‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 4)Chapitre 216 sur 361 · RÉPONSE DE BERNIS AUX PLAINTES DE VIENNE · texte numérisé non relu

RÉPONSE DE BERNIS AUX PLAINTES DE VIENNE

le même ton, en rappelant la précipitation avec laquelle l'Impératrice avait engagé la guerre en 1756, les échecs des armées impériales, les efforts faits par la France en 1757. Quant aux prétendues concessions, « le soulagement des # millions florins, continue-t-il, n’en est pas un... Il vaut mieux, si la cour de Vienne ne veut pas se prêter à un arrangement plus utile au Roi, laisser les choses comme elles sont que de chercher des soulagements imaginaires... Ainsi, monsieur, vous devez vou: occuper sérieusement du projet de faire la paix, et vous servir de toutes les ressources de votre esprit pour en démontrer la nécessité à la cour de Vienne et pour l’amener insensiblement jusqu'à la désirer. Je suis bien fâché qu'elle ait manqué le moment que j'avais indiqué. Nous serions convenus bien aisément avec les rois de Prusse et d'Angleterre d’une trêve et d’un congrès... Aujourd’hui nous ne devons plus faire la guerre pour notre agrandissement... Cette campagne doit done être consacrée à la seule vue de faire la paix à des conditions raisonnables... Le Roi et son conseil pensent donc, monsieur, qu'il faut tout sacrifier pour maintenir l'alliance, mais il ne faut pas risquer de tout perdre pour courir vainement d'un côté après la Silésie et de l’autre après les Pays-Bas ».

s'ans une lettre particulière (1), Bernis s'étendait sur les embarras financiers de la monarchie, sur le désarroi de la machine gouvernementale, et insistait sur l’état de l'opinion : « Notre nation est plus indignée que jamais de la guerre. On aime ici Le roi de Prusse à la folie parce qu'on aime toujours ceux qui font bien leurs affaires; on déteste la cour de Vienne parce qu'on la regarde comme la sangsue de l’État, et l’on se soucie fort peu de son agrandisse-

(1) Bernis à Stainville, 7 avril 1758. Masson, Mémoires el Lettres du cardinal de Bernis. Les copies de ces lettres sont aux Affaires étrangères et à la Bibliothèque nationale.

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ment et du nôtre. » La réponse officielle aux offres de la cour de Vienne fut beaucoup plus conciliante que la prose intime du ministre : On se déclarait prêt à porter le corps auxiliaire au total de 30.000 hommes et à le mettre en route au mois de juin; par contre, on désirait élever de 10 à 15 millions de livres l'économie sur les subsides.

Par le même courrier, Stainville fut informé de l'échec des négociations pour la neutralité du Hanovre. Comme il fallait s'y attendre, le roi d'Angleterre avait fait dire à Copenhague que ses engagements récents avec la Prusse (1) lui interdisaient d'accepter des pourparlers pour une paix particulière. En revanche, la Suède, fidèle à l'alliance, avait rejeté les ouvertures pacifiques qu'avait essayées le maréchal Lehwaldt auprès de ses généraux. Le traité avec le Danemark était en bonne voie; il n'y avait de difficulté (2) que sur l'insertion d'une clause par laquelle on réclamait de cette puissance la promesse de ne pas employer ses troupes contre la France et l'Autriche.

Sans savoir l'accueil que ferait l’Impératrice aux propositions du 7 avril et au commentaire qu’il y avait ajouté, Bernis revient (3) à son sujet favori, la nécessité de mettre fin à la guerre : « Nous sommes étonnés du courage ou de l’indolence de la cour de Vienne... Ce n’est pas le sort des armes qu’il faudrait tenter; il serait bien plus expédient de parler net au roi de Prusse pour la restitution de la Saxe et du Mecklembourg et lui laisser la Silésie; la paix serait bientôt faite; mais si on attend qu'il gagne encore trois ou quatre batailles, on le rendra le maître de l'Empire et le despote de l'Europe... Il n'y a point d’autre ressource assurée que la paix : 1° parce que nous ne sommes pas en état de soutenir la dépense plus d’un an; 2° parce que ni nous, ni nos alliés ne savent faire la guerre.

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(1) Traité du 11 mars 1758. Voir chapitre 1v. (2) Bernis à Ogier, 17 mars 1758. Affaires étrangères. (3) Bernis à Stainville, 16 avril 1758. Affaires étrangères.

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