VAUDREUIL DÉNONCE MONTCALM A LA COUR
au ministre de la guerre, Montcalm ne s'étend pas longguement sur les exploits des #00 coloniaux et Canadiens de l’aile droite, c'est que le parti pris l'empêche de reconnaître les qualités des provinciaux. Si le nom d'un officier colonial est omis, cet oubli est ciairement intentionnel. Sur les faits et gestes de Montcalm, il est aussi fielleux que perfide. « Lorsque je n’envisagerai que moi, Monseigneur, je sacrifierai toujours tout pour maintenir l'union; mais je prévois avec douleur qu’en voulant user des voies de la douceur, je compromettrai indubitablement l'autorité que le Roi m'a confiée, Je suis d'autant plus fondé à le croire qu'après l’action du 8, M le marquis de Montcalm fut si transporté de joie qu'il oublia la modération qu'il se devait à lui-même. Il exalta sa victoire en termes si peu ménagés, qu’ils produisirent dans son armée les propos les plus indécents contre le gouvernement et sur tout ce qui émane du ministère de la Marine. Il ne pensa plus, Monseigneur, à vos recommandations en faveur de nos sauvages. Bien loin de les ménager, il Les rebuta au point qu'ils sont presque tous revenus. » Suit l'incident raconté plus haut : « À l'égard des Canadiens, ils ne peuvent qu'être rebutés par la façon dont il Les fait servir; ils ont toujours été excités par les sentiments, ils ont rendu les plus grands services. Maintenant on les avilit par la dureté avec laquelle on les commande. Les Canadieas ont beaucoup à souffrir des vivacités et des emportements de M. de Montcalm, et cependant ils ne demandent pas mieux que d'être placés dans les lieux les plus exposés, soit dans les campements, les découvertes et même à la vue de l’ennemi. Ils se sont distingués la journée du 8. » Puis il aborde le chapitre personnel : « Je crois inutile de vous apporter les propos de M. le marquis de Montcalm à mon égard; depuis la campagne dernière jusqu'à son départ j'ai affecté de les ignorer; je l'ai prévenu de politesse; j'ai eu des conférences avec lui pour satisfaire à l'envie
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qu'il a d'être consulté, quoique j'aie éprouvé plusieurs fois qu'aussitôt que je lui avais fait part de quelque projet, il devenait publie par les mémoires qu'il faisait d’après mes idées et qu'il montrait à diverses personnes dans la vue de se les attribuer. L'attachement que les troupes en général, les Canadiens et les sauvages ont en M. le chevalier de Lévis, ont produit en M. le marquis de Montcalm des sentiments de jalousie. Il les fit paraître à l'occasion du détachement que devait commander ce brigadier. » Enfin la conclusion : « D'après toutes ces raisons, je croirais manquer à ce que je dois au service du Roi et à la confiance dont vous m'honorez, si je ne vous suppliais de vouloir bien demander à Sa Majesté le rappel de M. le marquis de Montcalm. Il le désire lui-même et m'a prié de vous le demander. Bien loin de penser à lui nuire, j'estime, Monseigneur, qu'il mérite de passer au grade de lieutenant-général. Il pourra servir très utilement en Europe; personne ne rend plus de justice que moi à ses excellentes qualités, mais il n'a pas celles qu'il faut pour la guerre de ce pays-ci. IL est nécessaire d’avoir beaucoup de douceur et de patience pour commander les Canadiens et les sauvages. » Comme successeur à la tête des troupes de terre, car il n’a garde de parler de celles de la colonie, Vaudreuil propose le chevalier de Lévis, pour lequel il sollicite le grade de maréchal de camp; Bourlamaque suffira pour le seconder.
Il va sans dire que toute la colonie était au courant des discussions entre le gouverneur et le commandant militaire ; l'interdant Bigot, en très bons termes avec les deux rivaux, tieat le langage (1) du bon sens. « Je fais de mon mieux auprès de l’un et de l’autre, pour les engager à cacher au publie les reproches ow’ils croient être en droit
(1) Bigot au Ministre. Particulière. Québec, 13 août 1758. Archives des Colonies.
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