‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 4)Chapitre 21 sur 361 · SR PIS ETES · texte numérisé non relu

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commencé... que de préférence à tout il faut conserver l'armée du Roi, et lui procurer trois mois de repos pour la mettre en état de bien faire la guerre au mois de juillet. » Peut-on s'étonner qu'avec de pareilles recommandations de haut lieu, qu'avec l’assentiment pour ainsi dire unanime des généraux divisionnaires, la marche, à partir du départ d'Hameln, se soit transformée en une course désordonnée vers le Rhin? Peu importe qu'on laisse en route des milliers de malades, de trainards, qu'on livre à l'ennemi magasins, artillerie, matériel de toute sorte; il faut avant tout sauver ce qui reste de l’armée du Roi, et pour cela gagner au plus vite la barrière protectrice du grand fleuve.

Une seule note discordante se fit entendre dans le con cert approbateur, ce fut celle de Bernis qui voyait s’effo drer ses plans politiques. Déjà M"° de Pompadour avait entretenu le prince (1) de la fâcheuse impression produite par la retraite sur le Weser : « Je suis d'autant plus affligée de ce que vous me faites l'honneur de me mander, que par l'esprit et les talents de l'abbé de Bernis les affaires se remontaient au point d'en imposer prodigieusement au roi de Prusse ; je crains bien que tant de peines deviennent inutiles par la position de l’armée. » Clermont avait écrit de Hameln au Ministre des Affaires Étrangères (2) que, s’il s'était maintenu aussi longtemps sur le Weser, ce n'était « que parce que le Roi le désirait ardemment et que

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Weser causerait de trouble dans les projets politiques ». Au reçu du billet de la marquise, il s'exprima (3) en termes qui ne devaient laisser aucune illusion au pauvre abbé : « Si l’on veut faire la guerre avec cette armée-ci avant qu’elle soit totalement rétablie, elle retombera dans

(1) M"e de Pompadour à Clermont, 12 mars 1758. Papiers de Clermont. (2) Clermont à Bernis, Hameln, 16 mars 1758. Papiers de Clermont. (3) Clermont à Bernis. Paderborn, 20 mars 1758. Papiers de Clermont.

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la misère actuelle, et c’est alors qu’il n’existera plus de remède au mal... Je vois avec douleur que l’on est toujours pressé à la cour, que l’on parle d'entamer des expéditions deux mois après que l’armée aura été dans sa tranquillité, » Force fut à Bernis de s'incliner devant les exigences militaires; dans sa réponse à la première missive(1), il s'exécute, non sans quelque amertume : « Personne après vous, Monseigneur, n'est plus à plaindre que moi. J'ose vous dire que j'ai fait plus en Europe que je ne pouvais l’espérer, et que les désordres de l’armée m'ont perpétuellement coupé bras et jambes. Je ne perdrai cependant pas courage et je commencerai à dormir dès que je saurai l’urmée du Roi en sûreté. »

A partir du Weser, les opérations n'offrent plus d'intérêt. L'arrière-garde de Clermont évacue Hameln, le 18 mars, après avoir détruit ou jeté dans le fleuve beaucoup de munitions et de farines. Le même jour, le prince Ferdinand, avec le gros de ses forces, quitte Minden pour continuer son offensive.

A signaler la correspondance du duc de Broglie avec le quartier général. Arrivé à Cassel, le 24 février, pour remplacer le prince de Soubise, mais laissé sans instructions, Broglie se voit obligé (2) de prendre l'initiative de mesures pour défendre la Hesse. Pendant les premiers jours de mars, les lettres se succèdent insignifiantes, mais vers le 12 de ce mois, un nouveau sujet de craintes s'empare des esprits timides de Clermont et de Crémille (3). On vient d'apprendre que le prince Henri de Prusse est entré à Güttingen et qu'il a fait publier des réquisitions dans le pays d'Eichsfeld; si ce mouvement se poursuit, les relations avec Broglie seront interceptées et ce dernier ne pourra plus gagner Paderborn, indiqué comme di-

(1) Bernis à Clermont, 22 mars 1758. Papiers de Clermont. (2) Broglie à Clermont. Cassel, 2 mars 1758. Papiers de Clermont. (3) Crémille à Duverney. Hameln, 12 mars 1758. Papiers de Clermont.

rection éventuelle. « Le point le plus essentiel de tous, Monsieur, lui mande Clermont (1), est celui de ne vous point laisser séparer de moi et de vous bien ménager les moyens et la sûreté de votre retraite sur Paderborn. » Broglie, moins ému, ne croit pas à la marche en avant du prince Henri, mais est forcé d'obtempérer à l'ordre formel du général en chef, tout en déclarant impossible d'opérer sa jonction à la date indiquée du 20 mars. En eifet, il ne partit de Cassel que le 21 de ce mois, après avoir fait filer ses gros bagages sur Marburg, cts’être constitué un pare d'artillerie avec les resscurces du Landgraviat, « Nous allons commencer, écrit-il à Lorges (2), une retraite de 50 lieues; il parait qu'on nous destine peur l’arrièregarde. Nous aurons à combattre défaut de subsistances, chemins et ennemis; nous en trouverons le repos meilieur, si tant est que j'y sois jamais destiné. » Parvenu à Soest, après une course des plus pénibles, Broglie insiste sur la nécessité d'un séjour de deux jours pour reposer ses hommes, cuire son pain et transporter ses malades. Clermont, qui voit toujours le prince Ferdinand à ses trousses ou coupant ses communications, n’admet pas (3) de retard : « Je ne puis que vous exhorter à marcher avec le plus de célérité qu'il sera possible, parce que je ne puis rien changer à mes disposiiions. » Il sera Le 25 à Haltcren, le 30 à Wesel. Broglie, à son tour, se plaint (4) du peu d'initiative qu'on lui laisse : « Jusqu'ici j'ai resté soutenu par les lettres pleines de bonté et de confiance dont V. A.S. m'honorait; à présent je ne puis aller qu'en tremblant, et m'attache à la lettre comme un caroral. » Il fallut cependant obéir, et abandonner aux hussards prussiens un magasin de 100.000 rations, 10 canons, des munitions, et

(1) Clermont à Broglie. Hameln, 12 mars 1758. Papiers de Clermont.

