ATTAQUE DU VILLAGE DE BERGEN
escarmouches dans le bois de Wilbel entre les troupes légères des deux armées, et par la prise de possession du pont de cette localité par les Hanovriens. Bientôt, leur avant-garde, sous les ordres du prince héréditaire de Brunswick, couronna la hauteur Am hohen Stein, ouvrit la canonnade avec les trois pièces de gros calibre qu'elle avait amenées et lança des colonnes d'assaut sur Bergen. Citons le récit que fait le prince Ferdinand (1) de la première attaque du village : « Lorsque j'arrivais avec l'avant-garde, consistant en trois bataillons de grenadiers et les troupes légères, soutenus par onze escadrons et sept bataillons avec du gros canon, les ennemis n'étaient pas encore formés; je remarquai même de la confusion parmi eux... Je m'aperçus par le terrain que je pouvais découvrir, que je devais commencer par prendre le village de Bergen, pour gagner la hauteur qui est derrière ce village, et &ù je ne découvris alors qu'un corps d'à peu près #.009 hommes. Leur canon commenca à jouer, mais faiblement. Je résolus d'attaquer le village et fis presser la marche des colonnes, En attendant, les grenadiers s'étaient portés avec une valeur fout extraordinaire contre le village, quoique un peu trop tt: ils chassèrent l’ennemi des jardins et le poussèrent dans le village, » D'après Le prince, l'épuisement des munitions fit avorter la tentative : « Ayant tiré tous les 60 coups qu'ils avaient, ils commencèrent à se replier dans le même temps que le prince d'Issemburg s'avançait pour les soutenir. » L'assaut des Hanovriens, à la tête desquels marchaient les grenadiers des bataillons Dehn et Cramin, fut vivement mené et eut pour résultat de refouler les défenseurs derrière Les murs du bourg. Broglie appuya ceux-ci des régiments de Piémont, Royal Roussillon et Alsace, et renforca Westphalen, Geschichte der Feldzüge des Her:0gs Ferdinand v. Braunsch-
weig, Berlin, 1871 ; Reden, T'agebuch, ete., ete... (1) Ferdinand à Holdernesse. Ziegenhayn, 23 avril 1759. Record Office.
son extrême droite des régiments suisses de Castella et de Diesbach. Cette manœuvre força l'ennemi à la retraite; mais sur ces entrefaites, vers dix heures, la division d'Issemburg entrait en lice; ses premiers bataillons s'élancèrent aussitôt au secours des assaillants, tandis que le reste se déploya sur le plateau. La seconde tentative des confédérés eut d'abord le même succès que la première et fit reculer les Français jusque dans l'intérieur de Bergen. C'est à ce moment que se place la contre-attaque victorieuse que raconte la relation de l'État-Major francais (1) : « Alors M. le duc de Broglie mena le régiment de Rohan le long des vergers, fit entrer celui de Beauvoisis par la rue du village et ordonna qu'ils fussent soutenus par Dauphin et Enghien. Ces troupes réunies attaquèrent l'ennemi avec tant de courage qu’elles le chassèrent et le mirent en grand désordre. » Le prince d'Issemburg qui accourait avec du renfort, fut entrainé dans la aéroute et tué en cherchant à rassembler son monde. Extrayons du rapport du prince Ferdinand Le passage consacré à cet épisode : «Ce mouvemeltt opposé des uns et des autres y mit la confusion, qui augmenta à mesure que le feu des ennemis devint plus fort. Le prince d’Issemburg fut tué et tous ses bataillons revinrent en si grande confusion que j'eus une peine infinie de les rallier. IIS perdirent cinq pièces de canon qui restèrent dans le village et qu'il n’y avait pas moyen de rattraper. Les ennemis sortirent du village avec des grands cris, en poursuivant notre infanterie; je courus alors à la cavalerie pour la faire avancer. Le régiment hessois du Corps donna; les Français furent renversés et renvoyés dans le village dans un instant. Nous fimes à cette occasion 150 prisonniers. On réussit à la fin de rallier l'infanterie, et elle fut ramenée sur la hauteur vis-àvis de celle qui était occupée par les Francais. »
(1) Relation de l'État-Major. Archives de la Guerre, vol. 3514.
