PRISE DE HOYA PAR LE PRINCE DE BRUNSWICK
l’Aller à Verden le 23 de grand matin, et marchant par la chaussée que Saint-Chamans et Chabo avaient déclarée impraticable et qu’il avait fait réparer la veille, arriva sans encombre à quelques kilomètres des postes français; 1, laissant une partie de ses forces pour tirailler contre le pont et amuser la garnison, il poussa avec # bataillons jusqu'aux bords du Weser, fit passer le fleuve en bateau et en radeau à 2 de ses bataillons et à quelques hussards, n’attendit pas le reste, et gagnant par la rive gauche la ville de Hoya, vint prendre à revers ses défenseurs. À en croire les généraux français, l'entreprise hardie du prince aurait été facilitée par la négligence de leur cavalerie (1). « Des patrouilles de dragons qui escarmouchèrent avec eux n'avertirent personne; d’autres furent enlevées; une passa à 20 pas des ennemis sans les apercevoir; ils s’étaient mis ventre à terre au bas de la digue et la patrouille ne se donna pas la peine de monter sur la digue et longea seulement l’autre côté. Nous savons ce fait du prince de Brunswick lui-même. » La prise de Hoya coùta aux Français environ 700 hommes tués, blessés, prisonniers ou malades abandonnés, appartenant pour la plupart aux Gardes lorraines, des provisions, des fourrages, et, ce qui était plus important, livra aux confédérés le pont encore intact sur le Weser. Chabo avait montré beaucoup de bravoure; il fit valoir les conditions avantageuses que lui avait accordées le prince de Brunswick et les compliments du vainqueur pour réclamer un avancement que
les faits ne semblent pes justifier. IL termine son rapport à Clermont par ces mols : « La capitulation de Harburg a
fait M. de Péreuse lieutenant-général; j'ai lieu de me flat-
ter que les bontés de V. A. S. me feront maréchal de camp
pour celle-ci. » Ce vœu fut exaucé quelques mois après.
Chabo se retira à Brême; bon nombre de fuyards allèrent
(1) Saint-Germain à Clermont. Lechte, 27 février 1758. Papiers de Clermont. Archives de la Guerre.
PS
à Nienburg. De cette ville, un capitaine de la garnison de Hoya annonça le malheur au quartier général dans une lettre (1) où la principale préoccupation semble être la perte « des gratifications et du fourrage de gratification qu’on nous avait payés en monnaie et escalens ». Cornillon n'avait pas tout à fait tort quand il alléguait que les officiers des corps n'étaient sensibles qu’à l'intérêt. Nous trouverons d’ailleurs d’autres faits à l'appui de cette appréclation.
Avant de relater l'influence qu’eurent, sur les décisions de Clermont, les premiers événements de la campagne, passons dans le éamp ennemi pour nous rendre compte des opérations des confédérés. Au lendemain de l’occupation de Verden, le prince de Holstein, avec sa brigade de cavalerie, avait franchi l’Aller près de Hudemubl (2), un peu en amont de Verden, et en attendant que l'établissement d’un pont permit à l'infanterie de le suivre, s'était dirigé sur Nienburg. En route, il surprit à Stocken pendant la nuit et enleva ou détruisit presque en entier le régiment de hussards français de Pollereski. Toutefois, malgré l’éncrgie du prince Ferdinand et deses lieutenants, la marche des colonnes fut entravée par l'exécrable état des routes, et Nienburg ne tomba entre leurs mains que dans la nuit du 27 au 28 février. La ville était gardée par deux bataillons de Lyonnais et 5 à 600 échappés de Hoya. On ne brüla pas une cartouche; M. de Brulard, le gouverneur français, accepta la capituiation qu’on lui offrit, et, sacrifiant ses magasins et son canon, se retira sur la place de Minden dont il renforça la défense. « Le commandant, écrit Ferdiuand au roi George (3), aurait fort bien pu s’y mainte-
(1) Gourmond à Cornillon. Nienburg, 24 février 1758. Archives de la Guerre, 3471.
(2) Boyd à Holdernesse. Hrlemuhl, 24 février 1758. Military expeditions. Record Office.
(3) Ferdinand au roi George, Drackenburg, 14 mars 1758. Newcastle Papers.
