Affaires Étrangères.
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seul, vous pouvez assurer M. le comte de Kaunitz que les hauteurs ou douceurs de ce prince, ses invectives ou ses louanges n'influeront en rien sur le système du Roi qui est invariable. » Que Kaunitz ait reçu cette communication avec satisfaction, cela n’est pas surprenant, mais il est permis de se demander si la lettre offensante de Frédéric ne fut pas pour quelque chose dans la confidence un peu tardive de Choiseul.
Depuis le retour d'Edelsheim et jusqu’à la fin de mars, Frédéric travaille activement à faciliter les négociations. De temps en temps, il est vrai, sa nature défiante reprend le dessus : il doute (1) fort que « les Francais charrient droit »; le délai pour obtenir la réponse de Pétersbourg n'est (2) « qu’une défaite toute pure pour amuser ». Tantôt la mobilité d'esprit, dont nous avons eu des preuves si fréquentes, pousse le Roï à fournir de l'argent (3) pour une tentative de corruption des ministres russes, ou à intriguer avec le Grand Vizir pour décider la Porte à prendre part au conflit en envahissant le territoire autrichien. Mais ces diversions ne l'empêchent pas, comme l'indiquent les instructions envoyées à Knyphausen (#) après la mission d'Edelsheim, de donner son plein assentiment aux pourparlers de La Haye, ct, ce qui était le point essentiel, de laisser au cabinet de Londres toute liberté sur le mode et le moment de l'admission de la Prusse aux préliminaires de paix.
Peu à peu cette attitude change. La confiance absolue dans « le digne M. Pitt » a-t-elle été ébranlée ? Frédéric a-t-il eu peur de se voir arracher quelques lambeaux de ses territoires du Rhin, comme paraissait le suggérer une
(1) Frédéric à Hellen, 18 mars 1760. Correspondance polilique, XIX.
(2) Frédéric à Knyphausen, 20 mars 1760. Correspondance politique, XIX.
(3) Frédéric à Knyphausen, 25 février 1760. Correspondance politique,
(1) Frédéric à Knyphausen, 30 mars 1760. Correspondance politique, XIX.
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