PRÉPARATIFS DE DAUN POUR SURPRENDRE LE ROI
Alors que Frédéric pensait beaucoup plus à la route de la Silésie qu’au danger d’une offensive des Autrichiens, Daun, contrairement à ses habitudes et aux prévisions de son adversaire, s'était résolu à renouveler, contre le Roi en personne, la surprise aui avait si bien réussi contre Winterfeldt au cours de l'automne de 1757. La citation que nous empruntons au rapport de Marainville fournit une excellente idée de l’astuce et de la suite que le maréchal mit dans ses préparatifs et du secret qu’il sut garder sur ses intentions : « M. le maréchal Daun était tous les jours à cheval dès la pointe du jour, soit pour reconnaitre la situation des ennemis, soit pour examiner soigneusement la sienne et y ajouter tout ce qu'il croirait convenable. Il sentit au premier coup d'œil que la droite du roi de Prusse donnait prise sur elle, ce qui lui fit former le projet de l’attaquer. Il s'occupa alors des dispositions qu'il fallait faire pour arranger cette opération et tromper la vigilance d’un ennemi habile et toujours sur ses gardes. En conséquence, il faisait tous les jours changer la place à quelques corps, afin que le roi de Prusse s'accoutumât à leurs mouvements et ne prit point ombrage de ceux que feraient les troupes qui marcheraient pour tourner sa droite. Il fit ordonner pendant plusieurs jours que tous les équipages se tinssent prêts à marcher ainsi que les troupes elles-mêmes. 11 feignit de vouloir attaquer le corps qui était à Weissenberg'; il en fit les dispositions, en distribua les ordres deux jours de suite et les révoqua chaque fois dans la nuit. Enfin la veille de l'attaque générale qu'il avait projetée il fit tracer des redoutes en avant du front de son armée à la vue des ennemis et si près de leur camp qu'ils tirèrent du canon sur les travailleurs. Ces feintes les confirmèrent toujours plus dans l’idée que M. le maréchal de Daun ne pensait qu'à prendre des süretés contre leurs entreprises sur lui, et nullement à les attaquer. Elles ont produit leur effei ainsi qu'on le verra. » La pensée
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maitresse du plan de Daun était de profiter de la proximité des deux armées et de la facilité d'approche due à la nature des lieux pour surprendre et écraser la faible droite prussienne avec des forces supérieures; le succès obtenu sur ce point, la droite autrichienne chercherait à percer le centre royal, que la nécessité de venir en aide aux défenseurs de Hochkirch aurait dégarni, et s’interposerait entre l’armée de Frédéric et le corps de Retzow.
Laissons encore la parole à Marainville pour la description des moyens d'exécution : « M. le maréchal de Daun fit marcher le 13 dans l’après-dinée la plus grande partie de la seconde ligne et de sa réserve, tant infanterie que cavalerie, pour la porter en deux colonnes, par la vallée de Cunewalda (1), sur le sommet des montagnes dont on a déjà parlé qui, beaucoup plus élevées que celles de Hochkirch et couvertes de bois de sapins, étaient propres à cacher toutes les manœuvres qu'on devait faire. On y avait préparé, sans donner de soupçon, des passages pour l’artillerie. M. de Laudon qui était encore plus loin, vers Meschwitz, avec un corps de 5 à 6.000 hommes, fut renforcé pour former une troisième colonne et attaquer par les derrières le flanc des Prussiens. Ce qu’on avait destiné de la première ligne à former une quatrième colonne qui devait attaquer en tête le village de Hochkirch, était resté dans le camp et ne prit les armes qu’à la nuit pour se porter vers le village de Plotzen et agir de concert avec les trois autres. M. le duc d’Arenberg avait ordre d'attaquer avec deux colonnes la gauche des ennemis. M. le prince de Durlach, qui était à Reichenbach avec ie corps qu'il commandait, avait marché pendant la nuit pour le soutenir et avait détaché M. le prince Lôvenstein avec 5 ou 6.090 hommes pour aller attaquer le corps qui était à Weissenberg. On avait distribué de petites troupes d’in-
(1) Cette vallée est au sud de la chaîne du Czorneboh.