CAPITULATION DE LOUISBOURG
soldats, le bombardement continuel duquel Les habitants avaient à souffrir, et surtout la crainte d’escalades du côté des quais, du port et de la pleine mer, qui, combinées avec l'attaque de la brèche, auraient donné aux assiégeants de grandes chances de succès. Que le daager fût réel, iln°y à pas de doute. Au moment même où Amherst reeut la visite du parlementaire français, l'amiral Boscawen était venu lui annoncer son intention de faire entrer, le lendemain, 6 vaisseaux dans la rade intérieure. Pour s'opposer à une entreprise de cette nature, on pouvait, il est vrai, se servir du canon des batteries de l'ilot, de la pointe de Rochefort et des bastions du front de la passe, mais une fois les navires anglais en dedans du goulet, la ville, presque sans défense du côté de la rade, eût été à leur merci. Drucour eut un moment la pensée de soutenir l'assaut quand il se vit refuser Les conditions accordées par Richelieu à la garnison de Port Mahon et il rompit même la négociation; mais il finit par céder aux instances de l'ordonnateur Prévost, qui s'était fait l'interprète des sentiments de la population civile, et se résigna à subir la loi du vainqueur.
Aux termes de la capitulation, datée du 26 juillet, la ville de Louisbourg (1), ainsi que les iles du Cap Breton et de Saint-Jean, devaient être remises aux Anglais avec les magasins leur appartenant: Les troupes devaient être envoyées en Angleterre comme prisonnières de guerre; les marchands et employés qui n'avaient pas participé aux hostilités seraient transportés en France par les soins de l'amiral britannique. Le 27 juillet, le général Whitmore prit possession de la place et la garnison déposa Les armes. Elle comptait (2), tant des % bataillons de l'armée de terre que des compagnies coloniales, 21% officiers et 2.37% soldats présents dans Île
(1) Annual Register, 1758, page 177.
(2) Chiffres officiels des rapports anglais.
‘ang; aux ambulances, il y avait #53 malades et blessés. Des équipages de l'escadre, il ne restait effectif que 135 officiers, 1.12% mariniers, soldats et matelots: 1.347 étaient aux hôpitaux. En fait de matériel, les Anglais s'emparèrent de 221 canons, 18 mortiers, de munitions et de vivres en grandes quantités. Les opérations du siège et du débarquement leur coûtèrent en officiers 12 tués et 23 blessés, en sous-officiers et soldats 160 tués et 329 blessés. Ces chiffres ne comprennent pas les pertes du personnel de la flotte qui, d’ailleurs, ne furent pas sensibles. Les Français eurent (1) 9 officiers tués et 27 blessés, 8% sou: -officiers et soldats tués et 210 blessés; la part relativement importante de la milice bourgeoise, 19 hommes tués et 29 blessés, indique une association sérieuse à la défense. Nous ne possédons aucune donnée sur le déchet des équipages de des Gouttes, qui ne put être inférieur à 156 ou 200 officiers et marins mis hors de combat.
Pendant le siège, Louisbourg ne recut aucun secours du dehors; on ne peut en effet qualifier de ce nom l'expédition de Boishébert. Cet officier, envoyé du Canada, arriva le 13 juillet à Miré, hameau de l'intérieur de l'ile, avec 50 réguliers, 130 miliciens, pour la plupart Acadiens, et 40 à 50 sauvages. Il + fut rejoint par Ville- Joun qui avait amené de File Saint-Jean un détachement de pareille force. Boishébert ne donna d'autre signe de vie qu'une petite affaire d'avant-postes et l’enlèvement de quelques convoyeurs. Un peu plus énergique, 1l eût pu inquéter les postes anglais qui gardaient le nord de la rade et protégeaient les batteries de Martissans. Inutile d'ajouter qu'il n'attendit pas la chute de la place pour se retirer sur la terre ferme.
Jugée au point de vue technique, la prise de Louis-
1) Rapport de Drucour, Archives des Colonies.