INSTRUCTIONS DE VAUDREUIL POUR LA CAMPAGNE
présentaient, il ne serait en état de « faire de la besogne que relativement à ce nombre ». M. de Vaudreuil était seul « à se dissimuler les forces des Anglais dans cette partie ». Sans l’aide des sauvages, l'interception des convois ne pourrait être entreprise avec chance de succès. Quant à se tenir au Portage, «ce poste était insoutenable et facile à tourner ». Montcalm demandait à être fixé sur la date précise de l'arrivée à Carillon des « environ 600 hommes de troupes de la marine et 5 à 600 Canadiens dont parlait le gouverneur »; il observait enfin que, dans le as de l'abandon forcé du Portage, il n'aurait pas le temps de retirer les bateaux qu'on l'invitait à avoir sur le lac Saint-Sacrement. Le passage suivant nous édifiera sur le ton de la controverse : « M. de Vaudreuil parait se contredire formellement dans l'article le plus important de son instruction. Il commence par s'en rapporter au marquis de Montcalm pour aller au-devant de l'ennemi, pour le combattre dans sa marche ou sur le lac, et M. le marquis de Vaudreuil ajoute dans ce même article qu'il ne faut point s'exposer par une affaire générale et décisive. M. le marquis de Montcalm ne saurait partir, que M. le marquis de Vaudreuil ait totalement changé cet article de son instruction et ne l'ait expliqué clairement. Car, si M. le marquis de Montcalm marche au-devant pour combattre, l'affaire est engagée et il contrevient à l'instruction de M. le marquis de Vaudreuil. S'il veut s'en tenir à la dernière partie, il doit prendre des mesures en conséquence qui dépendront des circonstances et du temps que l'ennemi donnera, car un camp retranché n'est pas toujours aisé à placer, ni prompt à faire, »
A la réception de cette pièce qu'accompagnait une lettre conçue dans le même sens, le gouverneur, pris de peur à la pensée d'un éclat dont il aurait à porter la responsabilité, modifia ses ordres, de manière à accorder au
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général plus de latitude au point de vue stratégique. Montealm se mit en route aussitôt pour la frontière, laissant à Montréal le chevalier de Lévis. Ce dernier avait recu du gouverneur une mission spéciale : avec un détachement de 2.:00 hommes formé de 800 réguliers, tant de l'armée que de la colonie, et de 1.600 sauvages et Canadiens, il devait gagner le lac Ontario, remonter la rivière de Chouaguen, descendre le Mohawk et pousser jusqu'aux postes anglais et la ville de Corlar, Vaudreuil se flattait que cette diversion qui, sur le tapis depuis lon,:temps, avait été ajournée, faute de vivres, aurait pour résultat de faire prononcer les Iroquois en faveur de la France et d'arrêter Les progrès d'Abercromby.
Montcalm arriva à Carillon le 30 juin (1); il y trouva sov monde assemblé, à l'exception des compagnies de la marine, des miliciens et des Indiens. Conformément à ses instructions, ilse porta à la rencontre de l'ennemi Bourlamaque, avec trois bataillons, alla camper sur la rive droite de la rivière qui déverse dans le lac Champlain les eaux du lac George (Saint-Sacrement); deux bataillons demeurèérent sur la rive gauche; Montcalm, avec le reste, s'établit au Portage. La réunion de la petite armée françcaise n'aurait pu être retardée d'un seul jour sans inconvénient grave. Le # juillet, Abercromby embarqua son artillerie et ses munitions (2); le lendemain au point du jour, il leva le camp qu'il avait occupé au fond du lac George. Les troupes, qui atteignaient un effectif de 6.367
(1) Pour les opérations de la campagne, consulter le Journal de Lévis, publié à Montréal, 1889. — Journal de Malartic. — Rapports de Pontleroy et La Pause, — Désandrouins, par l'abbé Gabriel. — La Jeunesse de Bougainville, René de Kerallain. — Montcalm et Lévis, par l'abbé Casgrain. — Correspondance de Montcalm, Doreil, etc. Archives de la Guerre. — Correspondance de Vaudreuil et RBigot. Archives des Colonies. — Lettres d'Abercromby. Record Office. — Parkmann, Pouchot, ete. Voir la carto.
(2) Abercromby à Pitt. Camp du lac George, 12 juillet 1758. America. Record Office.
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