(2) Broglie à Lorges. Cassel, 19 mars 1758. Arch. de la Guerre, vol. 3473. (3) Clermont à Broglie, 24 et 26 mars 1758, Arch. de la Guerre, vol. 3473. (4) Broglie à Clermont, 26 mars 1758, Arch. de la Guerre, vol. 3473.

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DÉMÉÈLÉS DE BELLEISLE AVEC CLERMONT. 45

un hôpital de 500 malades, sacrifices qu'avec un peu moins de précipitation il eût été facile d'éviter. Broglie ramena, sans autre aventure, son corps à Dusseldorf, où il arriva dans les premiers jours d'avril.

Malgré l’assentiment général donné à la stratégie de Clermont, la cour de Versailles fut en désaccord avec lui sur deux points : Belleisle, préoccupé des bruits qui attribuaient à l'expédition préparée en Angleterre la destination de l’Ost Frise, aurait voulu maintenir à Embden une partie de la division qui y tenait garnison. À une date aussi tardive que le 3 avril, alors que l’armée avait déjà repassé le Rhin, Bernis écrivait (1) à propos d’Embden : « J'ai de fortes raisons de désirer que cette place reste entre les mains de l'Impératrice jusqu'à la fin de Ja guerre. » Clermont, avec raison, estimait inutile de laisser dans cette ville mal fortifiée des troupes qui eussent été infailliblement prises par l'ennemi. Le ministre dut accepter une décision qui devint bientôt un fait accomyli. Les # bataillons et Les 13 escadrons qui composaient le petit corps d'occupation, purent gagner le Rhin sans autre perte que celle d’une partie de leurs bagages embarqués sur l’Ems, qui fut enlevée par la flottille anglaise. Le second différend fut plus grave.

Pour des raisons de prudence excessive, le généralissime avait transmis, par l'intermédiaire de Broglie, au comte de Lorges, l’ordre d’évacuer le comté de Hanau et de se relirer derrière le Rhin. Aussitôt avisé (2), Belleisle, non sans force excuses, lança un contre-ordre !{3) qui parvint en temps utile pour arrêter le mouvement. Dans l'espèce, Clermont s'était laissé tromper par une pointe des Prussiens du prince Henri dont il s'était exagéré l'importance et le danger, En effet, en se félicitant des instructions qu'il ve-

(1) Bernis à Clermont, 3 avril 1758. Papiers de Clermont. (2) Clermont à Belleisle. Hameln, 16 mars 1758. Arch. de la Guerre, 3173. (3) Belleisle à Lorges, 23 mars 1758. Arch. de la Guerre, 3473.

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nait de recevoir de Versailles, Lorges rapportait (1) : «Il n'y avait pas d'ennemis à plus de 40 lieues à la ronde, et personne n’est entré à Cassel depuis le départ du duc de Broglie. » Cetincident, malgré la précaution du ministre (2) qui s'était abrité derrière l'opinion formelle du Roi, ne laissa pas de provoquer la mauvaise humeur de Clermont dont la susceptibilité n’était pas le moindre défaut. Il s’en expliqua avec la Pompadour (3) : « IL faut me laisser faire, Madame, et ne pas me prévenir par des idées de trop loin, ou du moins me les communiquer avant que de donner des ordres. » Il termine son billet par un de ces airs de bravoure dont il était coutumier : « Je crois, par les mouvements que je viens de faire et que je vais continuer, avoir mis le prince Ferdinand hors de portée de me gêner, et malgré cela n'avoir pas fait de marche trop précipitée ni trop timide. »

S'il est difficile de s'associer à l'éloge que le général français se décerne, il faut reconnaitre qu'il avait complètement distancé son adversaire. La poursuite des Hanovriens fut en effet des plus lentes; ils souffraient tout autant que les Français du mauvais état des routes et des intempéries de la saison. « Les chemins sont si exécrables, écrit Boyd (4), que nos bagages n'ont pu nous rejoindre qu'hier et notre canon cet après-midi seulement... Nous sommes arrivés ici le 26 (5), et comme dans ce beau pays les routes sont détestables, nous sommes forcés de séjourner jusqu’à aujourd'hui (le 30) pour attendre notre

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(1) Lorges à Belleisle. Hanau, 23 mars 1758. Arch. de le Guerre, 3473.

(2) Belleisle à Clermont. Particulière, 23 mars 1758. Papiers de Clermont.

(3) Clermont à M: de Pompadour. Luinen, 27 mars 1758. Papiers de Clermont.

(4) Boyd à Holdernesse. Melle, 21 mars 1758. Military expeditions. Record Office.

(5) Boyd à Holdernesse. Vreckenhorst, 30 mars 1758. Military expeditions. Record Office.

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