BERNIS CHARGÉ DE PRÉPARER UN PROJET DE PAIX
j'aurais grande envie de me mettre dans l'état de la Ré-
publique de Venise, et par conséquent, je serai un allié peu utile ». ae
Pourquoi le cabinet de Vienne, jusqu'alors si rebelle à la pensée de terminer les hostilités sur des bases autres que celles du traité du 1% mai 1757, admettait-il la discussion sur ce point capital? Sans doute parce que Kaunitz, en tacticien consommé, avait compris qu’une fin de non-recevoir absolue ne ferait qu'aliéner le ministère de Versailles et éveiller la susceptibilité du souverain, tandis que, moyennant quelques concessions, il serait aisé de gagner le temps nécessaire pour poursuivre des opérations de guerre dans le succès desquelles on avait espoir. C'était bien là, en effet, la différence ertre la manière de voir des deux tours; le gouvernement de l'Autriche avait foi dans la victoire définitive de ses armes et ne se laissait pas abattre par des malheurs passagers; le cabinet français, au contraire, tout meurtri des échecs qu’il venait l’essuyer, avait perdu courage et ne songeait qu’à iaire cesser la lutte alors qu'il eût fallu se préoccuper de la revanche. Quant à la désignation de Bernis comme rédacteur des conditions de la paix future, c'était un tour de maitre que de confier au promoteur des idées pacifiques une mission aussi flatteuse qu'inextricable, de lui laisser l'initiative et la responsabilité de propositions qui avaient mille chances de ne pas aboutir.
Comme compensation aux défaillances du ministre des Affaires étrangères, Le cabinet de l'Impératrice avait enregistré avec satisfaction le transfert du portefeuille de la Guerre des mains du marquis de Paulmy dans celles du maréchal de Belleisle. Le premier, alléguant sa santé débile, avait demandé à être soulagé d'une partie de ses fonctions; à cette requête, le Roi fit une réponse (1) qui
(1) Starhemberg à Kaunilz, 8 mars 1758. Archives de Vienne.
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ne laissait d'autre porte de sortie que la démission. Paulmy s'exécuta de bonne grâce et abandonna son ministère tout en conservant sa place dans le conseil. A cette occasion, Louis XV fit brèche pour la première fois au vieux préjugé d’après lequel le département de la Guerre ne devait avoir pour titulaire qu'un homme de robe, et appela à ce poste Belleisle qui après quelques hésitations accepta, sous réserve de prendre son ami Crémille pour adjoint. Starhemberg se félicite de la nomination du maréchal qui faisait déjà partie du conseil et avec lequel il entretenait les meilleures relations. A l’en croire, le personnage n'était pas sans défauts; on pouvait lui reprocher d’être trop en dehors, d'écouter trop volontiers les auteurs de projets et les aventuriers de tout acabit qu'il invitait facilement à sa table, et devant lesquels il tenait des propos parfois imprudents; mais, par contre, son attachement à la cause commune, son expérience de la || guerre, son prestige auprès du militaire, son crédit auprès du Roi, son honorabilité et son activité lui assuraient l'autorité nécessaire pour rétablir la discipline dans l’armée et pour donner aux opérations de la campagne l'impulsion qui, jusqu'alors, avait fait défaut.
Pour ouvrir les voies à la pacification générale dont on admettait le principe, il fallait trouver une puissance qui consentirait à devenir l'intermédiaire entre les belligérants. Quel serait le médiateur? Kaunitz ne dissimuluit pas ses préférences pour l'Espagne (1) catholique et monarchique dont les sentiments paraissaient favorables, et dont on se croyait beaucoup plus sûr que de la Hollande et du Danemark. Bernis, qui avait déjà eu recours à la cour de Copenhague pour la tentative avortée de la neutralité du Hanovre, ne renonçait pas à ce canal. Du côté de la Hollande (2), il était difficile d'attacher quel-
(1) Slainville à Bernis, 30 avril 1758. Affaires étrangères. (2) Starhemberg à Kaunitz, 14 avril 1758. Archives de Vienne.
