PRISE ET DESTRUCTION DE FRONTENAC
l'assiégeant que 1# blessés; la garnison eut 17 hommes tués ou blessés,
Ce malheur qui, par suite de la perte des approvisionnements et de l'effet moral produit, eut des conséquences désastreuses pour le Canada, aurait pu être facilement évité, Les avertissements n'avaient pas manqué : des prisonniers faits dans un des premiers raids qui avaient suivi ia bataille de Carillon avaient annoncé (1) le départ de Bradstreet et le but de son expédition; quelques jours plus tard, les prisonniers de Marin (2) confirmèrent ce récit. Non seulement l'avis en avait été transmis à Vaudreuil, mais celui-ci put interroger les informateurs qui avaient été transférés à Montréal. S'il ne prit aucune mesure pour secourir Frontenac, ce fut sans doute parce qu'il s'en rapporta à M. de Longueuil, envoyé en ambassadeur auprès des cinq Nations, qui, trompé lui-même par les dires des indigènes, assura son chef que les Anglais étaient occupés à la reconstruction du fort Bull (3) et, par conséquent, encore fort éloignés du lac Ontario. M. de Noyan, le vieux commandant du fort, n'eut connaissance de l'approche de Bradstreet et ne réclama de l'aide qu'au dernier moment. Le gouverneur général, prévenu le 26 août, c'est-à-dire le jour même de l'attaque, assembla à la bâte, et malgré les travaux de la moisson, 1.500 Canadiens et quelques domiciliés, et les fit partir sous les ordres de Duplessis, major de Montréal. En dépit de toute sa diligence, le détachement n'était encore qu'à la Présentation quand il apprit la prise et la destruction de Frontenac qu'il rapporta aussitôt à Vaudreuil. Ce dernier, très ému de la reddition de Louishourg dont la nouvelle venait de lui parvenir, très inquiet pour Niagara et les
(1) Journal de Lévis, p. 142.
(2) Journal de Lévis, p. 146.
(3) Vaudreuil au Ministre, 2 septembre 1758. Archives des Colonies.
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pays d'En Haut dont les communications avec le Canada étaient coupées, pour parer au plus pressé, expédia à Niagara un renfort de 600 hommes, et appela à lui Montcalm pour conférer sur les mesures que nécessitai! une situation aevenue critique. On fut bientôt rassuré sur Niagar Bradstreet, satisfait de l'effet obtenu, craignant peut-être de le compromettre en prolongeant son séjour sur l'Ontario, était retourné à Oswego, avait brûlé les deux navires qu'il avait emmenés et était en route pour le fort Bull.
Une entente entre le gouverneur et le commandant des troupes s'imposait d'autant plus que la rivalité latente qui existait entre eux avait assumé, depuis l'affaire du 8 juillet, le caractère d'une brouille ouverte. Vaudreuil, très jaloux de son autorité, persistait à donner, au sujet des opérations militaires, des instructions souvent impraticables, toujours obscures, que Montcalm prenait en fort mauvaise part et auxquelles il répondait sur un ton qui frisait l'impertinence. Aussitôt informé de la victoire de Carillon, Vaudreuil était revenu à son théme favori d'offensive sur le lac George et de manœuvres sur la ligne de retraite des Anglais. Mais, tout en invitant son général à se montrer plus entreprenant, en annonçant même qu'il retardait le départ pour la France de son courrier dans l'espoir d'un nouveau succès sur un ennemi démo- ‘alisé, il le prévenait de l'obligation 4e congédier les Canadiens « par rapport aux vivres et à la récolte ». Mont- ‘alm, fier à bon droit du résultat de la journée du 8, beaucoup mieux renseigné que son chef sur Les effectifs et le moral de l'armée d'Aberceromby, ne croyait pas possible de lui faire abandonner sa position &u fond du lac George. En tout cas, si on voulait aller de l'avant, ce n'était pas le moment de rappeler les Canadiens.
Quelques extraits de la correspondance échangée permettront de constater à quel point le débat s'était enve-
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