‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 4)Chapitre 135 sur 361 · PERTES TERRIBLES DES COMBATTANTS · texte numérisé non relu

PERTES TERRIBLES DES COMBATTANTS

et j'ai vu le moment où tout allait au diable. Tout y serait allé sans mon brave Seydlitz et sans le courage de mon aile droite et surtout de celui (le régiment) de mon cher frère et de Forcade: je vous le dis, ils ont sauvé l'État et moi. » Suit une critique acerbe de la couduite des régiments de la Prusse : « Ces b..... ont eu une terreur panique äont on n’a pu les faire revenir. Qu'il est cruel de dépendre de ce ramas de drôles! » Puis, de capitaine devenu philosophe, le Roi déclame l’ode de Rousseau à la Fortune :

Juges insensés que nous sommes, Nous admirons de tels exploits.

Est-ce donc le malheur des hommes Qui fait la vertu des grands rois?

Leur gloire, féconde en ruines, Sans le meurtre et sans les rapines Ne saurait-elle subsister ?.…

Soyons convalcus que les sentiments humanitaires qu’évoquait le prince avec tant d’à-propos, ne contrarièrent

en rien les mesures énergiques qu’il prit pour réorganiser ses troupes.

Quant à l'armée russe, Mesnager, écrivant dix jours après la bataille (1), en fait un triste tableau : « Il y a bien encore assez d'artillerie de campagne mais presque plus d'ofñciers ni de munitions. La cavalerie qui a fait des merveilles, toujours en atteignant à la débandade, est réduite à moitié. Il est parti 9.000 blessés pour Marienwerder ; les 3/4 périront certainement puisqu'il n’y a pas de chirurgien. Enfin, Monseigneur, dans l’état où nous sommes il est fort à souhaiter que la campagne finisse bientôt, »

À Landsberg, Fermor fut rejoint par Rumjarzew ; ce général, quoique averti par les fuyards, parmi lesquels se trouvaient Saint-André et Galitzin, commandant de la première division, de la situation critique de l'armée, était

(1) Mesnager à Belieisle. Landsberg, 6 septembre 1758. Archives de la Guerre.

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demeuré immobile à Schwedt et ne commenca sa marche pour rallier le gros que sur les ordres réitérés de son chef. Son arrivée ranima le moral des Russes et porta leur eftectif à environ 32 ou 34.000 combattants (1). S'il faut s'en rapporter au dire de Mesnager, sujet il est vrai à caution, Fermor aurait été sur le point de continuer la retraite jusqu’à la Vistule et n'aurait renoncé à ce parti que sur les prières de Rumjanzew et de Demicoude, et par crainte du blâme de sa cour.

La première quinzaine de septembre se passa dans l'inaction et l'incertitude. Sans nouve'! : des Autrichiens et des Suédois, en plus mauvais termes que jamais avec ses lieutenants, auprès desquels son autorité avait été compromise à la suite des événements de Zorndorf, Fermor ne voulut rien engager (2) sans ordres positifs de Pétersbourg. Le 16 septembre, il reçut une décision de la conférence en date du 4 de ce mois, en vertu de laquelle pleins pouvoirs lui étaient donnés; il convoqua aussitôt un conseil de guerre où il fut résolu de reprendre l’offensive. Conformément à cet avis, l'armée s'ébranla de Landsberg le 20 septembre et s'avanca lentement jusqu'à Stargard où le quartier général fut installé le 30.

Depuis la dernière semaine d'août, les nouvelles de Saxe et de Lusace devenaient chaque jour plus alarmantes, aussi Frédéric n avait-il pas attendu le départ des Russes de Cammin pour détacher le prince Francois de Brunswick, avec 6 bataillons et les hussards de Zieten, au secours de sa capitale menacée par Laudon. L 2 2 septembre, il quitta le camp de Tamsel (3) aver le reste des troupes qu'il avait amenées de Silésie, confiant à Dohna le soin de surveiller

(1) Mesnager à Belleisle. Landsberg, 12 et 16 septembre 1758. Archives de la Guerre.

(2) Masslowski, vol. IT, page 207.

(3) Frédéric à Henri. Blumberg, 2 septembre 1758. Correspondance Polilique, vol. XVII, p. 206.

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