FERDINAND PRÉVOIT L'ATTAQUE
Conformémentaux instructions de Contades, les troupes s'ébranlèrent vers minuit. Distribuées en huit colonnes, elles franchirent le ruisseau de Bastau au moyen de dixhuit ponts qu'on y avait jetés, se formèrent sur les pentes douces qui viennent mourir au pied du glacis de Minden et y attendirent le jour et des ordres ultérieurs. La réserve de Broglie, qui constituait la neuvième colonne et qui était campée sur la rive droite du Weser, traversa le fleuve et la ville pour prendre l’extrême droite. Au dire de certains auteurs allemands (1), il y eut de la confusion dans la marche et on perdit beaucoup de temps avant d’occuper les emplacements définitifs.
Presque à la mème heure, les confédérés étaient en mouvement; d’après une tradition locale (2), Ferdinand aurait été prévenu des intentions du maréchal; un paysan, chargé de remettre au duc de Brissac un modèle de souliess, avait eu des soupçons sur le contenu de son paquet et l'avait porté au quartier général du prince; on l'ouvrit et on trouva, caché dans la semelle, un billet annonçant l'engagement du lendemain. Que cette anecdote soit authentique ou non, il est certain que le général hanovrien prévoyait l'offensive des Français. D’après la décision donnée le 31 juillet à cinq heures du soir, les troupes devaient être sous les armes à une heure du matin; dans le cas d’une attaque (3), l’armée devait marcher en huit colonnes vers la brnyère de Minden et s'établir la droite au moulin à vent de Hahlen, la gauche à Stemmer où elle se relierait au corps de Wangenheim. A l'inverse de l'ordre de bataille de Contades, la cavalerie, sous la conduite de Sackville et du prince de Holstein, était sur les ailes, l'infanterie et l'artillerie au centre. Averti à trois
(1) Breig. AIL. Milit. Zeitung, 1889, Sch!acht von Minden. 2) Bornbaum, Schlacht bei Minden, Minden.
(3) Ordre du 31 juillet 1759. Hille, cinq heures du soir. Westphalen, vol. III, P. 587.
heures du matin, par le rapport de deux déserteurs du régiment de Picardie, de la manœuvre de l'adversaire, Ferdinand (1) lança les officiers de son état-major pour mettre en route ses divisions, et, accompagné de son piqueur et d’un paysan qui lui servait de guide, poussa jusqu'à la lisière de la plaine pour reconnaître les Français dont il put voir « une grande partie formée en bataille et s'avancant sur Kutenhausen. » Il ordonna au prince d’Anhalt, qui commandait les avant-postes, d'enlever le village d'Hahlen dont les Francais avaient pris possession, et allait se rendre à Todtenhaus:A4 qu'il sentait menacé, quand le feu de l'artillerie éclata en arrière et sur la droite. C'était le canon du duc d’'Havré qui tirait sur le village d’Hille. Le prince ne se laissa pas tromper par ce qui étai‘ évidemment une fausse attaque; il se borna à renforcer sa batterie de deux pièces, à recommander aux piquets de garde de tenir ferme et au général Gilsa, détaché avec trois bataillons de l’autre côté du marais, d'inquiéter les communications d’Havré. En retournant à son armée, le prince rencontra les têtes de colonnes de la cavalerie d'Holstein et de l'infanterie d'Imhoff qui constituaient {a gauche du corps de bataille; il enjoignit aux généraux d’accélérer leur marche sur Stemmer et regagna sa droite où les régiments de Sporcken commençaient à se déployer.
Du côté de Todtenhausen, point indiqué pour le premier effort français, le canon s'était fait entendre, vers 4 heures du matin selon les uns, vers 5 heures selon les autres. Dès la veille, à la réunion des officiers généraux assemblés pour recevoir leurs instructions, Broglie avait déclaré qu'il ne pourrait assaillir la position de Todtenhausen qu’autant qu'il serait appuyé et flanqué par la division Nicolaï. L'observation ne fut pas relevée ou ne parvint pas aux oreilles du maréchal de Contades; toujours
(1) Relation du prince Ferdinand adressée à Holdernesse. Paderborn, 3 février 1760. Westphalen, vol. JT, p. 579.
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