‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 4)Chapitre 175 sur 361 · DÉFAITE ET RETRAITE DE LA GARNISON · texte numérisé non relu

DÉFAITE ET RETRAITE DE LA GARNISON

ce matin, écrit Drucour (1), le temps assez beau, l'amiral a fait le signal pour la descente ; le plus fort s’est porté à la Cormorandière, peu à la Pointe Plate, et point du tout à la Pointe Blanche. La totalité de l'attaque du premier poste a été repoussée ; mais à une portée de fusil de l'Anse au Sable, en un endroit escarpé et rempli de roches, quelques berges ont pris pied et il en est successivement descendu plusieurs; l’on ne s’en est pas aperçu dans l’instant. » Aussitôt averti de ce qui était arrivé, Saint-Julien lança contre les Anglais les grenadiers de ses deux bataillons; mais ils essuyèrent un feu terrible qui jeta par terre presque tous Les officiers, et durent se replier. « Les postes de la Cormorandière et ceux de la Pointe Plate (2) étant ainsi séparés par une colonne fort épaisse des ennemis, il fallut songer à la retraite et la faire avec précipitation jusqu'au faubourg de Barachois où les troupes furent arrêtées pour faire brûler les baraques qui pourraient nuire pendant le siège. »

Au dire de l'historien anglais Mante, l'opération n'aurait réussi que grâce à une surprise heureuse. Le général Wolfe, convaincu que ses chaloupes ne pouvaient aborder à cause de la lame et des brisants, aurait donné, avec son chapeau, le signal de la retraite; le geste aurait été interprété en sens contraire par quelques officiers qui, avec leurs hommes, prirent terre derrière un promontoire de rochers où ils se mirent à l'abri du feu. Wolfe, profitant de l'erreur, aurait suivi avec les autres bateaux; entre temps, le premier détachement se serait glissé, sans être vu par les Francais, et aurait ouvert à l’improviste sur le flanc des défenseurs un feu des plus vifs qui les détermina à évacuer les retranchements. Le reste de la division, animé par l'exemple du géné-

(1) Relation de Drucour, 8 juin 1758. Archives de la Guerre. (2) La Houillère au Ministre, 10 juin 1758. Archives de la Guerre.

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al, avait poussé vers la plage et les soldats, entraînés par leur ardeur, s'étaient jetés à la mer pour gagner le bord ; c'est ainsi que plusieurs furent noyés. De ces récits un peu confus, il semble résulter que seule la division de Wolfe, la plus faible des trois mais composée d'éléments d'élite, fut engagée; que l'intrépidité du général fut secondée par le débarquement d'une poignée d’hommes à l'insu des Français; que ces derniers, relativement peu nombreux et dispersés le long du rivage, se laissèrent impressionner par une attaque inattendue et donnèrent le temps aux Anglais de se renforcer et de se former avant de fondre sur eux.

« Nous voilà donc renfermés dans la ville, écrit la Houillère après l'échec du 8 juin, et lains le cas d'y être bientôt assiégés... Nous tiendrons, Monseigneur, aussi longtemps qu'il sera possible pour l'honneur des armes du Roi et pour le nôtre; mais il est triste d'être chargé d'une besogne aussi ingrate et de voir ce qu'il en doit coûter au Roi. IL est certain, et à la connaissance de trop d'officiers de vaisseaux, que la place est dans le plus mauvais état malgré les travaux et la dépense excessive qu'on a faits, parce que la nature des matériaux est très défectueuse et que l'intempérie des saisons détruit tout. »

De la part du personnel de l'escadre, il y eut, dès le début, manque absolu de confiance : Quelques heures après le débarquement des Anglais, des Gouttes soumit au gouverneur une demande motivée et appuyée par ses capitaines, tendant à obtenir l'autorisation de sortir de Louisbourg et de faire voile pour les ports français. Drucour saisit de cette requête un conseil de guerre qui, à la grande majorité de ses membres, la repoussa. Seuls l'intendant Prévost et le brigadier La Houillère se déclarèrent favorables, tous Les autres furent d’un avis négatif. À deux reprises durant les opérations, le conseil de guerre, sur de nouvelles instances de la marine, eut à

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