MISSION DE YORKE AUPRÉS DE FRÉDÉRIC
l'impossibilité d'envoyer une escadre dans la Baltique, le Roi se disait prêt, sur la requête de la Prusse, « à faire telle déclaration qui au sentiment de Sa Majesté Prussienne puisse fortifier la cause commune... en cas que le roi de Prusse recommande, dans la présente situation des cours de Pétersbourg et de Stockholm, un langage différent de celui que Sa Majesté Prussienne a jusqu'ici conseillé et concerté avec le Roi ». Au parlement, les crédits, tant pour le subside à la Prusse que pour l’armée du prince Ferdinand, furent votés sans discussion et à l’unanimité moins une voix.
Pendant que l’on se mettait a'accord à Londres, le nouveau ministre, Yorke, continuait un voyage qui n’allait plus avoir sa raison d’être. À Hambourg, il se croisa avec Knyphausen et échangea avec lui ses impressions; à Berlin, il eut une longue conférence avec Finckenstein (1) et poussa ensuite jusqu’en Silésie. Il rencontra Mitchell à Landshut et fut présenté à Frédéric. Une audience qui dura plus de deux heures transforma en certitude la conviction, déjà acquise à Berlin, que Mitchell était « persona grata » auprès du souverain (2) et que ce serait une erreur de le déplacer, aussi Yorke prit-il sur lui de retarder la remise des lettres de rappel jusqu'à la réception de nouvelles instructions de Londres. En attendant le courrier qui les apporterait, Yorke et Mitchell vécurint en très bonne intelligence et accompagnèrent tous les deux l’armée prussienne dans l'invasion de la Moravie.
Du quartier général de Frédéric, dont il devint l'hôte habituel, Yorke adressa à son père Lord Hardwicke et à Newcastle des détails intimes sur le mode de vie, les propos, les vues et le caractère du grand homme pour lequel il se mit bientôt à professer la plus vive admiration. Le pre-
(1) Yorke à Holdernesse. Berlin, 4 avril 1758. Prussia. Record Office, (2) Yorke à Holdernesse, 4 avril, et Yorke à Newcastle, 11 avril 1758. Prussia, Record Office.
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mier entretien dont il rend compte (1) ne présente pas grand intérêt. Le langage du Roi fut en apparence des plus candides : «Il regrettait beaucoup que son attitude (au sujet de la convention) eût créé des difficultés ou donné ouverture à des soupcons ou à des susceptibilités... Aussitôt qu’il s'était apercu de cet état de choses, il n'avait pas hésité un instant à prendre les mesures nécessaires pour y mettre fin. » Rien n'était plus naturel ni plus innocent que les clauses du traité : « Je ne pouvais avoir de motif, continua Frédéric, pour ne pas signer un engagement qui me lie, et pour la guerre et pour la paix, au roi de la Grande-Bretagne. Je ne vous attribuais pas la pensée d’un retour à l'alliance autrichienne, et il ne m'était pas entré en tête que je pusse renouer avec la France; ces deux partis me paraissent au même titre impossibles. Ni la cour de Vienne ni celle de Versailles ne voudronts’unir à nous comme autrefois ; du moins, en ce qui me regarde, je n'ai aucune raison de croire que, quand même je le désirerais, les Français consentiraient à reprendre les anciennes relations, ou qu’ils me pardonneraient le traité que j'ai signé avec le Roi votre maitre. » Puis, probablement afin de ne laisser aucun doute sur ses sentiments à l'égard de ses anciens amis, Frédéric qualifia de méprisable la figure que les Français avaient faite pendant la guerre, et flétrit en termes énergiques leur conduite en Allemagne.
Dans les conversations presque journalières qui suivirent, le roi de Prusse (2) passa en revue la situation de l'Europe, exposa ses projets, donna son avis sur les entreprises que pouvraient lenter les Anglais en Flandre et sur les côtes de la Manche et discuta les moyens d'amener la Hollande à épouser la cause commune. Comme
(1) Yorke à Holdernesse. Landshut, 11 avril 1758. Prussia, Record Office. (2) Yorke à Holdernesse. Landshut, 12 et 13 avril 1758. Prussia. Record Office.
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