RÉSUMÉ DE LA CAMPAGNE
gniazo (1), nous étions les vainqueurs de nom, mais en fait les vaincus. » Appréciation parfaitement exacte. Les troupes de l’Impératrice, malgré l’échec du roi de Prusse en Moravie, la diversion des Russes et la victoire stérile de Hochkirch, n'avaient pas gardé un pouce des territoires ennemis et étaient rentrées dans les leurs; une dépense énorme en hommes et en argent n'avait abouti qu’au maintien du statu quo; tout au plus les généraux de Marie- Thérèse pouvaient-ils, avec satisfaction, comparer leurs armées recrutées, réorganisées, pleines de la confiance que donne le succès, avec les bandes démoralisées que le prince Charles de Lorraine avait ramenées, à la fin de 1757, du champ de bataille de Leuthen. Les Russes s'étaient avancés jusqu'au centre des possessions de Frédéric; ils avaient ruiné une partie de ses États, mais de leur incursion jusqu à l’Oder, ils n’avaient tiré d'autre profit que les pertes infligées aux bataillons prussiens et un accroissement de leur prestige militaire. En revanche, ils avaient payé cet avantage de lourds sacrifices en soldats e{ en matériel. Rien à dire de l'inutile promenade des Suédois. Quant aux Francais, chassés du nord de l'Allemagne, battus à Crefeld, ils n'avaient pu, en dépit des petites victoires remport‘es, hiverner en Hesse et avaient dû regagner les quartiers qu'ils occupaient au mois de mai après la désastreuse retraite du Hanovre.
Du côté des Prussiens et de leurs alliés, le prince Ferdinand avait eu tous les honneurs de la campagne; non seulement il avait recouvré le Hanovre, le Brunswick et la Hesse qui, au mois de février, étaient encore aux mains des Francais, mais maitre incontesté des évêchés d'Osnabruck, Munster et Paderborn, il y établissait ses cantonnements pour la mauvaise saison et y vivait aux dépens de l'adversaire. Frédéric avait conservé ses positions et forcé les
(1) Geständnisse eines üstreichischen Velerans, vol. I, p. 54.
7 oo pe gr
EE RE eg on Pam rt AT
bips nu
La pee DR 2 EC SRE EE “ : ne
Autrichiens, les Russes, les Suédois, les Impériaux à évacuer ses états. Ce succès, il le devait encore plus aux fautes des généraux qui lui avaient été opposés qu’à ses propres prouesses. Certes, le capitaine avait déployé ses qualités babituelles d'initiative, de décision, de promptitude, mais écrasé par le nombre supérieur des coalisés, il eût dû succomber ou, tout au moins, perdre une partie du territoire acquis pendant les années précédentes. A deux reprises différentes, lors de la course du Roi contre les Russes et de sa marche au secours de la Silésie, Daun avait eu pendant plusieurs jours les mains libres pour la conquête de la Saxe; deux fois il eut l'intuition de l’occasion offerte et le dessein d’en profiter; deux fois ses tergiversations, sa prudence voisine de la timidité, sa lenteur, laissèrent échapper le moment propice et donnèrent à Frédéric le temps de revenir à l’aide de ses lieutenants compromis.
Du découragement qui envahit les esprits à la suite des résultats négatifs de la campagne, nous trouvons l'écho dans la correspondance de Montazet. À peine guéri de ses blessures, cet officier fut appelé à Vienne pour remplacer
temporairement le duc de Choiseul ; il y eut avec Kaunitz
et l'Impératrice plusieurs conversations où ils’exprima avec beaucoup de franchise (1). « Si nous restons comme nous sommes, avait-il dit, et si le système de guerre ne change du blanc au noir », il n°y a pas de raison pour que les hostilités ne durent pas 10 ans; le seul moyen serait de marcher droit au roi de Prusse. Mais quoique son avis soit partagé par Kaunitz, l’Impératrice, l'Empereur et les principales autorités, il ne croit pas à la réussite où même à l'essai d’un projet aussi énergique, et finit par formuler, en faveur de la paix, des vœux qui lui valurent, comme on le verra dans un autre chapitre, une verte réprimande de
(1) Montazet à Belleisle. Vienne, 29 novembre 1788. Archives de la Guerre. Allemagne. 3487,