MONTCALM DEMANDE SON RAPPEL
M°° Hérault. Ce fut probablement cette parenté avec la protectrice de Bougainville, qui décida Montcalm à adopter un ton dont la liberté n'eût pas été sans inconvénient avec un étranger : « Depuis la journée du 8, M. le marquis de Vaudreuil, rempli d'idées avantageuses que l'expérience à la guerre et la connaissance d'une frontière qu'il n’a jamais vue lui feraient bientôt perdre, ne cesse de m'écrire par ses lettres du 12, 15, 16 et 17, qu'il est possible par de gros détachements de faire quitter aux ennemis leur position au fond du lac Saint-Sacrement. » L'écrivain allègue le risque d'attaquer un ennemi dont la supériorité, malgré son échec, restait prépondérante, et pour sa justification joint à sa dépêche le double de la correspondance échangée avec le gouverneur. Les explications fournies à Belleisle (1) revêtent une tournure plus intime : « Je veux vous édifier en vous envoyant copie d'une dernière lettre en date de hier à M. le marquis de Vaudreuil, et vous y verrez qu'il ne tient qu'à lui de bien vivre avec moi, et que je sacrifie tout en vue du service de Sa Majesté. Vous serez peut-être surpris que je lui parle du compositeur de ses lettres. I! convient qu'il n'en fait, ni n'en dicte aucune, d’ailleurs :l fallait bien que je cherchasse à l’exeuser... » Quant à lui, il désire quitter le Canada, mais fer& son devoir jusqu'au bout : « Je travaillerai toujours avec le même zèle à la défense de cette colcnie, jusqu'à ce qu'il plaise à Sa Majesté de m'accorder un rappel que ma santé et mes dettes m'obligent de demander. » L'épitre du 2 août de Montealm à Vaudreuil (2), à laquelle il est fait allusion, si elle manquait de diplomatie, avait le mérite du france parler : « Soyez sûr, Monsieur, que les choses personnelles dont je puis me plaindre et
(1) Montcalin à Belleisle, Carillon, ? °.,àt 1758. Collection Moreau. Archives
des Colonies.
(2) Montcalm à Vaudreuil, Carillon, 2 août 1758, Collection Moreau. Ar-
chives des Colonies.
que j'impute bien au compositeur de vos lettres, aux esprits turbulents et tracassiers qui cherchent à vous éloigner de moi, ne diminueront jamais ni mon zèle pour le bien public, ni mon affection pour vous, ni mon attention constante à n’écrire que du bien de vous et de M. votre frère. Pourquoi n’en agiriez-vous pas de mème à mon égard, et pourquoi ne pas changer Le style de votre secrétaire? Pourquoi ne pas me donner plus de confiance? J'ose dire que le service du Roi y gagnerait et que nous n'aurions pas l'air de la désunion qui transpire au point que je vous envoie une gazette de la Nouvelle York qui en parle. Vous croyez, Monsieur, n'avoir aucun tort, et moi de même... Qu'avez-vous besoin, Monsieur, après trois ans que je sers sous vos ordres, de me prescrire des détails inutiles ou minutieux que je rougirais de prescrire à un dernier capitaine? Cela vient de ce que votre secrétaire n'a qu'un moule pour faire des instructions et des lettres depuis moi jusqu'à l'enseigne de la colonie. J'ai déjà eu l'honneur de vous dire que nous comptions n'avoir tort ni l’un ni l’autre. Il faut donc croire que nous l'avons tous deux et qu'il faut apporter quelque changement à notre façon de procéder. Pour moi, Monsieur, je ne répondrai plus ni à des plaintes de votre part, ni ne chercherai à me justifier, ni ne vous donnerai aucun mémoire qu'autant que vous me les demanderez ou que le service du Roi y sera véritablement intéressé. Vous nr'écrirez ou vous en agirez, comme vous voudrez; si c’est bien à mon #gard, beaucoup de reconnaissance ! et je vous la témoignerai. Si c'est mal, mon silence vous apprendra que je ne suis pas content. Mais je me flatte que je ne me trouverai pas dans le cas. »
Malgré ses excellentes intentions, Montcalm ne put s'empêcher de reprendre la plume pour réfuter un nouveau reproche du gouverneur. Les sauvages, mécontents d’avoir manqué la bataille et encore plus le pillage qui
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