‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 4)Chapitre 196 sur 361 · ABSENCE DE POURSUITE · texte numérisé non relu

ABSENCE DE POURSUITE

peu à dire : nous avons déjà constaté l'emploi insignifiant de l'artillerie; il semblerait cependant que les Francais eussent pu profiter de la journée du 7 juillet pour mettre en position quelques-unes des pièces dont ils arrièrent leurs ouvrages après la bataille. Quant au chef anglais, il parait n'avoir eu d'autre conception que celle de se lier à la bravoure de ses soldats qu'il lança à l'assaut sans souci des obstacles, et sans reconnaissance des lieux; quoiqu'il disposat de plus de trois fois les forces de son adversaire, bien loin de se servir de sa supériorité, il en perdit le bénéfice en se limitant à une attaque directe sur un front dont l'étroitesse interdisait le déploiement de ses troupes.

Dès ie point du jour, Montcalm dépêcha à la découverte de l'ennemi les volontaires qui, à défaut des sauvages encore absents, faisaient l'office d’éclaireurs; ils poussèrent jusqu'à moitié route de la Chute sans rencontrer d'opposition. Néanmoins, par précaution et dans la crainte d'une reprise du combat, on travailla à améliorer le retranchement et on mit en batterie du canon sur les deux flancs. Le 10, grande sortie dirigée par Lévis; on ‘amassa dans les bois et au bord du lac George quelques blessés, beaucoup de farines et d'effets abandonnés par les Anglais dans la rapidité de leur fuite. Entre temps, l'armée francaise se renforçait rapidement; le jour même de l'affaire, 300 soldats de la marine et miliciens avaient rejoint. Le 12, arrivée d’une trentaine d'Indiens; le 13 et les jours suivants, surviennent 3.000 Canadiens, sauvages et soldats de la colonie sous les ordres de Rigaud, frère du gouverneur général. De ces éléments nouveaux, Montcalm forma deux bataillons de mille hommes qu'il fit commander par Rigaud et qu'il envoya occuper la Chute et la décharge du lac George; puis il détacha des partis pour inquiéter la ligne de ravitaillement des Anglais et pour enlever leurs convois. Cette petite guerre, avanta-

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geuse pour les Français, se traduisit, comme d'usage, par un assez grand nombre de chevelures et par quelques captifs, les « lettres vivantes », comme les appelaient les Indiens. Un des derniers engagements eut lieu le 8 août, entre Marin, officier des troupes coloniales, et le major Rogers, commandant des Rangers. Marin, averti du voisinage de l'ennemi par des coups de fusil que celui-ci s'amusait à tirer sur une cible, plaça ses gens en embuscade sur le chemin des Anglais dont l'avant-garde, composée de provinciaux du Connecticut, fut surprise et mise en déroute. Quelques hommes du détachement français, des Canadiens du gouvernement de Québec, lächèrent pied; mais le reste, soldats, miliciens et sauvages, se jeta aux trousses des fuvards; le gros des Anglais tint bon et on se sépara après deux heures de fusillade. Chacun des belligérants s'attribua la victoire : Abercromby (1) parle de 56 chevelures et de 2 prisonniers, tandis que Lévis (2) réduit la perte française à une trentaine de tués ou blessés. Parmi les prisonniers faits par Marin figurait le major Putnam qu'il eut beaucoup de mal à arracher des mains de ses cruels auxiliaires. La période de la moisson mit fin aux hostilités; sous peine de disette pendant le prochain hiver, il fallut envoyer à leurs récoltes la plupart des Canadiens.

Montcalm aurait-il pu tirer un meilleür parti de sa vietoire? Vaudreuil le prétendit et lui en fit un grief. Le désordre de l’armée anglaise, son retour précipité à son ancien camp du lac George, font supposer qu'une poursuite active le lendemain et même le surlendemain de la bataille aurait donné des résultats, mais avec les faibles moyens dont disposait le général français elle aurait été très risquée. Ce n'est que le 13 juillet, cinq jours après

(1) Abercromby à Pitt. Lac George, 19 août 1758. America. Record Office. (2) Journal de Lévis, page 145,

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