PERTES DE L'ARMÉE FRANÇAISE
canon et notre fourrage; demain nous irons à Tellicht et le lendemain à Munster. »
En résumé, dans cette campagne de six semaines, commencée sur les bords de l’Aller vers le 20 février, terminée le 31 mars par l’arrivée au Rhin, l’armée française n'avait éprouvé, par le feu ou le fer ennemis, que des pertes peu importantes. D'action disputée, à l'exception du combat de Hoya, il n’y en avait pas eu; la défaite ou la surprise de détachements isolés, la capitulation de Minden, avaient livré au vainqueur bon nombre de prisonniers, mais n’avaient été sanglantes pour aucun des belligérants. Par contre, les malades laissés dans les hôpitaux, les trainards ramassés par les coureurs ennemis ou massacrés par les paysans, atteignaient un chiffre considérable. La situation, relevée au 30 avril, ne donne pour l'infanterie, déduction faite de 16 à 18 bataillons qai n'avaient pas encore fourni leurs états, qu'un total de 5.957 morts aux hôpitaux et 1.179 ayant déserté pendant les dix mois de la campagne. En tenant compte des corps omis et de la cavalerie, on aurait, de ce chef, un déchet d’une dizaine de mille hommes. Mais ce total doit ètre inférieur à la vérité, car mème en yajoutant celui des prisonniers, tant valides que malades, qui, d’après Reden (1), se serait monté à 11.000, ‘# déficit de l’an 1757 et des premiers mois de 1758 n'aurait été que de 21.000 hommes. Or, pour la seule retraite de l’Aller au Rhin, l'historien Renouard (2) évalue les pertes des Français à 478 officiers et environ 16.000 soldats. À en juger par la différence sensible entre les effectifs de 1757 et ceux de 1758, ce dernier calcul ne semble pas excessif.
En matériel, vivres, munitions, fourrages, équipages, les dégâts furent énormes. L'évacuation de Hameln fut in-
(1) Reden, vol. I, p. 144.
(2) Renouard, Ariey in Hannover. Cassel, 1863.
complète; il fallut détruire ce qu'on ne put emporter; à Lippstadt, on dut abandonner, faute de moyens de transport, 16 pièces de canon parmi lesquelles les trophées de la bataille d'Hastenbeck. « Il a été impossible, mande Clermont (1), d'enlever l'artillerie de Munster, ni même tous les effets du Roï; tous les chevaux de l'artillerie et des vivres sont crevés pendant la campagne... Comme ie desordre de l’armée n'a pas d'exemple, les secours des voitures du pays n'ont pas été tels qu'ils auraient pu être; à mesure que ces voitures arrivaient, elles étaient enlevées “et les chevaux étaient pillés dans les villages. »
A quel point étaient montés l'encombrement et la confusion, Gayot, l'intendant de l'armée, va nous le dire (2) : « Avant que d'arriver ici (Hameln), on m'avait mandé que les gros équipages de l’armée qui avaient été renvoyés trainaient à leur suite au moins 8.000 chevaux du pays; en arrivant ici, j'ai su qu'on n'avait pas exagéré, et gens de poids l’ont certifié en ma présence. Sur mes représentations il a été donné des ordres pour réprimer cet excès, et pour ramener au pare de cette ville tout ce qui se trouverait outrepasser le nombre de voitures que l’on ne peut pas refuser aux troupes; dans toute la journée d'hier cet ordre n’a fait rentrer que 16 chevaux de trait qui m'ont été ramenés par un sergent du régiment de Talaru. Je vous laisse à penser, Monsieur, s’il est bien facile de pourvoir au service avec de tels résultats. » L'accaparement des chevaux pour les besoins particuliers n'était pas le seul inconvénient de cet état de choses; il fallait nourrir ces animaux; aussi la correspondance de l'armée fourmillet-elle de plaintes sur le détournement ou le gaspillage des fourrages destinés à la cavalerie et au train.
(1) Clermont à Belleisle. Wesel, 30 mars 1758. Archives de la Guerre, vol. 3473.
(2) Gayot à Duverney. Hameln, 7 mars 1758. Correspondance de Gayot,. Papiers de Clermont.
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