ARRIVÉE DE MONTAZET AU CAMP DE DAUN
m'attaquer ici; ma droite est hors d’insulte, et s'il veut tourner ma gauche il est toujours obligé de défiler en ma présence dans un terrain plus bas et plus étroit que celui que j'occupe. » Le général autrichien ne songeait pas encore à la relève directe, mais il s'employait à faire pénétrer des renforts dans la forteresse par la rive gauche de la Marsch, restée le point vulnérable de l’investissement. C’est ainsi que dans la nuit du 22 juin le général Bulow put, grâce au concours de Saint-Ignon, se glisser sans opposition dans Olmütz avec 1.366 hommes et avec quelques ingénieurs qui rendirent les plus grands services.
Vers cette époque, notre vieille connaissance, Montazet, rejoignit le quartier général impérial; il était muni d'une lettre officielle de Kaunitz précisant les lonctions qu'il devait exercer et l'attitude qu'il devait avoir vis-àvis du maréchal. Dans un billet particulier (1), le chancelier ajoutait : « M. de Montazet présentera à Votre Excellence rae lettre de ma part que j'ai eu soin de lui faire remettre à cachet volant, pour lui rappeler ce qu'il a promis et quelles sont nos conventions; il est au fond bon garçon, mais français; je me flatte cependant qu'il se conduira comme Votre Excellence pourra le désirer... Quant à l’article des conseils de guerre qui sont toujours par eux-mêmes une très mauvaise drogue, Votre Excellence se mettra hors de tout embarras (2) en n’en tenant point comme j'imagine qu'elle fera, et très bien selon moi. » Ainsi stylé, et se sentant sans doute surveillé, Montazet ne tarit pas en éloges sur la troupe à laquelle il était attaché. De Dobromielitz, où s'était porté Daun pour se rapprocher du camp prussien, il écrit (3) : « Je suis en-
(1) Kaunitz à Daun, 19 juin 1758. Archives de Vienne. (2) Pendant la campagne de 1757, Montazet avait assisté à la plupart des
conseils de guerre.
(3) Montazet à Belleisle. Dobromielitz, 28 inin 1758. Archives de la Guerre,
chanté de l’ordre avec lequel l'armée a marché hier, et je ne le suis pas moins de sa force, car réellement j'ai vu au moins 50.000 combattants sous les armes, sans compter le corps de M. de Buccow qui est sur le flanc droit du roi de Prusse et qui est de plus de 14.000 hommes, sans compter plusieurs autres corps détachés. Oui, Monseigneur, cette armée-ci augmente à vue d'œil, et je puis vous assurer que je la crois plus forte que celle du roi de Prusse et qu'elle a en vérité bien bonne facon. Je ne comprends pas comment l’Impératrice a pu faire autant de choses en aussi peu de temps : des recrues immenses, des réparations sans fin de toutes les espèces, des établissements nouveaux dans plusieurs genres, cela prouve bien les ressources de cette puissance, et encore n’en tire-t-on pas tout le parti qu'on pourrait. » Quant au siège, « il y en a encore au moins pour quinze jours, pour peu que la place puisse se défendre, quand même nous resterions immobiles, ce que je ne saurais croire, vu tous les mouvements que se donne M. le maréchal Daun et ce qu'il me fait l'honneur de me dire tous les jours ».
Contre Olmütz, les Prussiens ne faisaient pas assez de progrès au gré du Roi, aussi celui-ci perdait-il patience et s’en prenait-il à l'ingénieur Balbi et à l’artilleur Dieskau chargés de la direction des attaques. I] écrivait à Keith des billets presque quotidiens dont voici un spécimen ({) : « Cette sape avance avec une furieuse lenteur; elle me coûte tous les jours du monde, et à la fin il y aura plus de monde tué qu’à une bataille... Vous direz, s'il vous plait, à MM. les ingénieurs qu’au lieu d’une belle courcane civique ou rurale (murale) je leur prépare un beau bonnet d'âne, dût-il m'en coûter les oreilles de mon meilleur mulet. » Toutefois, à cette date du 2% juin, malgré les
(1) Frédéric à Keith. Sinirzilz, 24 juin 1758. Correspondance Polilique, vol. XVII, p. 78.