EXPÉDITION DE BRADSTREET
l'action, qu'arrivent Rigaud et ses 3.000 hommes de renfort. À cette date, Abercromby était loin; ses troupes s'étaient ressaisies ; pour les aborder, il eût fallu recommencer l'entreprise de 1757 contre le fort de William Henry, avec toutes les difficultés de transport +t de ravitaillement qu'on avait rencontrées à cette époque. Ajoutons que, à l'inverse de ce qui s'était passé alors, les Anglais auraient eu sur l'armée de Montcalm une supériorité accablante. ans ces conditions, assumer l'offensive contre Abercromby, c'était s'exposer à des chances de mauvaise fortune que le Canada n'eût pas été en état de supporter. Par contre, il est fâcheux que ni le gouverneur, ni le commandant militaire, n’aient eu l'idée de reprendre le projet d’incursion sur le Mohawk, dont l'exécution aurait peut-être décidé les forces britanniques à reculer jusqu'à l'Hudson et sûrement empêché la tentative de Bradstreet sur le fort de Frontenac.
En l'espèce, les Anglais allaient montrer une initiative qui fit complètement défaut à leurs rivaux. Malgré la défaite de Carillon qui avait mis fin, pour le moment, à toute velléité de mouvement dans la direction du lac Champlain, Abercromby n'avait pas renoncé à l'expédition vers le lac Ontario, dont il était question depuis longtemps et dont le promoteur était Bradstreet. Cédant aux instances de cet officier qui avait été souvent employé dans les parages des grands lacs, et qui se faisait fort de réussir un coup de main sur Frontenac, principal poste francais sur l'Ontario, se fiant d'ailleurs à ses effectifs nombreux pour tenir tête à Montcalm, le général anglais (1) résolut de rester sur la défensive dans son camp du lac George et de confier à Bradstreet # régiments de provinciaux pour agir de concert avec le général Stanwix sur
(1) Abercromby à Pitt. Lac George, 12 juillet 1758. America. Record Oftice.
le Mohawk. Bradstreet opéra sa jonction sans difficulté ; apprenant qu'il n'y avait aucune troupe francaise entre lui et le lac (1), il poursuivit sa route à la tête d'une brigade de 3.000 hommes, tous provinciaux à l'exception de 200 fantassins de ligne ou artilleurs, s'embarqua à Oswego et prit terre devant Frontenac le 25 août. Ce poste était incapable de résister au canon; il était dominé par des hauteurs à 150 toises de distance, n'avait ni fossé, ni chemin couvert; les murs n'avaient que 2 pieds d'épaisseur sans terre-plein. « Voilà, écrit l'ingénieur Pontleroy (2), ce qu'on appelle un fort dans ce pays, et suffisant à la vérité lorsqu'on ne faisait la guerre que contre des sauvages ou des partis sans artillerie. » Le lendemain (3), les Anglais débarquèrent leur canon et commencèrent le feu à #00 mètres. Le tir produisant peu d'effet à cette portée, Bradstreet prit possession, pendant la nuit, du camp retranché avoisinant le fort, et mit ses pièces en batterie à 200 mètres. Après une canonnade de part et d'autre qui dura une journée, la garnison, qui comptait 130 hommes, battit la chamade et obtint la libre sortie sous condition d'échange. Les officiers anglais eurent quelque peine à retenir leurs sauvages, heureusement peu nombreux; d'après Vaudreuil (4), ceux-ci tranchèrent la tête d'un soldat blessé et lui levèrent la chevelure. Les vainqueurs s'emparèérent de 100 canons et pierriers, d'une quantité de munitions, vivres et effets et, ce qui était plus important, de la flottille française; ils incendièrent 7 petits bâtiments et emmenèrent les deux autres, un brick percé pour 16 canons qui avait été capturé à Oswego et un schooner de construction française. Le poste et les magasins furent détruits. Cette opération ne coûta à
(1) Bradstreet à Abercromby, 6 août 1758. America. Record Office.
(2) Pontleroy au Ministre. Québec, 28 octobre 1758. Archives de la Guerre. (3) Lettre du lieutenant Macauley. Oswego, 30 août 1758. Record Office. (4) Vaudreuil à Abercromby, 19 octobre 1758. Archives des Colonies.
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