‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 4)Chapitre 103 sur 361 · DESCRIPTION DE FRÉDÉRIC ET DE SA VIE · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DE FRÉDÉRIC ET DE SA VIE

firmer les récits contemporains : longues séances à table, quelquefois de 5 et 6 heures, pendant lesquelles Frédéric tient le premier rôle, questionnant, narrant, parlant de tous et de tout, passant de la philosophie aux sciences « dont il a quelque teinture », mêlant le sérieux au plaisant, étonnant de mémoire, étincelant d'esprit. En dehors de ces heures de conversation, de celles qu’il consacre à la lecture, à la poésie, Frédéric s'adonne tout entier à son métier et paie d'exemple : « Malgré sa sensibilité au froid, jamais il ne monte en voiture: toujours à cheval avec son infanterie, il commence l'étape avec elle et la conduit jusqu’au camp ou jusqu'aux cantonnements..... Autrefois il campait avec l’armée, mais son état de santé l'oblige depuis le commencement de la présente guerre à se reposer sous un toit. Lui et le maréchal Keith sont les seuls officiers de l’armée ainsi logés, tous les autres vivent sous la tente. » L'équipage est des plus simples : pour: la selle 10 ou 12 chevaux de chasse, de race anglaise, 12 ou 14 domestiques en livrée. « Debout à 5 heures, le Roi se couche à 9, à moins de circonstances extraordinaires, et dort très bien. Il ne fait qu'un repas par jour (vers 11 heures et demie ou midi) et ne prend en outre que deux tasses de café le matin. Aussitôt levé, ii envoie chercher M. Eichel et traite avec lui toutes les affaires qui concernent l'étranger. Toujours en tenue et prêt pour la parade de sa garde qui ne compte qu'un officier et 18 hommes, il n'omet jamais d’en faire l'inspection. La revue finie, il monte à cheval, va au camp, visite les postes et leurs approches, et rentre au quartier général vers 11 heures pour donner les ordres. »

Du souverain, Yorke passe à l’armée prussienne dont il nous décrit le train de vie, l'apparence et le personnel : « Le quartier général est tranquille, sans bruit ni remueménage; tout marche comme une horloge et ce n’est pas surprenant, car c'est le Roi qui dirige tout lui-même... Les

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troupes sont très belles, ont bonne tenue et paraissent contentes. » L’Anglais est très frappé de la stricte discipline exigée pendant les étapes : « Chaque fois que les troupes traversent une petite ville et que, par suite d’embarras, une partie de la colonne est obligée de s’arrèter dans la rue, je n'ai jamais vu un soldat quitter le rang, quoique le temps de la halte ait pu durer plus d'une heure. Cett» règle existe, il est vrai, dans tous les services du monde, mais c'est la première fois que je l'ai vu rigidement observer. » Yorke, qui était militaire lui-même comme beaucoup des diplomates du dix-huitième siècle, parle avec éloge de plusieurs usages de l'armée prussienne : l'obligation du capitaine, moyennant une indemnité donnée par le Roi, d'entretenir à sa table les otüciers de sa compagnie ou de son escadron, le mode de placer les grand'gardes et les sentinelles, le soin d'éviter tout mélange de détachements appartenant à des corps différents, de manière à n’employer ensemble que des officiers et des soldats se connaissant déjà. IL est émerveillé du bon entretien de l'habillement et des effets d'équipement. L'intendance s'occupe beaucoup du soldat quine manque jamais de pain et qui reçoit tantôt deux, tantôt quatre rations de viande par semaine. Peu d’exercices ou de revues en campagne; l'instruction vigoureusement poussée pendant l'hiver suffit comme préparation; en guise de punition, la bastonnade, le Roi ne voulant pas infliger la peine de mort; aussi se plaint-on de quelque laisser-aller chez les troupes qui servent sous les yeux du Prince. On a souvent recours aux moyens moraux, par exemple, à celui de changer les boutons de métal d’un régiment qui s’est mal conduit contre des boutons d’étoffe,

Au dire de notre informateur, Frédéric tenait en grande estime les Autrichiens, et surtout leurs troupes légères composées de Croates ou Pandours, comme on les appelait alors. Chez ces irréguliers, beaucoup de fidélité à

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