DÉFAITE DE GRANT PRÈS DE DUQUESNE
les Virginiens s'égarèrent et revinrent au point de départ sans avoir rien accompli. Grant se décida alors à attaquer au petit jour, mais il éprrpilla ses forces de telle facon qu'il se fit écraser en détail. Au son des tambours qu'il avait fait battre pour entrainer son monde, les Canadiens et es sauvages se jetèrent sur l'avant-garde, formée d'Écossais, et la repoussèrent. Une action confuse se livra dans la forêt; fusillés à bout portant par des adversaires qu'ils ne voyaient pas, terrifiés par les hurlements des In liens, les soldats de Grant furent saisis de panique et s'enfuirent en désordre, Ce fut, en petit, la répétition de la défaite de Braddock. Sans la résistance de quelques pelotons de Virginiens, le tout eût été détruit. Grant, Lewis et plusieurs officiers restèrent aux mains des vainqueurs, sept furent tués, et la perte totale atteignit 280 tués, blessés ou prisonniers. Les Français, qui, non compris les sauvages, ne dépassaient pas un millier d’hommes (1), n'auraient laissé sur le champ de bataille que six des leurs.
A la suite de cette affaire, Ligneris, commandant de Duquesne, envoya à la découverte un détachement mixte de 600 Canadiens et Indiens sous les ordres du capitaine Aubry qui avait rallié le fort, quelques jours avant le combat, avec un renfort venu des postes de l'Illinois (2). Aubry alla insulter le camp des Anglais à Loyal Hannon, enleva beaucoup de chevaux, tua des bestiaux, fit des prisonniers et rentra à Duquesne avec son butin.
En dépit de ces succès, la situation de Ligneris et de ses compagrons devenait de jour en jour plus précaire. « Notre fort, écrit-il (3), est prêt à tomber, il est pourri par-
(1) Lettre de Vernys, officier d'artillerie, citée par Casgrain. (2) Les postes français de l'Illinois dépendaient du gouvernement de la
Louisiane.
(3) Ligneris à Vaudreuil. Fort Duquesne, 18 octobre 1758. Archives des
Colonies,
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tout, et je doute qu’il subsiste jusqu’au printemps si nous avons des crues d’eau semblables à celles de l'hiver dernier. Il est bien triste pour d’honnètes gens d’être chargés de la défense d’une si mauvaise place; M. Duvernis, ingénieur, à dû vous en rendre compte. » Il ne restait en magasin que de quoi nourrir 1.200 hommes pendant dixhuit jours. Ligneris réunit un conseil d'officiers où l’on décida qu’on se bornerait à garder à Duquesne la garnison normale et qu’on renverrait le surplus. En conséquence de cette résolution, les sauvages furent congédiés après avoir promis de r° venir aussitôt qu'on pourrait leur distribuer des rations.
Cet engagement ne fut pas rempli. Déjà les Anglais avaient réussi à détacher de la cause française une partie des tribus de la région de l'Ohio. Dans une grande assemblée tenue à Easton (1), pendant le mois d'octobre, le gouverneur de Pensylvanie avait conclu un traité avec les délégués des cinq Nations et de plusieurs groupes alliés à la confédération. A la suite de cette entente, des ambassadeurs, parmi lesquels, à côté des Indiens, figurait un membre de la ccmmunauté des frères moraves, du nom de Post, furent expédiés aux sauvage: des environs de Duquesne pour les déterminer à adopter la même politique. La négociation fut bien conduite, et malgré les efforts des officiers français présents à la conférence, la plupart des Indiens de la contrée abandonnèrent ïe drapeau sous lequel ils avaient servi depuis le début des hostilités. Les ‘auses de cette désertion sont difficiles à préciser; il faut sans doute l’attribuer à la versatilité indigène, à l’abondance des cadeaux britanniques, à la facilité de se procurer aux postes anglais des effets et des denrées que le blocus maritime du Canada ne permettait plus de trouver en quantité suffisant» chez les Français, surtout au pres-
(1) Voir pour le récit des conférences indiennes, Casgrain et Parkman.
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