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ABANDON DE NIENBURG. 23
nir quelques jours; mais comme ils me sont fort précieux, pour ne pas laisser à l'ennemi le temps de se reconnaitre, j'ai accordé à la garnison la sortie libre. J'y ai trouvé un bon magasin, ce qui m'accommode fort, et on a remis en liberté (1) à cette occasion quelques-unes de nos troupes et de celles de Prusse qui avaient été faites prisonnières de gaerre l'été passé... Je marcherai demain matin en avant vers Minden, y ayant déjà détaché le prince de Holstein avec l'avant-garde. » Le recul précipité des Francais avait ainsi le double inconvénient de les priver de leurs dépôts et approvisionnements, et de livrer à l’adversaire les ressources sans lesquelles (2) il n’eût pu continuer sa marche.
Les incidents de Verden et de Hoya avaient impressionné d'autant plus Clermont et son entourage qu'aux avis désastreux de la gauche venaient s'ajouter des renseignements non moins alarmants de la droite, signalant la présence à Osterwick (3) d'une division prussienne, évaluée tantôt à 4.000, tantôt à 15.000 hommes. Tout d’abord, le général en chef veut tenir ferme à Brunswick (%) et il écrit dans ce sens à Villemeur; le lendemain 24, sans doute sous le coup de la prise de Hoya, il donne des instructions contraires (5) : Villemeur et Voyer évacueront les places de Brunswick et de Wolfenbuttel le 26; le lendemain, ils opéreront leur jonction à Hildesheim avec les troupes venues de Goslar et Güttingen. Ces diverses divisions, fortes de #1 bataillons et 20 escadrons, formeront un
(1) Saint-Germain avait donné ordre d’évacuer ces prisonniers sur la Westphalie, mais cet ordre, s’il parvint au commandant de Nienburg, ne fut pas exécuté.
(2) Reden, vol. I, p. 122.
(3) D'Andlau à Clermont. Goslar, 21 février 1758, Voyer à Clermont. Wolfenbuttel, 21 février 1758. Papiers de Clermont.
(4) Clermont à Villemeur. Hanovre, 23 février 1758. Payiers de Clermont.
(5) Clermont à Villemeur. Clermont à Armentières, 24 février 1758. Papiers de Clermont.
corps sous la direction de Villemeur. Les équipages étaient limités à # voitures par bataillon et 3 par escadron. «Il faudra, ajoutait Clermont, avant de partir jeter toutes les farines et les cartouches que vous n'aurez pu emporter, ets’il est impossible de brûler le fourrage sans brüler la ville, vous la brülerez. » Armentières, qui commandait à Celle, recevait des ordres identiques : à la même date du 26, il devait partir, détruire les ponts de l’Aller et se retirer à Hanovre. Après maintes tergiversations, le général en chef s'était décidé à abandonner l'Électorat et à faire sa retraite sur le Weser. La correspondance échangée avec la cour faisait pressentir cette résolution; dans sa dépèche du 23, Clermont (1) énumère tous ses soucis; l'ennemi s’avance, il a des forces doubles des siennes; l’armée n'aura pas le temps de faire ses préparatifs de résistance; le bruit se répand que le roi de Prusse est arrivé à Magdebourg, que les Anglais vont débarquer; le délabrement des hôpitaux est irrémédiable, l'argent manque, les officiers capables font défaut. « Nous sommes, écrit-il, dans une disette de talents et de bonne volonté qui exige que l'on fasse flèche de tout bois. »
Crémille voit tout aussi noir; pris à partie par Clermont qui lui reprochait son optimisme d'antan, il se justifie auprès de Belleisle (2) en expliquant que les travaux de fortification qu'il avait recommandés n'avaient pu être exécutés, soit à cause des gelées persistantes, soit par pénurie d'argent; les magasins de fourrage n'avaient pas été constitués; d’autre part, on n'avait prévu ni les renforts tirés du corps de Lehwaldt, ni l'intervention du prince Henri de Prusse. La conclusion de la lettre est caractéristique : « IL n’est point de positions, Monseigneur, vous le savez beaucoup mieux que moi, sans troupes, sans subsistances et sans
(1) Clermont au ministre. Hanovre, 23 février 1758. Archives de la Guerre, (2) Crémille à Belleisle. Hanovre, 23 février 1758.
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