‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 3)Chapitre 78 sur 303 · LES RUSSES OCQUPENT FRANCFORT · texte numérisé non relu

LES RUSSES OCQUPENT FRANCFORT

coup d'œil et de la décision sur le terrain, mais il ne tira pas profit de sa victoire. La fatigue de ses hommes, et plus encore le souvenir de Zorndorf, lui servirent d'excuse pour être resté jusqu'au bout sur la défensive. Quant aux Prussiens, à l'exception des cavaliers de Schorlemmer, ils ne furent pas à la hauteur de leur réputation. Frédéric ne sut pas mauvais gré à Wedell de son échec; peut-être avait-il conscience de la part de responsabilité que lui valaient des instructions trop impérieuses : « J'avais le pressentiment que l'affaire irait mal, écrit-il (1) à la réception de la nouvelle... il ne faut plus y penser, mais aux secours qu'on peut réunir pour reprendre l'affaire à neuf, Ce n’est pas votre faute si les canailles ont lâché pie:! si honteusement. »

.Le 2% juillet, lendemain de la bataille, les Prussiens passèrent l’Oder à Tschicherzig, tandis que les Russes employèrent la journée à enterrer les morts, à ramasser les blessés et à remettre l’ordre dans les régiments les plus éprouvés. Le 25, le prince Volkonsky, avec un détachement de #.000 hommes, s’empara de Crossen d'où il chassa les hussards prussiens et où il trouva des provisions de pain et de farine; le 28, il fut rejoint par le gros de l'armée. On jeta aussitôt quelques troupes légères sur la rive gauche de l'Oder, et on commença à préparer des ponts pour la traversée du fleuve. De Crossen, le général Villebois fut envoyé avec 10.000 hommes sur Francfort; le 31, il occupa la ville sans grande difficulté, fit prisonnier le bataillon de milice qui y tenait garnison, et prit possession de magasins importants.

Dès le 29 juillet, les communications avaient été ouvertes avec les Autrichiens (2) grâce à l’arrivée d'un officier

(1) Frédéric à Wedell. Schmottseifen, 24 juillet 1759. Correspondance politique, XVHI, 445.

(2) Riedesel à Bruhl. Crossen, 29 juillet 1759. Zeitschrift für Kuns!, etc. Berlin, 1855.

expédié par Laudon, qui annoncait la présence de ce dernier à Muskau avec un corps de 20.000 hommes. Le 31, nouveau messager /{) de ce général, venu de Sommerfeld, et demandant qu'en lui indiquât le point de jonction avec les Russes. On apprit à cette occasion que le roi de Prusse était le 29 à Bunzlau; enfin, le soir, on recut la visite du général autrichien Betlem, escorté de 200 hussards, qui confirma ces informations. A la réception de ces avis successifs, Soltikoff convoqua un conseil de guerre et, sur son vote conforme, ordonna la marche sur Francfort, qui fut désigné à Laudon comme endroit de réunion des deux ‘rmées.

Avant de suivre les Russes dans ler mouvement qui ne fut pas inquiété par l'ennemi, il convient de nous reporter aux quartiers généraux de Daun et de Frédéric. Le feld-maréchal, quoiqu'il eût tout lieu de croire les Russes encore dans les parages de Posen, s'était déterminé, non sans de longues hésitations, à envoyer au-devant d'eux un fort détachement de son armée. Voici en quels termes Montazet rend compte (2) de la décision prise : « Pour moi je ne vois rien de mieux à faire aujourd’hui que ce que M. le Maréchal a résolu. Le voici en quatre mots : 1° Il ne laissera à M. d'Harsch que 15 à 20.000 hommes pour faire la guerre défensive vis-à-vis de Landshut, puisqu'il trouve l'offensive si d'iticile; 2° Il mettra 20.000 hommes en Saxe vis-à-vis de M. le prince Henri, afin de n'avoir aucune inquiétude sur la Bohême, ni sur ses subsistances ; 3° IL a donné des ordres à M. Hadick, pour marcher après-demain avec 35.000 hommes sur le Bas- Oder vers Crossen, afin de prouver aux Russes l'envie qu'on a de les seconder et de les engager par là à faire

(1) Riedesel à Bruhl. Crossen, 31 juillet 1759. Zeitschrift für Kunst, etc. Berlin, 1855.

(2) Montazet à Belleisle. Gorlitzheim, 21 juillet 1759. Archives de la Guerre,

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