MESURES PRISES PAR LA DÉFENSE
par le général Marschall, « officier de grande valeur mais bien cassé » (1). Ce vieillard énergique avait mis à profit le répit qu’on lui avait laissé; les faubourgs avaient été rasés, les hôpitaux installés, les magasins remplis et tout un système de signaux inventé pour correspondre avec Daun. Du reste, jusqu'alors, l'insuffisance de l’investissement sur la rive gauche de la Marsch avait permis au gouverneur de conserver de ce côté le contact avec l’armée impériale.
A coup sûr, Frédéric eût souhaité une tentative de la part des Autrichiens pour lever le blocus : « Le roi de Prusse, écrivait Yorke (2), espère ouvrir les tranchées le 20 de ce mois ou vers cette date; le général Fouqué l'aura rejoint avec la plus grande partie de ses troupes et il pourra ainsi couvrir le siège avec environ 45.000 hommes, tout en laissant assez de monde pour garnir les tranchées. Si l'ennemi descend dans la plaine et l'attaque, il risquera une bataille... Si l'ennemi se contente de l’observer, il me parait décidé pour le moment à ne pas courir d’aventure jusqu'à la prise de la ville. »
Mais Daun, quoique son armée eût été considérablement augmentée, n'était pas en état de livrer une action offensive. Le Francais Boisgelin, qui avait repris son poste à l'état-major du maréchal, évalue (3) à 55.000 hommes les effectifs autrichiens, c’est-à-dire à un chiffre à peu près égal à celui des Prussiens. Il signale les progrès accomplis depuis l’entrée en campagne : « les recrues étaient exercées deux fois par jour à tirer et à marcher; on ne peut rien désirer pour la discipline et le bon ordre qui est à la vérité beaucoup plus facile à établir et à conserver dans cette nation que dans la nôtre; et quoique tout cela fût
(D) Boisgelin à Belleisle. Leutmischl, 9 mai 1758. Archives de la guerre,
(2) Yorke à Holdernesse. Liltau, 6 mai 1758. Prussia. Record Office.
(3) Boisgelin à Belleisle. Gewiez, 26 mai 1758. Archives de la Guerre, 3475.
bien l’année passée, il faut convenir que tout va encore mieux celle-ci, et cela doit s'entendre depuis les officiers généraux jusqu'au simple soldat, » Ces bons résultats, dus en partie à une refonte de l'état-major, auraient été compromis par un engagement prématuré; aussi Daun fermat-il l'oreille aux craintes pour le sort d'Olmütz dont on l’assaillait de Vienne, et à l'invitation qu’il recevait du mème quartier de courir la chance d’une bataille. Sans doute il n'aitendrait pas la chute de la place (1), parce que dans ce cas « il aurait affaire à toutes ses forces (de l’ennemi), au lieu que, pendant son siège, elles seraient partagées et que la garnison d’Olmütz agirait de son côté contre le corps qui serait laissé pour la garde de la tranchée » ; mais il entendait choisir son heure et son occasion. Au surplus, le temps travaillait pour les Autrichiens dont l’armée se renforçait et s’aguerrissait tous les jours, tandis que l'ennemi s'approvisionnait difficilement et que sa cavalerie surtout souffrait du manque de fourrages (2) et dépérissait à vue d'œil.
Dans ces conditions, tout dépendait de la promptitude avec laquelle seraient menées les opérations du siège. Malheureusement pour les Prussiens, elles avançaient lentement : La première parallèle fut achevée le 30 mai seulement, c’est-à-dire 25 jours après l’arrivée devant OImütz; le lendemain, 6 batteries armées de 25 canons, 15 mortiers et 4 obusiers, ouvrirent le tir contre les bastions entre la porte Catherine et la porte Thérèse. On s’aperçut bientôt aue ces batteries étaient trop éloignées; pour produire de l'effet, il fallut augmenter les charges, au grand préjudice du matériel; en outre les tranchées étaient enfilées par les ouvrages extérieurs du Salzergut et d'une île formée par un bras de la Marsch.
(1) Marainville à Belleisie. Gewicz, 31 mai 1758. Archives de la Guerre,
(2) Grébauval à Stainville. Wirschau, 27 mai 1758. Archives de la Guerre, 3475.
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