PROGRÈS DU SIÈGE
erreurs du début, malgré l’inondation et le feu du Salzergut et des redoutes que Marshall avait ajoutées à l’enceinte, Keith avait poussé ses tranchées jusqu’à 60 toises des palissades du chemin couvert et élargi les brèches des bastions; malheureusement, ses soldats étaient exténués de fatigue et les projectiles aussi bien que la poudre faisaient défaut pour l'effort suprème. Dans le camp prussien, on se décourageait et les murmures se faisaient entendre. « J'ai peur, écrit Mitchell (1), que le siège ne dure plus longtemps et ne coûte plus cher qu'on ne pensait... La garnison compte au moins 9.000 hommes, est munie de tout, et, il y a deux jours, a été renforcée de 1.000 hommes venus de l’autre côté de la rivière. Les assiégeants n’atteignent pas le chiffre de 6.000 hommes; les munitions commencent à se faire rares, aussi attendon avec impatience le convoi. Il sera escorté de 8 bataillons et environ 3.000 convalescents. »
D'après les prévisions, la réception des approvisicnnements, fixée au 30 juin, serait le signe précurseur de la chute d'Olmütz; la place, quoique vigoureusement défendue, en était à sa dernière heure; la tête de sape faisait des progrès journaliers et n'était plus qu’à 4 toises du satilant de la flèche qui protégeait le ravelin du front d’attaque ; aussitôt rejoint par les troupes de Silésie, Keith serait en mesure de livrer l'assaut final. Si Daun, averti de l'extrémité dans laquelle se trouvait la forteresse, se portait à son secours, toutes les dispositions (2) étaient prises pour lui barrer ia route. 11 n'en fut pas de même du côté de la Silésie; quelque importance qu'attachât Frédéric à l’arrivée de ses renforts, comme le témoigne sa correspondance avec Keith, il ne paraît pas s'être rendu compte
(1) Mitchell à Holdernesse. Smirzilz, 24 juin 1758. Prussia, Record Office.
(2) Frédéric à Keith. Prossnilz, 30 juin 1758. Correspondance Polilique, vol. XVII, p. 83.
de la force des Autrichiens dans les parages qu'il faudrait traverser. L'escorte, formée de 8 bataillons, de 2.000 convalescents ou prisonniers échangés et de 1.200 cavaliers, lui sembla suffisante et il se borna à envoyer au-devant du colonel Mosel qui la commandait, le général Zieten avec 7 bataillons, 2 régiments de cavalerie et du canon.
Jusqu’alors, les Autrichiens n'avaient fait agir sur la route de la Silésie que des troupes légères sous les ordres du colonel Lanius dont le rôle s'était limité à quelques escarmouches et à l'enlèvement de voitures et de trainards. Ainsi que nous l’avons dit, Daun venait de concevoir un projet de plus vaste envergure; pendant que, par des démonstrations, il attirait sur lui-mème l'attention de l'adversaire, il prescrivit à Laudon de se rendre, avec une division mixte de #.000 hommes, par Sternberg, à Domstadtl pour intercepter le convoi dans les défilés que traverse la route dans le voisinage de cette localité. D'autre part, il détacha de la grande armée Sziskovitz et environ 5.000 hommes avec mission de remonter la rive gauche de la Marsch et de se concerter avec Laudon. La première rencontre eut lieu le 28 juin entre ce dernier et Mosel; elle ne fut pas heureuse pour les Autrichiens. La colonne prussienne, partie de Troppau le 26, après un séjour d’un Jour nécessité par l'étai des chemins et la difficulté de mettre de l'ordre dans les 4.000 voitures qu'elle avait à protéger, déboucha de Bautsch le 28 de grand matin. Aux abords de Guntersdorf, elle se heurta à Laudon qui, réuni à Lanius, l'attendait au passage. Après une canonnade et une rencontre de cavalerie où il eut le dessous, Mosel, grâce à la valeur de son infanterie et à ses bonnes dispositions, put repousser les Autrichiens que l’approche de Zieten décida à se retirer sur Bähren avec une perte de près de 600 hommes, à peine compensée par la capture de quelques fourgons. La voie devenue libre, Mosel opéra sa
COMBAT DE DOMSTADTL. 235
jonction avec Zieten qui avait couché la veille à Gibau. Par malheur, le combat avait mis la confusion parmi les équipages dont bon nombre avait rebroussé; Zieten employa la journée du 29 à les réorganiser et donna ainsi aux Autrichiens le temps de se reconnaitre et de combiner leurs mouvements. Entre temps, Sziskovitz, qui avait suivi une fausse direction, était enfin arrivé à Liebe et avait pris le contact avec Laudon.
