RUPTURE DES NÉGOCIATIONS DE LA HAYE
pagne vers la fin du printemps d’une armée turque en Hongrie. Frédéric avait recu ces ouvertures avec enthousiasme, s’élait mis aussitôt à escompter les avantages militaires qu'il tirerait de cette diversion et avait relevé en proportion la cote de ses prétentions vis-à-vis de la France. Mitchell, qui connaissait bien le roi de Prusse, ne se trompait guère quand il écrivait (1) à propos de son héros : « Quidquid vult valde vult. C'est la clef de tout son système. Bien souvent j'ai eu de gros soucis en pensant à la difficulté que Votre Grâce et d’autres ministres du Roi trouveriez à diriger et à endiguer dans des liinites raisonnables cette imagination à nature torrentielle, »
Peu de chose à dire sur la fin des pourparlers de La Have. Le % mai, Yorke lut à Affry (2) l'ultimatum de la cour de Londres ; il chercha à en atténuer la dureté en affirmant que « lorsque S. M. B. insiste sur ce que le roi de Prusse soit compris dans la paix particulière, Elle à toujours entendu que ce serait confidenticllement et sans demander rien à S. M.T. C. qui fût contraire à sa dignité et à ses engagements. » L'envoyé français se borna à exprimer ses regrets : il était impossible pour la France de modifier ses récentes propositions ; elle avait fait preuve de son désir de conclure la paix et se résignait non sans désappointement À entreprendre une nouvelle campagne. Après le délai d’une semaine, Affry communiqua (3) à Yorke la dernière dépêche de Choiseul (#). 11 lui dicta un extrait où il était dit « que le Roï voit avec peine que les sincères dispositions à la paix ne sont point entendues en Angleterre aussi favorablement qu'elles méritent de l'être; que Sa Majesté ne regarde pas cependant la négociation de La Ilaye comme rompue et qu'elle espère que le roi de la Grande-
(1) Mitchell à Newcastle, le 31 mars 1760. Newcastle Papers, 32904. (2\ Affry à Choiseul, 5 mai 1760, Affaires Étrangères.
(3) Affry à Choiseul, 14 mai 1760, Affaires Étrangères. Hollande. (4) Choiseul à Affry, 10 mai 1760. Affaires Étrangères. Hollande.
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Bretagne, animé des mêmes sentiments... trouvera conjointement avec le Roi les moyens de rendre à l’Europe ls tranquillité désirable. » Puis il ajouta ”e vive voix « que le Roi ne demanderait pas mieux, en concluant sa paix particulière avec l'Angleterre, que de travailler de concert avec cette couronne au rétablissement de la paix générale, et que Sa Majesté ne serait pas éloignée de consentir que ce point füt un des articles préliminaires qu'elle signerait avec Sa Majesté Britannique. » A cet effet, Hérouville, dans le cas où son voyage de Londres serait décidé, serait muni des pouvoirs nécessaires. La lettre de Choiseul, conçue en termes très polis, se terminait par l'espoir « que M. Yorke sera content, ainsi que sa cour, du ton modéré et de la douceur de nos réponses qui n’ont pas la sécheresse de celles du ministère anglais. » Yorke ne put que s'en référer à ses instructions, et l'on se sépara en déplorant l’insuccès des tentatives de rapprochement. L’entrevue du *# mai, où Yorke fit connaître l’ultimatum de son gouvernement, marque la fin des conversations diplomatiques. Choiseul ne s'y méprit pas; dans une dépêche en date du 8 (1) adressée à Vienne, il annonce la rupture virtuelle et explique que si elle n’est pas encore devenue officielle, c’est qu’une reconnaissance publique du fait pourrait avoir un contre-coup fâcheux sur le crédit déjà chancelant de la France.
Conformément à l'autorisation qui lui avait été donnée, Affry se rendit à Versailles, où pendant un congé de six semaines, il eut l’occasion de faire un rapport à son chef sur les détails de la négociation. On peut juger de la ligne de conduite qui lui avait été dictée par le langage tenu à son retour : «Il n'était revenu, avait-il dit à Grimaldi (2), que pour jouer, aller aux spectacles, diner et souper autant que sa santé le permettrait, que j'étais prêt à écouter
(1) Duc de Choiseul au Comte, 8 mai 1760. Affaires Étrangères. Autriche.
(2) Affry à Choiseul, 11 juillet 1760. Affaires Etrangères. Hollande.
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