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EVACUATION DE VERDEN. 17
Malheureusement, Saint-Chamans n'avait pas attendu les ordres du quartier général; dès le 20 février, à 4 heures du soir, il avait quitté Verden par la route de Langwedel. Ce mouvement était pour le moins prématuré, car un courrier de Hanovre (1), arrivé le 21 à 2 heures du matin, pénétra sans difficulté dans la ville, n’y trouva aucun soldat ennemi et constata que le pont était encore intact. Quelques heures après, un pelo’on de hussards prussiens vint occuper le poste. Clermont s'en prit à l'infortuné général qu’il chercha à rendre responsable des échecs du début de la campagne. Il lui reprocha (2) son départ précipité, sa désobéissance au sujet du pont, enfiv sa retraite sur Brême, alors qu'elle aurait dù être dirigée sur Hoya. Saint-Chamans se justifia sur ce dernier point, peut-être le plus important de tous, en alléguant les inondations qui auraient rendu la marche sur Hoya impossible. Quant à la non-destruciion du pont, il en rejeta la faute sur le colonel de Nassau Ussingen et sur le capitaine du détachement de ce régiment, laissé i cet effet, qui s'était retiré sans accomplir sa besogne. La néglisence commise, quel qu'en fût l’auteur responsable, eut des conséquences fâcheuses. Le prince héréditaire de Brunswick put passer sur la rive gauche de l’Aller avec sa division, forte de 10 bataillons, 12 escadrons et 8 canons, et, quoique retardé par Jes eaux débordées, se porter à l'attaque de Hoya avant que les Français eussent eu le temps de renforcer la garnison. La perte de Verden fut, en eflet, suivie deux jours après d'un événement beaucoup plus grave.
Nous avons vu Saint-Germain succéder au duc de Broglie lans le commandement de l'aile gauche de l'armée, commandement fort mal défini d’ailleurs, à en juger d’après la
(1) Clermont à Saint-Germain. Hanovre, 21 février. Papiers de Clermont. (2) Clermont à Belleisle. Wesel, 31 mars 1758. Archives de la Guerre, vol. 2173, Défense de Saint-Chamans.
correspondance échangée. Préveau de l'évacuation prochaine de Verden, il pense à assurer le poste de Hoya sur le Weser et y envoie un de ses officiers les plus énergiques, le brigadier Chabo; il n’a pas d'inquiétude immédiate au sujet du pont de Hoya (1) que les inondations mettent à l’abri d'une tentative des confédérés. Ses préoccupations visent plutôt la place de Brême : « Je suis chargé à présent, mande-t-il au ministre (2), de la garde du Weser depuis Nienburg, et je compte que nous ne perdrons plus rien en détail dans cette partie de la part de l'ennemi, mais d’un autre côté la disette de toutes choses, l’état affreux des hôpitaux, nous détruiront nécessairement; il n’y a pas un sol; cette ville ne veut plus faire de crédit, le paysan est épuisé, et il n'y a de ressources d'aucun genre; je n'ai pas même de quoi faire placer 20 palissades pour la sûreté de cette garnison. »
Au moment où Saint-Germain exprimait ses doléances, Hoya était enlevé et la ligne de défense percée par les Hanovriens. Chabo, arrivé le 20, trouva la garnison dans la sécurité la plus complète (3); les magasins, la boulangerie et les autres dépôts étaient sur la rive drcite; les dragons du régiment d’Harcourt avaient leurs armes en réparation chez l’armurier; la cavalerie, en général, était sans selles ni bottes. Il se mit à l'œuvre avec activité et rendit compte au général en chef des mesures adoptées (4) : « Le village d'Hoya est situé moitié à la rive gxuche, moilié à la rive droite du Weser. Il est impossible de défendre le village situé à la rive droite. J'ai donc pris le parti de faire transporter à la rive gauche l'hôpita!. les établissements des
(1) Saint-Germain à Clermont. Brême, 21 février 1758. Papiers de Clermont.
(2) Saint-Germain au Ministre. Brême, 23 février 1758. Archives de la Guerre, vol. 3472.
(3) Saint-Germain à Clermont. Lechte, 27 février 1758. Papiers de Cler-
mont.
(4) Chabo à Clermont. Hoya, 22 février 1758. Papiers de Clermont.
