‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 4)Chapitre 179 sur 361 · SORTIE DE LA GARNISON · texte numérisé non relu

SORTIE DE LA GARNISON

souffert que de l'ébranlement causé par leur propre artillerie ; sur le front de terre, les Anglais étaient encore à 600 toises du chemin couvert et n'avaient pas entamé leurs parallèles, Par contre, la ville et les batteries des bastions avaient été très incommodées par le feu des canons et mortiers qu'Ambherst avait distribués au nord de la rade et à la Pointe à Rosse: des malades et des religieuses avaient été blessés dans les hôpitaux, un chirurgien avait été tué; le défaut d'abri sûr contre les bombes était un inconvénient qui ne ferait que grandir avec la continuation du siège. Malgré tout, le moral de la garnison était excellent; une sortie faite dans la nuit du 8 au 9 juillet, sous la direction du colonel Marin, avait bien réussi, Les volontaires pénétrèrent sans tirer dans les tranchées de l'ennemi, le surprirent, tombèrent sur lui à la baïonnette, lui tuèrent du monde, entre autres un capitaine, lord Dundonald, et firent des prisonniers parmi lesquels deux officiers. Du côté francais, deux capitaines de volontaires y perdirent la vie et un officier d'Artois fut blessé. |

Ces rencontres n'empêchaient pas les commandants opposés de se livrer à un assaut de politesses : De la part d'Ambherst, vint un parlementaire porteur de deux ananas pour Madame de Drucour, et chargé de lui exprimer ses regrets « des inquiétudes que la circonstance allait lui causer ». La femme du gouverneur répondit à cette courtoisie par un présent de 50 bouteilles de vin. Le troc fut sans doute trouvi avantageux, car peu de jours après, survint un second cadeau d'ananas. On se contenta cette fois de donner deux louis au messager avec un billet de remerciements, « mais point de vin au général qui, je crois, remarque judicieusement Drucour (1), ferait volontiers le change de ma cave pour des ananas ». Il v eut

(t) Rapport de Drucour, 24 juin 1758. Ile Royale. Archives des Colonies.

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aussi un commencement de négociation entre les deux camps pour la protection des hôpitaux : Les Anglais étaient prêts à accorder aux assiégés la latitude « de les placer (1), soit à l'ile de l'entrée, soit dans un vaisseau, en observant qu'ils seraient les maîtres d'y envoyer un officier... pour voir que les ouvrages restent dans l’état qu'ils se trouvent actuellement et qu'on y transporte les malades et blessés ». Drucour, on ne sait pourquoi, ne crut pas pouvoir consentir à cette condition qui, inacceptable pour l'ilot, n'aurait pas eu grand incon\énient pour un des vaisseaux.

Dans les rangs de la marine, le découragement était à son comble. Le brave Beaussier, qui avait toujours été très hostile à la rétention des vaisseaux pour la défense, écrivait, le 15 juillet 2), les lignes suivantes : « L'escadre retardera de queiques jours l'attaque de la place, mais ce retard n'est pas à comparer avec la perte de l'escadre qui tombera au pouvoir des ennemis. J'ai dit à ce sujet tout ce que je croyais de bien pour l'État, mais je n'ai pas été écouté. Nos équipages malades ou blessés sont sous des tentes, exposés aux canons et sans aucun secours. Les équipages pour le service de la place sont aussi sous des tentes, commandés par nos officiers, manquant de bois pour faire leur chaudière. » L'écrivain ne professe aucune illusion sur la destinée de Louisbourg : « La place est en mauvais état; elle ne saurait soutenir le siège. Si elle avait été attaquée par tout autre que les Anglais, il ÿ à longtemps qu'elle aurait été enlevée. IL était même inutile qu'on nous ait retenus ici pour causer la perte de l’escadre en lui faisant suivre le même sort de la ville ».

Le 19 juillet eut lieu un conseil des capitaines auquel assista l’auteur du journal que nous avons déjà cité, le

(1) Rapport de Drucour, 7 juillet 1758. Ile Royale. Archives des Colonies. (2) Lettre de Beaussier de l'Isle, 15 juillet 1758. Archives de la Marine.

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