LES DEUX ARMÉES EN FACE L'UNE DE L'AUTRE
bourg et à se replier sur les lignes de Daun, s'établirent à une lieue de ce dernier, sur les hauteurs de Vinschendorf, d'où un pont, à Pillnitz, leur permettait de communiquer avec le prince Henri sur la rive gauche de l'Elbe. « Les voilà donc, écrit Montazet (1), à cheval sur cette rivière avec #5 à 50.000 hommes, tout comme nous y sommes avec nos 100.000. » Il décrit la retraite un peu précipitée de Laudon et ajoute : « Voilà à quoi on passe sa vie; comme celle que je mène ici ne m'offre ni fleurs ni fruits pour la cause commune, j'avoue que j'aimerais auiant en mener une autre. » Entre les deux adversaires, il y eut quelques escarmouches plutôt à l'avantage de Frédéric : «IL y a deux jours, mande Montazet (2), que l'ennemi manœuvre sous nos yeux omme bon lui semble, qu'il déposte nos corps détachés, culbute nos avantpostes, et nous reslons malgré cela sur [a défensive comme si nous avions 30.000 hommes de moins que lui. » Montazet aurait été encore plus furieux, s’il avait su que le Roi, en dépit de son infériorité numérique, s'était cru assez fort pour envoyer le général Wedell avec 5 ou 6.000 hommes contre les Suédois dont les progrès commençaient à l’inquiéter. Mème inactivité dans le corps du duc de Deux-Ponts où l’on manquait de fourrage, et même découragement de l’attaché Boisgelin (3) : « mais c’est une armée d'Empire vicieuse dans toutes ses parties, excepté dans celles que je ne connais pas ».
Ce n’était pas seulement chez les officiers français détachés aux armées autrichiennes que se manifestait le mécontentement causé par l'effondrement des projets offensifs du maréchal Daun. La cour de Vienne s’en émut à son
(1) Montazet à Belleisle. Stolpen, 19 septembre 1758. Archives de la Guerre,
(2) Montazet à Belleisle. Stolpen, 28 septembre 1758. Archives de la Guerre,
(3) Boisgelin au Ministre. Struppen, 17 septembre 1758. Archives de la Guerre, 3483.
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tour : Elle ne comprenait pas (1) l'impuissance des 72.000 hommes de Daun et des 40.000 de Deux-Ponts devant un enremi dont leffsctif ne dépassait pas 60.000 cômbattants. Si l’on devait se résigner à la défensive en Saxe, elle conseillerait de détacher 20 à 25.000 hommes, sous les ordres de Hadick, avec mission de se joindre aux Russes et de tenter quelque chose du côté de l’Oder. Dans le cas où Daun verrait des objections sérienses à se priver d’un corps aussi considérable, il se bornerait à renforcer l’armée de Silésie de 7 à 8.000 fantassins et 5.000 cavaliers. La cour s'en rapportait à lui sur le mode d'effectuer l’un ou l’autre de ces mouvements et sur le but de l’entreprise qui pourrait être Berlin ou Francfort-sur-l’Oder, et de préférence cette dernière ville; il aurait, en outre, soin d'envoyer à Fermor un officier chargé de s'entendre avec Ini sur les suites de la campagne. Enfin, on informait Daun de l’organisation d'un nouveau corps d'armée dont la direction était confiée aux généraux Harsch et de Ville et qui était destiné à opérer en basse Silésie.
Entre temps, le généralissime autrichien, sous le coup du blâme à peine dissimulé des dépèches de Vienne, avait consulté Montazet (2) sur la possibilité d’une attaque des positions prussiennes. Le Français s’aboucha avec les généraux Lasey et Tilliers et combina avec eux un projet offensif. Daun le trouva trop risqué et lui opposa son idée d'intercepter les communications du Roi avec la Silésie en retournant à Gürlitz. Les deux propositions, celle de Montazet et celle du général en chef, furent portées à Vienne (3) par Tilliers, et examinées en conseil de cabinet; celui-ci se prononça pour la marche sur Gürlitz et avis
(1) Cabinet à Daun. Vienne, 28 septembre 1758. Archives de Vienne. Le chiffre de 72.000 comprend évidemment le corps de Durlach en Lusace.
(2) Montazet à Belleisle. Stolpen, 28 septembre 1758. 1° octobre 1758. Archives de la Guerre, Allemagne, vol. 8484.
(3) Choiseul à Belleisle, 6 octobre 1758. Archives de la Guerre. Allemagne, vol. 3484.