OBSERVATIONS SUR LE SIÈGE
bourg fut un événement normal. Des fortifications qui, à chaque mauvaise saison, ne restaient debout que grâce à des réparations répétées, ne pouvaient résister longtemps à la pluie de boulets et de bombes que l'assaillant dirigea sur eux de ses 65 canons (1) et ## mortiers; les remparts étaient en si mauvais état que la brèche fut faite par le feu de Martissans malgré l'éloignement, considérable pour l'époque, de plus de #00 toises. Les incendies fréquents dans une petite ville presque tout en bois, le bombardement de jour et de nuit, fatiguèrent le soldat qui n'obtenait qu'un repos insuffisant, et énervèvent le civil qui voyait tuer ses proches et détruire ses propriétés. Enfin, pour la défense, la suprématie dans la rade était indispensable; fort disputée dès le début, elle appartint sans conteste aux Anglais à partir de la nuit du 25 au 26 juillet. Dans de pareilles conditions, la capitulation pouvait être retardée, mais était en lin de compte inévitable, Les chefs français Drucour, La Houillère, Franquet, sans faire montre de grande capaeité où d'initiative, firent leur devoir; les officiers et soldats de la garnison se conduisirent bravement, mais le héros ou plutôt l'héroïne du siège fut M de Drucour qui donna l'exemple du sang-froid; elle se montra sur les batteries et poussa, dit-on, le courage jusqu'à pointer elle-même deux ou trois coups de canon chaque jour.
Dans la marine, au contraire, il y eut des défaillances et beaucoup de laisser-aller. Des Gouttes parait avoir été aussi incompétent que faible. Beaussier, dont nous avons raconté la belle conduite en 1756, fut au-dessous de sa réputation; à en juger par sa correspondance, il se résigna trop philosophiquement à une défaite qu'il croyait fatale. Le roturier Vauquelin, commandant de l'Arethuse, que nous retrouverons au Canada, et les
(1) Rapport de La Houillère. Archives de la Guerre.
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officiers détachés aux batteries de la ville, se comportèrent avec un dévouement qui leur valut, de la part de leurs camarades de l'armée de terre, des éloges d’autant plus précieux qu'ils faisaient exception dans un concert de critiques et de sarcasmes. La capture du Prudent et du Bienfaisant, par surprise et presque sans combat, prouve une absence complète de discipline et de surveillance (1) à bord. En résumé, au siège de Louisbourg, le rôle de la marine française ne fut rien moins que glorieux : pas le moindre esprit d'entreprise, pas un essai de profiter de l'éloignement (2) momentané de l'escadre de blocus; puis, après le refus du gouverneur d'autoriser le retour en France, coopération timide et boudeuse à la défense, abandon prématuré des vaisseaux au moins par leur état-major qui eût dû rester au poste du danger; enfin, dans le service, négligence et incurie poussées à l'incroyable (3).
Quant aux Anglais, ils célénrèrent leur succès avec d'autant plus d'enthousiasme qu'il mettait fin à une longue série de revers et d'échecs sur les deux continents. La prise de Louisbourg leur procura un accroissement de prestige indiscutable: elle fit constater la supériorité maritime de l'Angleterre, fort ébranlée en 1755 per l'échec de Byng, et qu'aucun événement signalé n'avait relevée pendant les années 1756 et 1757. En 1758, les Francais, en se bornant à l'envoi au Cap Breton d'une division de quelques unités, en ne faisant aucun effort pour se-
(1) Ordre avait été donné le 14 juillet de faire exécuter des rondes de service par les chaloupes de l'escadre. La surprise n'aurait pu avoir lieu si cet ordre avait été exécuté.
(2) Le fait se serait produit le 14 et le 29 juin. Journal d'Amherst. Journal de Querdisien.
(3) Ni des Gouttes ni ses capitaines ne paraissent avoir été appelés à rendre compte de leur conduite; le premier fut autorisé à se retirer en 1764 avec les provisions de chef d’escadre et quatre mille livres d'appointements. Beaussier fut promu chef d’escadre en 1764; il mourut l’année suivante.
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