DIFFICULTÉ D'UNE ENTENTE ENTRE LES ALLIÉS
armées, ni Fermor d’assurer le feld-maréchal(1) de son désir « d'entretenir bonne amitié et correspondance avec lui et de concerter ensemble les opérations militaires ». Toutefois, il était manifeste que, pour la pointe sur Glogau, il serait imprudent de compter sur le concours de l’Impératrice, et qu’il serait tout aussi dangereux de s'engager dans le Brandebourg sur des promesses aussi vagues que celles de Daun. Dans ces conditions, Fermor répondit aux propositions dont Nugent était porteur, par une fin de non-recevoir, basée sur l'incertitude de la jonction avec les Autrichiens, et par l'exposé de ses desseins sur Custrin « qu'il espère prendre en le bombardant », et de son intention « de se combiner avec les Suédois par des points pris entre Custrin et Stettin ».
Ce programme était, à peu de chose près, celui qu’adoptèrent, dans un concisiabule (2) à Pschewo, le 24 juillet, le général en chef et le général Browne. Ils furent d'accord pour penser que la concentration probable des Prussiens sur l'Oder nécessitait une mesure similaire de ia part des Russes, qu’il eût été périllenx de séparer en deux troncons indépendants l’un de l’autre; er effet, le corps de Browne, même complété au chiffre de 20.000 hommes, n'aurait pas pu accomplir en Silésie la mission qui lui avait été attribuée, tandis que l’armée principale, réduite à 28.000 hommes, aurait couru le risque d'être battue par un ennemi supérieur. Se fondant sur ce raisonnement dont il était difficile de méconnaitre la force, les généraux avaient demandé à la cour de Pétersbourg la faculté de marcher ensemble sur l'Oder en vue de s'emparer des forteresses situées sur ce fleuve.
Sans attendre la réponse de la conférence, Fermor avait commencé l'exécution du plan arrêté avec Browne en se rendant maitre du cours de la Wartha; une avant-garde,
(1) Fermor à Daun, 22 juillet 1758. Cité par Masslowski, vol. If, p. 119. (2) Voir Masslowski, vol. 11, Annexes.
sous les ordres de Jeropkine, avait pris possession de Driesen et infligé un échec décisif à la garnison prussienne qui cherchait à se sauver ; #00 hommes du régiment de Hordt, presque tous prisonniers suédois ou autrichiens enrôlés de force, saisirent l’occasion pour déserter. Le 8 août, le général moscovite, qui avait enfin franchi la frontière du Brandebourg, transporta son quartier général à Landsberg où il fut rejoint par le corps de Browne. Après un nouveau séjour qui laissa les Prussiens incertains sur ses intentions, il se remit en marche et vint camper avec deux divisions d'infanterie, le 15 août, aux environs de la forteresse de Custrin; la troisième division (16 bataillons et 15 escadrons), forte de 12.000 hommes, sous le général Rumjanzew, fut détachée avec mission d'occuper Stargard, de couvrir le siège de Colberg dont serait chargé un détachement venu de la Vistule, et de préparer la réunion avec les Suédois.
Ces derniers, au nombre de 16.000 hommes commandés par Hamilton, avaient profité de i’absence des Prussiens pour s'avancer jusqu'aux confins du Mecklembourg; le 23 août (1), ils étaient à Wodack, quand arriva, avec une escorte de douze cosaques, un de leurs officiers délégué à l'état-major russe; parti cinq jours auparavant du camp devant Custrin, il apportait une lettre de Fermor. Le général russe, qui donnait signe de vie pour la prèmière fois depuis son entrée en campagne, manifestait le désir de prendre le contact par la voie de Schwedt et engageait le général Hamilton à venir à sa rencontre jusqu'à l’Oder. Aïnsi que nous le dirons plus loin, il ne fut pas donné suite à cette invite.
L'apparition inattendue du roi de Prusse sur la scène obligea Fermor à modifier ses projets. Comme nous l'avons vu, Frédéric avait annoncé à Dohna, à la fin de juillet,
(1) Montalembert à Belleisle. Wodach, 26 août 1758. Archives de la Gucrre,