EXIGENCES DE FRÉDERIC
lettre de Choiseul à Voltaire (1), antérieure, il est vrai, à la démarche de Froullay, et de payer ainsi la rancon des acquisitions coloniales que l'Angleterre se serait assurées dans sa négociation séparée? Toujours est-il que les dépéches qui suivirent celle du 28 mars montrent plus de souci de n'être pas compris et plus de désir de poser ses conditions pour les négociations qui s'engageront à Londres avec le plénipotentiaire francais : «Il faudra, écrit-il (2), qu'il soit stipulé une parfaite neutralité de la part de la France, de ne participer en aucune façon à la guerre que les deux Impératrices sont résolues de pousser absolument, et que, d'un autre côté, la Grande-Bretagne garde les mains libres pour maintenir Sa Majesté Britannique et ses alliés en Allemagne dans leurs possessions respectives et m'aider à me défendre contre les deux Impératrices. » Au prince Ferdinand (3), il annonce la conclusion probable de la paix entre la France et l'Angleterre et exprime l'espoir de recevoir de l’armée confédérée un renfort de #0.000 hommes « du côté vers Leipzig pour couvrir mon flanc contre l’armée de l’Empire. » Nous voilà loin de l'acceptation des 24.000 auxiliaires que la France devra fournir, tout au moins sur le papier, à l'Impératrice-Reine et des ménagements indispensables pour permettre à la cour de Versailles de sortir des embarras que lui cause l'alliance autrichienne.
Le 10 avril, la contre-déclaration des puissances est remise au roi de Prusse par les soins du prince Louis de Brunswick. «Ou je suis bien trompé, écrit-il au prince (#}, ou cet écrit a été dicté par Kaunitz. Ces gens sont enflés de leurs succès et ils ne veulent pas la paix. Tous ces délais ne sont amenés que pour avoir le temps de m'écraser,
(1) Frédéric à Knyphausen, 27 mars 1760. Correspondance politique, XIX.
(2) Frédéric à Knyphausen, 3 avril 1760. Correspondance polilique, XIX.
(3) Frédéric à Ferdinand, 2 avril 1760. Correspondance politique, XIX.
(4) Frédéric à Louis de Brunswick, 10 avril 1760. Correspondance politique, XIX.
mais j'espère qu'ils en seront les dupes. » Dans sa dépêche du lendemain à Knyphausen (1), il parle des prétextes frivoles que prennent le: cabinets pour éluder le congrès et revient sur la question délicate de la participation de la Prusse au traité particulier : « Mon intention... n’a jamais été. que l'Angleterre dût faire sa paix avec la France ou en constater les points préliminaires à mon exclusion, ou seulement par une inclusion générale et vague, sans que les conditions de mon accommodement y fussent expressément stipulées.. de sorte que, comme vous vous en exprimez très bien, ma paix soit fixée et réglée d'un pas égal avec l'Angleterre et que celle-ci saurait, d’ailleurs, convenir avec la France d'une suspension d'armes ou de neutralité parfaite de la part de la France jusqu’à la pacification générale. »
Ces explications étaient indispensables pour apprécier l'attitude du roi de Prusse et l'influence que la teneur de ses instructions exercait sur les esprits jusqu'alors très hésitants du cabinet anglais. Cela dit, reprenons notre récit : Le 3 avril, à La Haye, eut lieu la remise de la note des trois cours; aussitôt après la cérémonie, Affry eut avec Yorke un entretien (2) où il communiqua à ce dernier ce qu'il appela le « correctif » du document officiel et qui n'était autre chose que la réponse de Choiseul (3) aux questions soulevées par Yorke. « Quoique la séparation des de ax guerres, écrivait le ministre, s'y trouve positivement énoncée par l'acceptation que nous avons faite de la médiation et des bons offices de l'Espagne, le Roi n'entend pas pour cela n'être pas libre de traiter séparément et directement sa paix avec l'Angleterre, si les deux couronnes belligérantes jugent à propos de préférer cette voye de réconciliation. L'Espagne est convenue avec nous que la
(1) Frédéric à Knyphausen, 11 avril 1760. Correspondance politique. XIX.
(2) Yorke à Holdernesse, 4 avril 1760. Record OfMice. (3) Choiseul à Affry, 31 mars 1760, Record Office.
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juc. XIX.