‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 3)Chapitre 285 sur 303 · RAISONS DE L'ECHEC DES POURPARLERS · texte numérisé non relu

RAISONS DE L'ECHEC DES POURPARLERS

tout ce qu'on me dirait, mais que je ae parlerai certainement pas le premier. » Les pourparlers pacifiques étaient définitivement rompus et les hostilités allaient reprendre de plus beiie.

Pourquoi la bonne volonté que la majorité des belligérants avait manifestée ne s'était-elle pas traduite en résultats pratiques”? À vrai dire, elle avait été plutôt successive que simultanée; sur les cinq puissances engagées dans la lutte, trois, pour des raisons diverses, étaient enclines à la paix, mais prètes à accueillir des offres ; elles étaient beaucoup moins disposées à faire acte d'initiative. C'est ainsi qu'après la déclaration de l'Angleterre et de la Prusse, il s'écoula deux mois et demi avant l'entrevue de Yorke et d’Affry où, pour la première fois, on aborda sérieusement la discussion des movens d'arriver à la pacification. Une fois amorcée, la négociation prend corps ; Choiseul, d’abord très défiant, l’entretient de son mieux; il accueille les ouvertures de Frédéric, propose d'envoyer un représentant à Londres, et malgré quelques maladresses, fait tous ses efforts, même au point de se compromettre, pour lier la partie. Mais au fur et à mesure que Choiseul avance, son grand antagoniste Pitt recule; il repousse la mission secrète d'Hérouville, entraine ses collègues hésitants et rompt sur une question qui aurait pu être considérée comme un point de procédure. Exiger de la France un acquiescement formel qui eût été une humiliation, la forcer à déserter ouvertement et brutalement ses alliés, se refuser à faciliter une conversion politique des plus délicates à justifier, n'était-ce pas implicitement se prononcer pour la continuation des hostilités? Il est naturel de croire que l’intransigeance de Pitt lui fût inspirée par le désir d’achever les entreprises commencées et de consolider, au prix d’une guerre à outrance, avec sa gloire personnelle, la suprématie maritime et coloniale de sa patrie. Les vues du ministre britannique furent secondées par le revire-

ment de Frédéric dont le découragement de jadis avait fait place à la confiance habituelle dans son génie et dans son étoile. Et cependant, à un moment, le ministre anglais parait avoir été partisan sincère de la paix. Un mémoire (1) préparé pour lui vers la fin d'octobre, c'est-àdire après l'avis de la prise de Québec, nous donne quelque notion des prétentions britanniques à cette date. À défaut de l’annexion de tout le Canada sur laquelle on n'osait compter, l'Angleterre se croyait autorisée à réclamer tout le territoire au sud du Saint-Laurent jusqu'à Montréal, la libre navigation de ce fleuve et la démolition de Louisbourg. De Montréal, la frontière suivrait la rivière Ottawa jusqu'au #7° degré de latitude, gagnerait le lac Huron et longerait le lac Michigan et les rivières d'Illinois et Mississipi jusqu'à l'Océan. En Afrique, on espérait conserver le Sénégal et l'ile Gorée ou, si cela ne pouvait se faire, obtenir Le droit de commercer à conditions égales avec ces contrées. Aux Antilles, on reveudiquerait la possession de la Guadeloupe et l'attribution à la Grande-Bretagne des iles neutres de Dominique et de Tobago. Quant à Minorque dont l’occupation entrainait pour le budget métropolitain des charges très lourdes, il était douteux que sa restitution constituât un avantage. Au surplus, peut-être vaudrait-il mieux s’en tenir au principe de l’ « uti possidetis ». Un extrait d’ane lettre adressée (2) à Newcastle indique que ce document reproduisait les idées ministérielles : «Je vois, écrivait le correspondant du duc, d’après un mémoire confidentiel que j'ai lu avec la plus grande satisfaction, que M. Pitt a des notions très raisonnables au sujet des conditions de la paix. »

Le cabinet de Versailles aurait-il pu accepter l’article préliminaire que celui de Londres voulait lui imposer?

(1) Considérations sur la paix. Newcastle Papers, 32897. (2) Kinnoul à Newcastle, 30 octobre 1759. Newcastle Papers, 32897.

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