CAPITULATION DE MINDEN
pied et demi dans la partie des fossés qui est mouillée ». A ces causes de faiblesse il fallait, au dire du commandant malheureux, ajouter l'insuffisance des effectifs pour le pourtour de l'enceinte, la nécessité d'abandonner, faute de monde, l'ouvrage extérieur le plus important, le manque de canons sur le front d'attaque, la fatigue des troupes et surtout l'absence des secours promis.
Clermont jugea sévèrement la conduite de son subordonné (1). 11 fait de la capitulation le commentaire suivant : « Tout se sent de l’indiscipline, du dégoût pour le service du Roi et de l’Apreté pour soi... La place a été attaquée mollement, et combien elle s'est défendue encore plus mollement! » Sans doute, les fortifications sont défectueuses; « on n’y avait rien fait avant M. de Morangies, et lui-même n'y avait rien fait depuis qu’il y était, mais au moins donne-t-on quelques marques de vigueur et je n’en vois pas ». C'est à la reddition de Minden que se rattache l'incident du caporal Lajeunesse (2) qui refusa de mettre bas les armes, entruina quelques centaines de ses camarades, perça la ligne des postes ennemis et réussit à gagnerle camp français. « L'on a rencontré déjà, écrit Clermont (3), plus de 600 fantassins et cavaliers. Ils ont dit aux officiers qu'il n’y avait pas eu un chat de tué de la garnison, que la plupart des officiers étaient renvoyés sur leur parole, qu'on avait fait fort peu de feu de la place. » Lajeunesse devint le héros du jour; le Roi voulut lui donner un brevet d’officier; malheureusement, après son action d'éclat, il avait disparu et toutes les recherches faites pour Le découvrir restèrent sans résultat. Cet épisode, qui faisait ressortir l'initiative dont était capable le soldat, servit à souligner, par contraste, la faiblesse et l’égoisme des chefs. En effet, si la défense de Minden fut l’objet de critiques fon-
(1) Clermont à Belleisle. Lippstadt, 24 mars 1758. Archives de la Guerre. (2) Camille Rousset, Le comte de Gisors, p. 405 et suivantes. (3) Clermont à Belleisle. Paderborn, 20 mars 1758. Archives de la Guerre.
dées, les termes de la capitulation étaient une véritable honte pour ceux qui l'avaient acceptée. On s'étonna, à bon droit, de voir les négociateurs français se résigner (1), presque sans objection, à la captivité de leurs hommes, tout en stipulant leur propre renvoi et la conservation de leurs bagages, chevaux, voitures et chariots. Le gouvernement français refusa de ratifier ces clauses (2) et voulut obliger les officiers à partager le sort de la troupe, mais le prince Ferdinand ne consentit pas à les recevoir. M" de Pompadour, dans sa correspondance avec Clermont, se fit l'interprète (3) des impressions de la cour au sujet de lu convention de Minden : « Elle ne me parait faite que pour sauver les équipages et donucr la liberté aux officiers. » Puis, faisant allusion à un succès remporté par les Autrichiens, elle ajoute cette réflexion : « Je ne puis cependant m'empêcher d’avoir le cœur flétri de voir faire de belles actions aux autres et les Français... n’en parlons plus! »
Quelle que fût la responsabilité de Morangies et des subalternes, aux instances desquels il paraît avoir cédé, celle de Clermont ressort plus lourde à nos yeux. Il avait promis de venir en aide à Minden {#) ; il eût pu le faire, soit en dirigeant sa marche de Hanovre sur cette ville, soit en débouchant plus tôt d'Hameln. Jusqu'au 5 mars, il était en communication avec la garnison ; il lui était loisible de la retirer ou de la secourir. Il ne prit aucun de ces partis, resta immobile à Hameln, et gaspilla le répit que lui valut ia faible résistance de son lieutenant.
(1) L'article qui décide que la garnison sera prisonnière de guerre porte en face le mot « accordé ». On peut donc supposer que l'initiative de la proposition appartient au négociateur français.
(2) Morangies fut privé de son grade et la plupart des officiers supérieurs mis en retrait d'emploi.
(3) M de Pompadour à Clermont, 4 avri! 1758. Papiers de Clermont, vol. XXXVI. +
(4) Morangies cite une lettre de Clermont, recue le 4 mars, où le général en chef lui écrit : « Tenez bon jusqu'au dernier moment ; je marcherai à votre secours le plus diligemment qu'il m'est possible. »
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