SIÈGE DE COLBERG
l'ennemi. Fermor ne sut pas profiter d'une circonstance qui modifiait la situation en sa faveur : Quoique pendant son incursion en Poméranie il n’eût devant lui que des forces très inférieures, il laissa la fin de la campagne s’'écouler sans autre incident que des escarmouches entre ses avant-postes et ceux de Dohna. Les Russes, après une station de 15 jours à Stargard, se replièrent successivement sur Dramburg, puis sur Tempelburg où ils furent rejoints par le général Palmenbach. Cet officier avait été chargé, avec 3.000 fantassins (1), quelques centaines de cavaliers et 14 pièces de canon, de faire le siège de Colberg, port situé sur la mer Baltique. Le contingent affecté à cette entreprise aurait été tout à fait insuffisant si la place, assez forte er elle-même, bien murie d'artillerie et de munitions, avait eu une garnison adéquate. Il n’en était rien; le commandant prussien, le colonel Schmaling, ne pouvait disposer que de 700 hommes de milice, 3 officiers du génie et d'artillerie et quelques volontaires pris dans la population civile. Palmenbach ouvrit ses travaux le & octobre ei les continua, d’une facon plus ou moins intermittente, jusqu’au 29; ce jour, il apprit l'approche du général Wobersnow qui venait de surprendre un poste russe à Greiffenberg. Sur lc rapport des fuyards 2ttribuant au détachement prussien un effectif très exagéré, Palmenbach évacua ses tranchées, et après un essai infructueux d'escalade, leva le siège qui lui avai: coûté # à 500 hommes, et rallia le gros de l’armée. Le 8 novembre commença la retraite définitive, le 22 le territoire prussien était complètement libéré et la dislocation des troupes décidée.
En résumé, les opérations des Russes au cours de l'été e. de l’automne de 1758, n'eurent d'autre effet que de mettre en relief la valeur de leurs troupes, ct de grandir
(1) Les assiégeants reçurent un renfort de deux bataillons pendant le siège. Tielke, Récit des campagnes de 1756 à 1763.
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le prestige de l'empire du Nord. Au point de vue de la lutte engagée contre le roi de Prusse, l'entreprise fut à peu près stérile. Sans doute ils avaient envahi les États de l’ennemi, ravagé une partie du Brandebourg, forcé le grand capitaine à compter avec eux; mais quand ils rentrèrent dans leurs quartiers d'hiver, de ces succès éphémères il ne restait plus rien. Affaiblie par la boucherie de Zorndorf, atteinte dans son moral par le recul qui avait suivi la bataille, l'armée moscovite n'avait pu se relever du coup qui l'avait frappée, et il avait suffi de lui opposer les régiments démoralisés de Dohna pour la tenir en échec. Il serait injuste d’imputer en entier cette défaillance à la faiblesse du commandement et de ne pas tenir compte des défauts, des vices d'organisation des services, du peu de mobilité des troupes; mais l'instrument, si imparfait qu’il fût, possédait des qualités dont un chef mieux doué eût su tirer parti. Ni pendant les jours qui précédèrent l'action, ni au cours de la bataille, Fermor ne fit preuve de capacité stratégique ou de coup d'œil tactique; on le dirait hypnotisé par la présence de Frédéric, qu'il laisse manœuvrer autour de lui sans lui opposer d'autres moyens que ceux de la résistance passive. S'il se ressaisit un instant, lors du beau mouvement de la nuit du 26 août, il retombe dans l’inaction à Landsberg, et gaspille les mois d'automne sans profiter de sa supériorité numérique. D'ailleurs, la responsabilité de ce résultat négatif il la partagea, comme nous le verrons, avec le maréchal Daun, qui lui aussi négligea les chances que lui offrait l'absence de Frédéric aux prises avec les Russes.
Du côté des Suédois, la campagne de 1758 fut à peu près aussi nulle en effets utiles que celle de l'année précédente. Libéré dès le mois de juin par le départ de Dohna, le général Hamilton ie parvint que vers la fin de juillet à Treptow où il attendit quatre semaines les instructions de Stockholm. Il était encore très indécis sur la direction à choisir, quand