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CONTRE-ATTAQUE DES FRANCAIS. ii
Complétens ce récit par les documents français : La contre-attaque à laquelle fait allusion le prince, avait été faite par les régiments de Rohan et de Beauvoisis. Cette brigade, entrainée par son ardeur, s'était mise, en dépit des ordres donnés, à la poursuite des fuyards. Mal lui en prit; elle fut chargée par les cuirassiers hessois et forcée de regagner, avec des pertes sensibles, l'abri des murs de Bergen. A leur tour, les Hessois furent arrêtés par le feu de l'artillerie et l'entrée en scène de dix escadrons que Broglie détachz contre eux. Il n’y eut päs au cours de la journée d'autre rencontre de cavalerie, et cependant, il semblerait que le désordre des confédérés, après la mort d'Issemburg, aurait pu être transformé en déroute, si le général français eût fait appel à cette arme.
Dégagés par le succès des Hessois, les bataillons du prince héréditaire furent ralliés par leur vaillant chef et firent un nouvel effort pour s'emparer de Bergen; ils furent repoussés. L'infanterie française s’'avança derechef et, en dépit des démonstrations de la cavalerie ennemie, fit mine d'aborder le crête sur laquelle s'était retirée l'armée de Ferdinand. « Les choses paraissaient très périlleuses pour nous, écrit (f) le narrateur hanovrien; par bonheur, le général-lieutenant Wutgenau arriva avec six bataillons qui avaient couru près d'une heure et perdu presque la respiration. » L'apparition fort opportune de cette division fraiche permit aux alliés de reformer leurs unités fort éprouvées par le combat du matin. À partir de ce moment, l'engagement dégénéra en une lutte d'artil lerie. « Nous restâmes ainsi, dit la relation allemande, sur le terrain que nous avions soutenu, en essuyant jusqu'à huit heures du soir la plus terrible canonnade qu'on eût jamais entendue; les ennemis ne montrèrent point l'envie de nous attaquer... Nous avions planté deux cents
(1) Rapport de Watgenau. Windeken, 14 avril 1759. Archives de la Guerre.
pas devant les régiments ños huit gros canons avec les
pièces de régiments. Celles-ci firent feu sur tout ce qui
se présentait des ennemis, tandis que les autres tiraient continuellement vers les lignes des ennemis et vers Bergen; les ennemis ne restaient pas en arrière, leur caronnade fut même plus forte et on n’en à jamais vu si opiniàtre, qui à duré 12 heures de suite, » La retraite commença à 10 heures du soir; le prince Ferdinand, qui resta l’un des derniers sur Le champ de bataille, ne rentra à Windeken qu'à 2 heures du matin.
Ainsi que le prouve ce récit, les dispositions que prit le général hanovrien après l’arrivée de Wutgenau en imposèrent au duc de Broglie qui craignit une reprise du combat. Revenu à la tour de Berger-Warte ct complètement rassuré du côté de Wilbel, il renforea son centre d’une grosse réserve d'infanterie empruntée à sa gauche. « IL attendit ainsi à quoi allaient aboutir les manœuvres des ennemis, mais tout se passa en canonnades extrêmement vives qui firent beaucoup souffrir les brigades qui étaient à la tête du village, ayant tiré à cartouche avec de grosses pièces et à une portée qu'on croyait impossible, mais qui était cependant très meurtrière... Un moment avant la nuit, les alliés portèrent plus d'infanterie vers le village comme pour recommencer une nouvelle attaque, et à 11 heures du soir, ïls firent leur retraite et marchèrent toute la nuit, »
Malgré leur bonne attitude, les confédérés étaient en fort piteux état. « Nous avons passé la nuit, écrit Wutgenau, sans feu, sans eau, sans pain, la plupart des régiments ayant laissé leurs havresacs à Windeken. » Ils emportèrent cependant du champ de l’action leurs blessés, dont les plus gravement atteints furent abandonnés dans les villages des environs. Leur perte, évaluée à 6.000 par le due de Broglie, s'éleva d'après le rapport officiel de Ferdinand à 122 officiers et 2.493 soldats tués, blessés ou pris;
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