Le 30 juin, le convoi se remit en marche. L'avant-garde sous le général Krokow, forte de #00 voitures, avait déjà franchi les défilés quand Sziskovitz commenca l’attique sur la gauche des Prussiens; elle fut d’abord refoulée, mais une charge vigoureuse du coionel Caramelli, à la tête du régiment de Deux-Ponts, jeta le désordre dans quelques-uns des bataillons de Zieten. De son côté, Laudon accourut au canon et lança sa division contre la droite de l’escorte. Pris entre deux feux, mitraillés par l'artillerie du capitaine Rouvroy, les Prussiens se réfugièrent derrière les chariots, s’en servirent comme barricade et firent une résistance des plus opiniâtres. « Malgré cela, écrit Laudon dans son rapport (1), cette infanterie fut séparée et culbütée, tant par l'infanterie que par la cavalerie que j'avais avec moi et qui combattit avec une valeur extraordii.aire. La cavalerie prussienne.. se rallia à la vérité dans la suite jusque pour la quatrième fois et chercha à m'entamer par le flanc, mais toujours en vain. »
En fin de compte, Zieten fut obligé d'abandonner la lutte, après avoir fait sauter quelques caissons dont les conducteurs avaient fui dès le début de l’action; coupé d'Olmütz, il dut pousser jusqu’à Troppau. Seule la tête de 400 voitures parmi lesquelles la plupart portaient le numéraire pour la paie de l’armée, put continuer sa route ct gagner le camp de Keith. Voici les détails que donne
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(1) Relation de Laudon à Daun. Archives de la Guerre, 3478.
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Laudon sur la fin du combat : « Le retranchement consistait en 3.000 chariots au moins dont la plus grande partie étaient chargés de farine et munitions de guerre, et quelques-uns de bagages d'officiers, d’habillement des troupes; la plupart des conducteurs et des chevaux ayant été tués par le feu d'artillerie ou s'étant sauvés, il ne fut pas possible de les amener, ce qui me fit prendre la résolution de les brüler, ce qui fut exécuté encore pendant que j'étais sur le champ de bataille; on fit sauter les bombes et les grenades chargées et les farines furent brülées, et jetées partie au vent. Ensuite je fis poursuivre l'ennemi par mes hussards et me retirai avec le reste de mes troupes dans mon ancien camp de Bärn, d'autant plus que durant l'affaire j'ai reçu l'avis que le roi de Prusse était en marche avec un gros Secours. » |
En outre de ce butin, Laudon captura pendant l'action le général Puttkamer, plus de 650 officiers et soldats et 6 canons. Sziskovitz recueillit comme trophées 800 prisonniers et 6 canons (1). La perte des Autrichiens, dans la journée du 30, n'aurait été, d'après Daun, que de 600 hommes; à en croire les historiens prussiens, elle se serait montée à 2.400 hommes et 6 canons.
Contrairement aux craintes exprimées par Laudon, aucun détachement autre que celui de Zieten n'avait été envoyé par le Roi au-devant du convoi. Ce fut seulement le 1° juillet que Retzow, dépèché par Keith, se heurta aux éclaireurs de Sziskovitz aux environs de Dollein. Édifié par cette rencontre sur la défaite de ses compatriotes, il revint à son point de départ, à Bystrowan, où il fut très surpris de voir l'armée entière de Daun postée sur les hauteurs de Gross-Teinitz; il se hâta de passer la Marsch à Neustift et de rallier Le corps de Keith.
Voici ce qui était arrivé : Alors que Frédéric, dans son
(1) Copie de la lettre de Daun à l'Impératrice. Gross-Teinitz, 2 juillet 1758. Archives de la Guerre, 3478.