MÉMOIRE DE MONTCALM
rer meilleur parti des Canadiens? je le crois; cependant on n'en pourra jamais tenir toute la campagne au delà de 3.000 sans ruiner le pays. Au reste ces peuples comme les sauvages ne sont propres qu'à des courses et ne savent ce que c'est que de rester cinq mois en campagne. Les sauvages, bons pour des courses; il ne faut pas compter sur eux pour le fonds d’une armée. Avec si peu de forces comment garder sans miracle depuis la Belle-Rivière jusqu'au lac Saint-Sacrement et s'occuper de la descente à Québec, chose possible? Qui écrira le contraire de ce que j'avance trompera le Roï... » Pour faire face au danger, Montcalm demande « 1.500 hommes de recrues de la bonne espèce... pour compléter les 8 bataillons au Canada et 6 bataillons nouveaux à forts effectifs avec des vivres pour nourrir ces troupes pendant un an... Je ne crains que trop, ajoute-t-il, qu'il ne soit pas possible à la France d'envover ce secours, vu la supériorité de la marine anglaise, mais les Anglais mettent sur pied trop de force dans ce continent, pour croire que les nôtres
y résisteront et attendre une continuation de miracles qui sauvent la colonie de trois attaques ».
A défaut des renforts qui ne pouvaient venir que de la métropole, Montcalm cherchait à utiliser le plus possible
les ressources de la colonie. Dans un mémoire daté du
commencement de septembre (1), il attirait l'attention du gouverneur sur la nécessité de concentrer la défensive, d’évacuer les points trop excentriques et de prendre des précautions du côté de Québec; il recommandait le recensement des miliciens dans toute la province et l'incorporation d'un certain nombre d’entre eux, à raison de 15 par compagnie des troupes de France, et un peu plus
(1) Réflexions générales pour la défense de cette colonie. L'accusé de réception de Vaudreuil à Montcalm est daté de Montréal, 12 septembre 1758. Archives des Colonies.
GUERRE DE SEPT ANS. — T. Il, 26
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pour les compagnies de la marine. Ces propositions furent sans doute l'objet des conversations avec Vaudreuil durant le séjour de Montréal.
Fort heureusement, il ne se passa rien d’extracrdinaire au cours de l'automne sur les frontières mêmes du Canada. Amherst, conformément à la promesse donnée, avait débarqué le 13 septembre avec 5 bataillons (1), retour de Louisbourg. Le 3 octobre, il était à Albany, et le surlendemain il eut au camp du lac George une conférence avec le commandant en chef. On y décida que, vu l'augmentation des fortifications de Carillon et le manque de grosse artillerie pour les battre, il fallait renoncer à l'idée d'une nouvelle attaque. Les Anglais gardèrent leur position jusqu'aux derniers jours d’octosre, époque à laquelle ils se retirèrent après avoir coulé leurs plus gros bateaux et mis en cache tout ce qu'ils ne purent emporter. Peu de temps après, Abercromby, à sa rentrée à New-York, reçut une lettre de Pitt lui annonçant son rappel et son remplacement par Ambherst. Sur quatre gouverneurs des possessions anglaises en Amérique, trois avaient été disgraciés à cause de leur incapacité militaire; le quatrième, Braddock, était mort de ses blessuïes. Grâce aux moyens mis à sa disposition, Amherst allait réussir où ses prédécesseurs avaient échoué,
Montcalm resta jusqu'au # novembre à Carillon. Pendant les derniers jours de la campagne, il avait écrit à sa mère une lettre caractéristique (2) où, malgré le ton de confiance assumé, perce le découragement : « Notre situation est critique, et plus nous irons, plus elle le doit devenir, mais nulle inquiétude : Dieu soutient, et l’honneur sera toujours conservé de ma part en tout événement... J'ai toujours cru que l'ennemi viendrait m'at-
(1) Abercromby à Pitt. New-York, 25 novembre 1758. America. Record Office.
(2) Montcalm à sa mère, 16 octobre 1758. Collection particulière.
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