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CHABO ENVOYÉ A HOYA. 19
fours, les magasins de fourrage. Je fais palissader la tète du pont et y fais faire tout ce qui est possible pour avoir le teraps de le brûler si l'ennemi vient en force pour s'en emparer; le temps est trop court pour y faire un ouvrage. J'ai envoyé en diligence à Brème pour avoir des matières combustibles afin de pouvoir brûler le pont promptement si j'y suis forcé; je ne le ferai qu'à l'extrémité parce qu'il peut être utile pour des mouvements de troupes, mais je réponds que l'ennemi ne s’en emparera pas pour y pouvoir passer. Je ferai faire des patrouilles depuis Nienburg jusqu'à Bremen par les deux régiments de dragons de Mestre de Camp et d’'Harcourt qui sont aux environs d'ici; j'ai fait passer à la rive gauche les quartiers qui étaient dans les villages à la droite. J'ai renforcé ce poste avec des grenadiers et piquets du régiment de Bretagne. Je viens d'aller moi-même avec un détachement tout le long de la rive droite du Weser jusqu'auprès de Verden. Je n'ai trouvé personne des ennemis de passé. L'inondation est encore assez forte; il serait difficile à des troupes de passer l'Aller, mais les eaux diminuent et le chemin sera praticable dans peu de jours. J’ai appris que les ennemis ont environ 3 à 4.006 hommes au moins dans Verden. » L'attaque que Chabo ne prévoyait pas le 22 à 8 heures du soir se produisit beaucoup plus tôt qu'il ne le croyait. Pour y résister, le général français pouvait disposer du régiment de Gardes lorraines, fort de 6 à 700 hommes, d'un détachement de Bretagne et des régiments de cavalerie Mestre de Camp et Harcourt, soit en tout 13 à 1.400 hommes. « Le 23 à midi, rapporte Chabo (1), les ennemis avancèrent par le chemin de Verden et enlevèrent une de mes patrouilles. Sur-le-champ je fis prendre les armes et aller les recennaitre; il y-eut une escarmouche assez vive; je leur tirai du canon, ils m'en rendirent, ce qui me fit
(1) Chabo à Clermont. Visbeck, 24 février 1758. Papiers de Clermont.
voir qu'ils étaient en force. Je pris sur-le-champ le parti En 1 de battre en retraite jusqu’au pont, amusant l'ennemi ‘4 autant que je pouvais, pour avoir le temps d'évacuer totalement !’hôpital et beaucoup d'effets. Mon projet était arrangé d'avance, et au moyen d’un retranchement que j'avais fait construire et de l'incendie des maisons qui touchent le pont, j'étais sûr d’avoir le temps de le couper ou de le brûler. À 6 heures du soir, comme le pont était | presque coupé et que l’on achevait d’attacher les matières combustibles qui venaient seulement d'arriver de Bremen, ainsi que les cartouches et les haches, une colonne des ennemis vint attaquer mes postes à la rive gauche et les replia jusques au pont. J’y portai sur-le-champ mes # com- | | pagnies de grenadiers, laissant les piquets et une partie des Gardes lorraines pour résister à la première attaque de | | | | |
la rive droite et conserver mon retranchement. Les troupes firent des merveilles, poussèrent trois fois les ennemis fort loin, mais enfin, étant presque tous tués et pris, ils furent obligés de se retirer, et nous regagnâmes er bon orcre une espèce de vieux château qui servait de magasin à foin, tout ouvert d’un côté. J'y ai tenu environ une heure jusqu'à ce que je n’aie plus eu de poudre et que j'aie vu 10 bataillons prêts à m'emporter d'assaut, et huit pièces de canon qui me battaient et allaient mettre le feu au magasin à paille et à loin, ce qui nous brülait tous sans ressources. » Le petit détachement du château obtint de l'ennemi la liberté de s’en aller avec leur canon.
Chabo avait eu affaire à l'avant-garde du prince héréditaire de Brunswick, forte de 6 bataillons, à laquelle le prince Ferdinand avait confié la mission de s'emparer du point stratégique de Hc ya. Le jeune général franchit (1)
(1) Geschichte des Siebenjährigen Krieges von den Oflisieren des grosseh Generaislabs, vol. II, p. 43. Annual Register, 1758, p. 35. Boyd à Holdernesse. Hudemuhl, 24 février 1758. Military expeditions. Record Office. Renouard, Arieg in Hannover. Reden, Feldzüge der allierten Armee, etc.
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