‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 4)Chapitre 180 sur 361 · INCENDIE DE TROIS VAISSEAUX FRANCAIS · texte numérisé non relu

INCENDIE DE TROIS VAISSEAUX FRANCAIS

commissaire Querdisien. «1 fut arrêté (1) que, vu le mauvais état de la place et la nécessité où elle se trouverait bientôt d'une eapitulation, M. des Gouttes ferait à M. de Drucour une demande per £erit de lui indiquer le moment où il pourrait faire mettre le feu aux vaisseaux qu'il lui paraissait important de ne pas laisser tomber au pouvoir de l'ennemi. » Les artilleurs anglais se chargèrent de la réponse : « Le 21, il tomba une bombe sur la poupe du Célèbre qui y mit le feu; les progrès du feu furent si prompts qu'on ne put parvenir à l'éteindre. Les amarres que ce vaisseau avait de l'arrière ayant manqué en venant à l'appel des câbles de l'avant, il présenta la poupe à l'Entreprenant qui se trouvait sous le vent (E.-N.-E.). Celui-ci coupa ses grelins d'embossage de l'arrière, évita, et par ce mouvement présenta le beaupré à la poupe du Célèbre dont il reçut quelques étincelles qui y mirent le feu. Ce feu fut encore fort actif et l'embrasement se communiqua bientôt au Capricieux qui termina ce déplorable incendie pendant lequel l'ennemi fit sur les vaisseaux un feu prodigieux de canon et de bombe; il ne périt personne en cette occasion, »

Un désastre de cette importance, qui tranchait la question soulevée dans le conseil de l'avant-veille, donna lieu à des commentaires fort désobligeants pour la marine : « La joie (2) que les capitaines témoignent de la perte de leurs bâtiments est un sûr garant des peines qu'ils se sont données pour éteindre le feu. Cependant ils voudront nous persuader qu'ils ont fait l'impossible pour sauver leurs vaisseaux, mais que la chose n’était pas faisable. En conséquence ils ont fait mettre aux arrêts un capitaine du régiment de Bourgogne parce qu'il disait qu'avec une

(1) Journal de Querdisien. Archives de la Marine. (2) Extrait du Journal d'un officier de la garnison de Louisbourg. Archives de la Guerre.

compagnie de grenadiers il se faisait fort de sauver les vaisseaux du Roi. »

Ce ne fut que le 18 juillet, 38 jours après leur débarquement, que les Anglais amorcèrent leur véritable attaque. « Sur les 7 heures du soir, écrit La Houillère (1), à la faveur de plusieurs ravins dont la place est entourée, les ennemis marchaient en force pour s'emparer des hauteurs qui sont à 250 toises du chemin couvert, en avant du bastion Dauphin et du bastion du Roi... On fit toute la nuit un très grand feu pour incommoder les travailleurs, mais l'ouvrage étant à moitié fait et à couvert par la nature du terrain, les ennemis travaillérent sans beaucoup de risque et pouvaient avant le jour perfectionner leur logement en sûreté. » Pour cheminer plus sûrement, les ingénieurs anglais s'étaient abrités derrière une chaine de monticules dont le principal, celui de la Justice, avait été partiellement rasé, mais qu'on avait négligé de couronner d'ouvrages de campagne. Ces hauteurs, au lieu de servir à la défense, facilitèrent l'approche. : Le 17 au point du jour les quatre batteries de la hauteur des Martissans, dont il est parlé ci-dessus, commencèrent à tirer avec la plus grande vivacité sur la pièce de l’éperon qui est à droite et au bas du cavalier Dauphin, sur ledit cavalier et son bastion et sur le bastion du Roi, ainsi que sur les casernes qui devinrent inhabitables. Notre artillerie répondit à celle des ennemis avec beaucoup de vigueur; mais la terre n'étant à Louisbourg que de la tourbe sans consistance et n'avant pas plus de corps que de la cendre, nos batteries furent fort endommagées; on les répara pendant la nuit et on commença à travailler à quelques traverses sur la courtine, entre le bastion du Roï et celui de la Reine qui était écharpé dans toute sa longueur, »

(1) Rapport de La Houillère. Louisbourg, 5 août 1758. Archives de la Guerre,

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