RÉPONSE FRANÇAISE AUX PROPOSITIONS ANGLAISES
proposition de sa médiation ne devoit et ne pouvoit pas nous lier sur la forme de traiter notre paix particulière, mais le Roy a jugé à propos d'expliquer dans sa réponse la séparation des deux guerres, afin que ses alliés ne puissent mettre aucun doute sur cette séparation, si nécessaire d'établir pour le bien général. Vous ajouterez ensuite, Monsieur, à M. le Général Yorke, qu’il doit mander à sa cour que le Roi, en séparant sa guerre personnelle de celle de ses alliés, comprend dans cette séparation la guerre contre l'Électeur d'Hanovre de même que celle que Sa Majesté souticnt contre l'Angleterre, de sorte que la paix entre la France et la Grande-Bretagne ne comprendroit pas moins la conciliation entre les deux couronnes sur le couünent de :’ Europe que sur mer et dans les autres parties dt monde. »
Peu de jours après cette communication, Affry demanda , Yorke (1) si le roi de Prusse devait être inclus dans l'accommodement futur avant l’envoi de la personne qui aurait à négocier en Angleterre; dans le cas d’une exigence pareille du gouvernement anglais, il prévoyait des difficultés insurmontables. Yorke répondit en son nom personnel qu’il ne prêtait pas une signification aussi restrictive à la note de son ministre. « Il ne croyait pas qu'il s'agit d'un manifeste à faire par la France avant les pourparlers, mais qu'on avait voulu inculquer l'inutilité de négocier si le roi de Prusse ne devait pas être admis et que nous ne nous mettrons pas d'accord sans sa participation. » Affry répondit qu'il l'avait bien interprété dans ce sens. « II m'a donné à entendre, continue Yorke, qu'avant de s'avancer aussi loin, il leur faudrait savoir quelles conditions nous leur accorderions; il ne m'a pas dissimulé les obstacles qu'ils rencontraient de la part de la cour de Vienne et qu'ils ne pouvaient décemment faire
1) Yorke à Holdernesse, 8 avril 1760. Record Office,
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une déclaration préalable excluant la reine de Hongrie. La manière dont il est revenu sur ce point et l'insistance qu'il y a mise sont à noter et indiquent manifestement le désir de traiter sans la cour de Vieñne, sous réserve que cela püt être fait avec décence. »
Nouvelle entrevue des deux ambassadeurs le 1% avril; cette fois, le Français apporte à son collègue la réponse de son ministre aux propositions formulées par Holdernesse à la date du 28 mars. Dans sa lettre (1), Choiseul expliquait, pour l'édification personnelle d’Affry, que les propos échangés à La Haye, ainsi qu’une analyse des dépèches du cabinet français, avaient été communiqués à Vienne, qu'il était donc impossible de modifier l'attitude prise vis-à-vis de l'Angleterre, que d’ailleurs cette attitude était approuvée par l'Espagne : « Sa Majesté Catholique a senti que sa médiation pouvait presser l'accommodement particulier de la France et lui donnait le temps pour que, si cet accommodement n'avait pas lieu, sa médiation, soutenue de forces en état d'agir, fût plus puissante qu'elle ne l'était lors de l’arrivée de ce prince à Madrid. »
Ainsi stylé sur les sentiments intimes de sa cour, Affry dicta à Yorke le passage (2) qui constituait la prose officielle de Versailles : «Le Roi Très Chrétien avait pris connaissance de l'exposé du ministre anglais; il avait offert, dès le début de la négociation, de comprendre dans l’ar.angement à intervenir les États Électoraux de Sa Majesté et ceux du landgrave de Hesse et du duc de Brunswick. Sa Majesté espérait que le roi de la Grande-Bretagne voudra bien ne pas confondre la guerre allumée en Y’estphalie et sur la frontière de la Hesse, avec celle que le roi de Prusse soutient contre les deux Impératrices, la Suède, et le roi de Pologne, Électeur de Saxe. Cette guerre est totalement dis-
(1) Choiseul à Affry, 11 avril 1760. Affaires Etrangères. Hollande. (2) Extrait de Ja lettre de Choiseul à Affry, 11 avril 1760; dicté à Yorke par Affry le 14 avril 1760, Record Ollice.
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