LANGAGE DE MARIE-THÉRÈSE SUR SES GÉNÉRAUX
Choiseul. Le récit. de Montazet, s’il faut y ajouter foi, et nous n’apercevons aucun motif pour ne pas en retenir le fond, prouve la confiance que lui marqua l'Impératrice et la perspicacité de la souveraine. Notre Francais, interrogé par Marie-Thérèse sur le compte du maréchal Daun à qui « tout le monde aujourd’hui jette la pierre », se répand en éloges : « Je lui répéterai donc que M. le maréchal Daun sert Votre Majesté avec un zèle inexprimable, qu'il est véritablement honnête homme et que sa valeur égale sa bonne volonté. Il est rempli d'ordre, de vigilance et connait fort bien les détails et les besoins d’une armée. Il faut même lui rendre justice, il n'a pas peu contribué à former celle qu’il commande aujourd'hui. Voilà bien des vertus, madame, Quant aux talents, vous savez aussi bien que moi ceux qui lui manquent, mais malheureusement, Vatre Majesté n’a pas à choisir. 1l est juste de dire pour sa justification qu'il compte si peu sur ses généraux... L'Impératrice convint donc avec moi qu'elle n'avait ni général d'armée, ni pour ainsi dire de généraux, excepté quelques jeunes officiers ut se forment et qui ont besoin d'acquérir de l'expérience avant que de les faire commander. Et comme la princesse lui pose la question : « Mais comment finirons-nous donc ceci, Monsieur de Montazet? — Hélas! Madame, lui répondis-je, plüt à Dieu que j eusse le moyen de vous rassurer! Cependant il ne faut pas que Votre Majesté perde l'espérance. Peut-être vois-je les choses trop en noir. — Non, me dit-elle, j'ai bien peur que vous ne voyiez trop bien, mais encore une fois, dites-moi pour ma consolation quelle est donc l'espérance qui vous reste et quel est le plan de campagne que vous feriez si vous étiez le maitre absolu. »
Laissons l’Impératrice se consoler des imperfections de son personnel en compilant, pour l'avenir, des projets d’opérations que les événements se chargeront de démolir, et reconnaissons que si le maréchal Daun, malgré ses indis-
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cutables qualités, était fort inférieur à sa tâche, l'appréciation de Marie-Thérèse aurait pu s'appliquer à ses collègues français et russes, avec d'autant plus de force qu'ils n'eussent pu invoquer, comme circonstances atténuantes, les succès, stériles peut-être mais non moins réels, remportés par les Autrichiens sur le premier capitaine de l'époque.