DANGERS DE LA POSITION PRUSSIENNE
beaucoup trop rapprochée du massif de Czorneboh
qu'occupait l'adversaire, était exposée, par la nature
mème du terrain, à une surprise, et pourrait être enfi-
lée par le feu des batteries de Daun. En cas de malheur,
les difficultés du passage des ravins qui séparaient les fractions de l’armée, retarderaient l'arrivée des secours;
enfin le corps de Retzow était bien loin pour prendre part à une action qui s’engagerait à Hochkirch. Ces dangers frappèrent l'esprit des vétérans qui accompagnaient Frédéric. Le prince Maurice fit des objections (1) auxquelles le Roi demeura sourd; et quand le général de Marwitz, quartier-maitre de l’armée, lui siznala à son tour les défectuosités de l'emplacement, il répliqua en le mettant aux arrêts. Keith, qui venait de rejoindre avec un convoi de vivres, ne fut pas plus heureux que ses camarades. A la remarque que les Autrichiens mériteraient d’être pendus s'ils ne profitaient pas de leurs avantages pour attaquer, Frédéric répondit que sûrement l'ennemi aurait plus peur des Prussiens que de la potence. On raconte même que les boulets autrichiens vinrent troubler les travaux de castramétation et démontrer les périls du voisinage. Rien n'y fit. Frédéric, convaincu que Daun ne songeait qu'à sa retraite vers la Bohême (2) et qu’il ne risquerait pas à la fin de la saison une affaire toujours déclinée jusqu'alors, ne crut pas à une bataille et encore moins à une surprise.
C'était mal connaitre son adversaire, dont la ruse égalait la prudence. Le premier soin de Daun fut d’appuyer solidement sa droite à la butte de Stromberg dont Retzow, malgré les ordres du Roi, avait omis de s’emparer alors qu’elle n'était défendue que par de faibles détachements. Le maréchal y installa (3) du gros canon -vec # bataillons de grenadiers soutenus par 12 autres de
(1) Retzow, Nouveaux Mémoires historiques, vol. I, p. 434. (2) Correspondance Politique, 8 au 11 octobre 1758, vol, XVII. (3) Marainville, Relation de la bataille de Hochkirch.
a no ste D MT
| | dl
\ fl
Gene
la réserve et par la cavalerie de l'aile droite. « Il établit sur le flanc de la montagne qui faisait face au village (de Hochkirch) des batteries destinées à balayer la plaine et prendre en flanc les lignes prussiennes. Il fit faire deg abatis dans les bois qui couvrent ces montagnes; on les garnit de Croates pour entretenir une communication avec M. de Laudon qui était à Meschwitz, sur les derrières de Hochkirch, du côté de Bautzen. Le centre de son armée, protégé par deux grosses buttes qui commandent tous les environs, avait l'avantage du terrain. Il fit fortifier avec beaucoup de soin le village de Glossen, poste très important », pour le cas où le Roï aurait voulu attaquer le prince de Durlack à Reichenbach, et s'emparer de Gürlitz.
Tel était, en effet, le dessein du roi de Prusse qui alla le 12 octobre à Weissenberg pour examiner les lieux. IL prépara même (1) un projet contre la droite autrichienne, dans le but de séparer le corps du prince de Durlach du gros de l’armée, et de se rendre maitre de la chaussée de Gürlitz. L'exécution de ce plan, qui exigeait l’abandon de la ligne de ravitaillement de Dresde à Bautzen, demandait du temps; fixée d’abord au 13, elle fut ajournée jusqu'après le 14 octobre. En attendant, quelques précautions furent prises du côté de Hochkirch; une batterie de 20 canons protégea les abords du village, et en avant de Lanske, un ouvrage semblable, armé de 30 canons, fut construit pour couvrir le centre et la gauche.
(1) Le réci, de la bataille est tiré des sources suivantes : Geschichte des Siebenjäh igen Kriegrs bearbeitet von den Offisieren des grossen Generalstabs, 1, p. 298 et 299. — Catt, Mes entretiens avec Frédéric le Grand, publiés par Koser, p. 185. — Correspondance Politique, XVI. Lettres des 11 et 13 octobre au prince Henri et au nrince de Hesse, — Relation de Marainville. — Lettres de Montazet. Archives de la Guerre. — Prince de Ligne, Mélanges militaires. — Hohenemser, Aritik der Quellen zu Schlacht bei Hochkirch. Frankfurt, 1899. — Streffleurs, Oesterreichische milit. Zeitschrilf, Janv. 1897, etc., etc, —- Voir la carte à la fin du volume.