CHOISEUL PROPOSE D'ENVOYER D'HÉROUVILLE A LONDRES
tincte de celle de la France contre l'Angleterre et contre l'Électeur de Hanovre, et il n'est pas absolument possible à Sa Majesté de traiter seule sur un objet, dans lequel elle n'entre que comme auxiliaire, et sur lequel les parties belligérantes sont sur le point de convenir d’assembler un congrès. Mais... Sa Majesté est prète à traiter directement avec Sa Majesté Britannique sur les objets qui la concernent personnellement, et seroit très affligée si le bien de l'humanité et l'espérance du rétablissement de la tranquillité générale ne pouvoit pas vaincre la difficulté que trouveroit le roi d'Angleterre à traiter de sa paix particulière avec la France, sans y comprendre le roi de Prusse; condition préalable qui au grand regret du Roi romproit toute négociation (1) et obligeroit la France ainsi que l'Angleterre à suivre absolument les impulsions de leurs alliés, au lieu que l'accommodement de deux aussi grandes Puissances doit produire naturellement un effet général et salutaire à l'humanité. » Après avoir entendu lecture de la pièce, Yorke ne cacha pas (2) son désappointement du refus de l'inclusion de la Prusse qui, pour sa cour, était le prodrome indispensable de tout accord. À cela, Affry répliqua que « c'était le seul moyen de sauver le roi de Prusse qu'ils étaient aussi désireux que nous de secourir; je me trompais fort si je leur croyais l'envie de risquer une autre campagne à moins d'y être contraints; personnellement, il ne voyait aucun empèchement à la cessation des hostilités en Allemagne avant le 1° juin, quoiqu'il envisageàt la campagne entre le roi de Prusse ct les deux Impératrices comme inévitable, » Vers la fin de l'entretien, Affry, comme preuve des bonnes dispositions de son gouvernement, annonça qu’on renoncait au choix de Dunn comme émissaire secret et qu'on avait
(1) Le passage à partir des mots «et obligerait » ne fut pas communiqué à Kaunitz.
(2) Yorke à Holdernesse, 15 avril 1760. Record Office. GUERRE DE SEPT ANS, — T. Il, 31
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jeté les yeux pour le voyage de Londres sur le comte d'Hérouville (1), lieutenant général et inspecteur de l'infanterie, bien au courant des affaires coloniales, lequel serait accompagné d'un négociant non encore désigné. Cependant, M. d'Hérouville ne partirait qu'après réception de la réponse de la cour de Saint-James; si elle était favorable, il viendrait en Hollande, conférerait avec Affry et Yorke, puis se rendrait à Londres où, tout en conservant le plus strict incognito, il se mettrait en rapports avec les ministres anglais, tandis que les pourparlers politiques se poursuivraient à la Haye. En cas d'entente sur la mission secrète, Affry irait passer quelques jours à la cour, prendre langue au Ministère et rencontrer Grimaldi, ministre espagnol de La Haye, qui faisait un séjour à Paris avant de réintégrer son poste. Inutile d'ajouter que cette intervenlion du diplomate espagnol parut louche à l'ambassadeur britannique. Celui-ci résume ses impressions en informant son chef qu'Affry «et sa cour sont fort embarrassés, car il a admis tout ce j'ai dit sur le danger que présenterait pour la France l'augmentation de puissance des cours de Vienne et de Pétersbourg et a reconnu que la campagne qu'ils allaient faire, si notre négouation n’aboutissait pas, serait au seul bénéfice de leurs alliés. »
Si l'envoyé français avait pu lire à son collègue tout le contenu de la dépèche ministérielle (2), il est probable que cette lecture eût dissipé les doutes qui existaient encore dans l'esprit de Yorke sur Ja sincérité des intentions de Choiseul. Voici en quels termes s’exprimait ce dernier : « Nous ne pouvons être utiles même au salut du roi de Prusse que dans la forme de la séparation des deux guerres
(1) Hérouville avait des relations en Angleterre; il avait épousé secrèteinent la maitresse d'Albermarle, ancien ambassadeur anglais à la cour de France, mort vers la fin de 1754. Starhemberg à Kaunilz, 2 mai 1769. archives de Vienne.
(2) Choiseul à Affry, 11 avril 1760. Affaires Élrangères.