CORRESPONDANCE ENTRE VAUDREUIL ET MONTCALM
nimé, « Voilà, Monsieur, écrit Montealm (1), mon plan; voulez-vous que l'ennemi s'opiniâtre à rester au fort George? Nous essayerons de l'en chasser, je suis prêt à y marcher avec toute l'armée: ce ne sera pas mon avis, mais un ordre clair et précis de votfe part me suffira. Si d'eux-mêmes et sur des mouvements que je fais, ils veulent se retirer de bonne grâce, j'en serai comblé. Si j'étais assez heureux, Monsieur, pour que vos importances occupations vous permissent d'être à la tête de l'armée, vous verriez par vous-même toutes choses et j'aurais la satisfaction de recevoir des ordres plus clairs et moins embarrassants et vous auriez jugé que j'ai joint de l'audace à la prudence, et quelque activité: cela n'empêche pas que la colonie n'ait été jouée le 8 juillet, Vous voyez, Monsieur, qu'à mon ordinaire, je vous parle avec vérité et d’une fermeté respectueuse, » Puis, Montcalm qui s'échauffe en maniant la plume manifeste le désir de rentrer en France : « Ce même amour pour la vérité fait que je vous préviens que je demande aux deux ministres mon rappel, que je prie M. le Premier Président Molé et M. l'abbé comte de Bernis, de le solliciter. » En post-scriptum, le général, tout en regrettant que la pénurie de vivres ait retardé l'envoi des sauvages qu'il avait réclamés avant son départ pour Carillon, et qui lui auraient été très utiles le jour et le lendemain de la bataille, estime que lui expédier maintenant des Canadiens en si grand nombre serait retomber « dans une extrémité contraire et facheuse ».
Nouvelle lettre du gouverneur en date du 15 juillet. Montcalm ne se possède plus : « Comme en général (2),
(1) Extrait de la lettre de Montcalm du 16 juillet en réponse à celle de Vaudreuil du 12 juillet 1758. Annexes à la dépêche de Montcalm du 28 juillet. Archives de la Guerre, 3498.
(2) Extrait de la lettre de Montcalm du 18 juillet en réponse à celle de
Vaudreuil du 15 juillet. Annexes à la dépèche de Montcalm au Ministre du 28 juillet.
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elle ne conticnt que les mêmes choses que vous n'avez fait l'honneur de m'écrire le 12, j'y ai déjà répondu. J'ajouterai que je n’ai pu faire de gros détachements par le lac Saint-Sacrement jusqu’à ce que j'y aie rétabli mes camps à la Chute et au Portage, et que j'aie fait passer des bateaux et canots, maræuvre qui ne se fait guère dans la spéculation. Jusqu'à présent, j'ai fait l'impossible au Canada avec mes faibles meyens; je tâcherai de faire de mon mieux et je n'ai besoin d'aucun aiguillon...…. Pour profiter de la peur des ennemis, il fallait être en état de les suivre dès le lendemain; une armée qui ne peut être suivie que 10 ou 12 jours après, par des détachements, se remet de sa frayeur. »
Dans la dépêche du 17, Vaudreuil (1) revient à la charge : Harceler nos ennemis, couper leurs communications avec fort Lydius, intercepter leurs convois « nous n'avons pas de meilleure manœuvre pour les obliger d'abandonner leur position à l’ancien fort George; leur consternation et leur découragement doivent même vous faire espérer que se trouvant vivement pressés, ils seront peut-être dans la nécessité d'abandonner leur artillerie, bateaux, etc. et qu'ils ne s'occuperont que de leur fuite au fort Lydius. Ce que j'ai eu l'honneur de vous écrire à ce sujet par plusieurs de mes lettres, mérite, Monsieur, votre attention. Votre brillante affaire ne doit point rester huparfaite ».
Mécontents l'un de l’autre tout autant que d'un débat sans issue, Montcalm et Vaudreuil en appelèrent tous deux au jugement du cabinet de Versailles. Le premier s'aaressa à La lois au ministre de la Guerre, son chef hiérarchique, et au ministre de la Marine, M. de Moras (2), beau-frère de
(1) Extrait de la lettre de Vaudreuil du 17 juillet.
(2) Montcalm à Moras. Carillou, 28 juillet 1758. Archives de la Guerre, 3498. M. de Moras n'était plus ministre de la Marine au moment où Montcalm écrivail.
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