‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 3)Chapitre 30 sur 303 · HÉSITATIONS DE BROGLIE · texte numérisé non relu

HÉSITATIONS DE BROGLIE

est-il que rien ne fut changé aux ordres primitifs. Broglie, une fois sur le terrain, au lieu de brusquer une attaque qui aurait peut-être réussi, attendit, sans dépasser Poggenmübhle, l'entrée en ligne de Nicolaï qui, lui non plus, ne voulut pas s'engager sans son voisin de gauche. Un entretien eut lieu entre le duc, Saint-Germain et Nicolaï, à la suite duquel les brigades de Picardie et de Belzunce qui composaient la division Nicolaï firent un mouvement en avant. Broglie en profita pour chasser les vedettes de l'ennemi d'une petite crête, et y installa son artillerie pour battre les redoutes que celui-ci avait élevées près de Todtenhausen; de sa personne, il s’'avanca pour reconnaitre. Mais laissons-lui la parole (1) : « En y arrivant, je découvris les ennemis en bataille sur deux lignes dont l’une en avant des haies qui joignent le village de Kutenhausen avec la cense de Todtenhausen, et l’autre derrière au dedans des haies. La première ligne marchait en avant, fort vite, lorsque je l’aperçus; elle avait à sa droite une colonne de cavale ‘ie dont je ne voyais pas le front et qui se développat a galop; leur front était beaucoup plus étendu que le mien et leurs dispositions semblaient absolument offensives, Cela me fit revenir promptement à ma cavalerie pour la former sur deux lignes, afin d’être en état de recevoir celle des ennemis que je croyais devoir venir me charger en flanc. Le canon alors commença à tirer sur la redoute et sur le front de la ligne des ennemis et ils y répondirent par un feu très vif et très supérieur. Les brigades de Picardie et de Belzunce arrivèrent un moment après à la hauteur de moi. Je fis part à M. le chevalier de Nic lai de la disposition des ennemis qui me paraissaient, ainsi qu'à M. le chevalier de Muy qui était avec moi, être trop en force dans cette partie, et dans une position trop avantageuse pour que je dusse seul les attaquer. »

(1) Broglie à Belleisle, 3 août 1759. Archives de la Guerre. Allemagne, vol. 3520.

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Là-dessus survient un officier du maréchal avec mission de demander quand l'aile droite s’engagerait; Broglie de répliquer qu'il attendait l’action de Nicolaï sur Kutenhausen. Enfin après un temps précieux gaspillé enr allées et venues, Broglie finit par rejoindre Contades, lui expose la situation, et réclame de nouvelles instructions. « Comme M. le maréchal allait prononcer, on lui fit remarquer que les ennemis, qui depuis quelques moments canonnaient la gauche, commencçaient à déboucher dans la bruyère, et il y découvrit effectivement de l'infanterie rouge s’avançant extrêmement vite et se formant. M. le comte de Noailles lui dit que, cette attaque paraissant sérieuse, il fallait en avoir le succès avant de songer à l’autre. Presque en même temps il (le maréchal) vit la cavalerie de la gauche aller charger cette infanterie, y entrer, et en être ensuite repoussée. Alors il me dit de ne songer qu’à contenir les ennemis visà-vis de moi jusqu’à ce qu'il vit ce que cela allait devenir, et, en cas que l'affaire tournât mal, de favoriser la retraite de l’armée le mieux que je pourrais. »

Pendant les hésitations de notre droite, que se passait-il dans les autres quartiers du champ de bataille? Au centre, la cavalerie était au poste qui lui avait été désigné, mais une bonne partie de l'infanterie de la gauche n’était pas en ligne à six heures du matin. Profitant du répit qui lui était laissé, Ferdinand avait accéléré la marche de ses colannes, dont les têtes s'apercevaient au bord de la plaine. Il n'était pas huit heures que l’armée principale, sous les ordres directs du prince, avait pris ses emplacements de combat, la droite à Hartum près du marais, la gauche à Stemmer où elle se raccordait avec l'infanterie de Wangenheim placée dans les vergers de Kutenhausen; ce mouvement avait pu s’accomplir sans la moindre intervention de la part des Français, qui avaient ainsi perdu tout le bénéfice de leur départ nocturne.

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