CAMPAGNE DES SUÉDOIS
il reçut à Wodach l'avis de Fermor, daté du 18 août, l'invitant à se rapprocher de l'Oder. Cette proposition rencontra de l'opposition; l’attaché français Montalembert n’était pas partisan d’une action commune avec les Russes, et poussait l'état-major suédois à faire une pointe sur Berlin et à chercher le contact avec les Autrichiens de Daun. Influencé par cette opinion, dominé par les avis des conseils de guerre qu'il réunissait à tout propos, Hamilton adopta un parti intermédiaire et chemina sur Strasburg, où sa petite armée s'établit le # septembre (1). En route, on avait appris la bataille de Zorndorf, et l’union avec les Russes paraissant désormais impraticable, on songea à reprendre la marche sur Berlin. Le 10, on arriva à Prenslow. Écrivant de cette ville, Montalembert exprime (2) à Choiseul l'espoir d'entrainer les Suédois jusqu'à l’Elbe : « Le général Hamilton fera tout ce qui dépendra de lui pour pénétrer jusqu'à Wittemberg et donner la main au maréchal Daun, lorsqu'il sera à Torgau. » Mais n’y avait-il pas à craindre un
retour du roi de Prusse? et dans ce cas, le général autri-
chien ne pourrait-il détacher 25 à 30.000 hommes audevant des Suédois à Zehdenik, Fehrbellin ou Oranienberg? « Lorsque nous serons plus avancés et l’armée autrichienne aussi, je tâcherai de faire passer une lettre à M. de Montazet pour proposer à M. le maréchal Daun ce moyen de jonction. » Ces beaux projets ne furent pas réalisés; à la suite d'un nouveau conseil de guerre, Hamilton reporta le gros de ses troupes à Neu-Ruppin et ne laissa que des avant-postes à Fehrbellin et Zehdenik.
Pendant la fin d'août et la première moitié de septembre, les Suédois n'avaient eu devant eux que des troupes légères ou de la milice. Mais le 14 septembre, Frédéric, inquiet de
(1) Montalembert à Crémille. Strasburg, 4 septembre 1758. Archives de la Guerre. Allemagne. 3482.
(2) Montalembert à Choiseul. Prenslow, 10 septembre 1758. Archives de la Guerre. Allemagne. 3482.
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leurs progrès, et leur attribuant une hardiesse dont leur chef était incapable, expédia de Saxe (1), au secours de sa capitale, le général Wedell vec 8 bataillons et 5 escadrons; il fit mème répandre le bruit de sa venue en personne. Wedell entra le 20 à Berlin, s’y renforça d’un régiment de dragons appartenant au corps de Dohna et se porta à la rencontre des Suédois qui, à son approche, évacuèrent Zehdenick. 11 y eut un combat sanglant près du village de Tarnow entre l'avant-garde de Wedell, composée de hussards et de dragons, et un petit détachement suédois. La cavalerie de ce dernier, forte seulement de 100 hommes, courut sus aux Prussiens ; elle fut complètement déiruite; par contre, les fantassins formèrent le carré et repoussèrent (2) toutes les charges des hussards et des dragons qui perdivent plus de 20 hommes. Le bourg de Fehrbellin fut également attaqué mais put être défendu jusqu'à l’arrivée de Hamilton avec des renforts. Dans ces deux affaires, la conduite des troupes démontra qu'au point de vue de la bravoure, l’armée suédoise était digne de se mesurer avec son redoutable adversaire. Malheureusement pour elle, il n’en était pas de même du commandement ni de l’organisation qui laissaient fort à désirer. De l’étatmajor, Montalembert (3) fait une triste peinture : « Presque tous n’ont aucune teinture du métier. Il y a ici trois généraux majors qu'on ne peut absolument employer à rien... mais ce qu'il y a de pis c’est que le moindre officier se croit égal aux généraux et que les généraux ne sont point éloignés de le croire aussi. Toujours occupés de la diète prochaine, ils ménagent tout le monde. il y & ici quelques officiers généraux fort bons, plusieurs colo-
(1) Frédéric à Finckenstein. Schünfeldt, 15 septembre 1758. Correspondance Polilique, vol. XVI, page 233.
(2) Histoire de la Guerre de Sept Ans, par l'état-major prussien.
(3) Montalembert à Havrincour. Neu-Ruppin, 2 octobre 1758. Archives de Ja Guerre, 3484.