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RECHERCHE D'UN MÉDIATEUR POUR LA PAIX. 429 Ï Paulmy que poids aux propos de la Princesse gouvernante sur les ] inistère dispositions conciliantes de son père, le roi George; ce- ! 6 occa- pendant l'ambassadeur, M. d’Affry, avait été chargé d’af- LE 1 vieux firmer les bonnes intentions de la cour de Versailles, et ‘1 rre ne de suggérer à la Princesse que l'Angleterre ayant été la É. et ap- première à commencer les hostilités, c'était à elle de L tations faire les premiers pas, en indiquant les conditions auxe pour quelles elle serait désireuse de traiter. De Madrid, rien | il lu ma- de positif : Certes, l'ambassadeur espagnol, Massones, avait ps quel il laissé tomber quelques mots sur la cession à Sa Majesté e per-- Catholique de l’ile de Minorque ; mais, quand Bernis avait rocher invité d’Aubeterre à suivre cette piste et à s'en ouvrir es au- à Wall, notre envoyé avait répondu qu’à moins d'ordres qu'il formels il s'en garderait bien, parce qu’une allusion à tenait un sujet aussi scabreux pourrait avoir des résultats dé- , son sastreux.
de la A la demande de l’Impératrice, c'était Bernis, on l’a vu, It au- qui avait reçu mission de préparer les bases de la paix; aient c'était donc à Versailles que l'affaire allait s'amorcer. Starl’ar- hemberg obtenait ainsi une satisfaction d'amour-propre; l'im- jusque dans ces derniers temps, il avait eu seul la direction de toute négociation pendante entre les deux cours, nt on et il ne voyait pas sans quelque jalousie l’immixtion de e qui Stainville dans le débat; il était tenu, il est vrai, au couligé- rant par les dépèches de Kaunitz, mais il ne rencontrait uluit plus de la part de son ancien collaborateur Bernis la mo- | confiance d'autrefois, et se plaignait discrètement (1) du s, et rôle effacé dont il était contraint de se contenter. A dénmde faut de politique internationale, s’il fallait en croire les rs à bruits de la capitale, il s'intéressait aux intrigues de la e la | cour; on l'accusait de comploter, avec Bernis, la perte Du de la Pompadour en lui suscitant une rivale dans la periel- sonne de Me de Coislin. Starhemberg se crut obligé (2)
(1) Starhemberg à Kaunitz, 1°" avril 1758. Archives de Vienne. (2) Starhemberg à Kaunitz, 6 avril 1758. Archives de Vienne.
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de démentir ces racontars; jamais il n'y avait eu « brouillerie » entre Bernis et la maitresse attitrée ; la faveur de M de Coislin n'était qu’un caprice du monarque, sans conséquence; M°° de Pompadour conservait une position inattaquable:; quant à lui, il était resté absolument étranger à l'incident.
En guise de préface aux conversations diplomatiques qu'il allait renouer, le représentant de Marie-Thérèse passe en revue (1) le perscnnel du cabinet français. Rien à ajouter aux appréciations déjà citées sur le compte de Belleisle, dont il renouvelle l'éloge et constate l’action heureuse. Son coadjuteur Crémille est peut-être un excellent chef d'état-major, mais il n’a pas l’étoffe d’un homme d'État. « Tout le monde se plaint de M. de Moras; la marine coûte des sommes incroyables, certainement la moitié de plus que dans la dernière guerre, et jusqu’à présent, n'a fait absolument rien de bon; toutes ses opérations sont mal combinées et ne sont pas entreprises en temps utile; en plus les dilapidations, dans les affaires maritimes, sont pires que dans l’armée de terre. » I serait grand temps de placer « un homme de mérite à la tête de ce département comme on vient de le faire pour celui de la Guerre ». Le contrôleur général, M. de Boulogne, « peut avoir des qualités et posséder quelque routine de la finance », mais il n'est pas à la hauteur des circonstances difficiles que traverse le pays et ne sait pas trouver les ressources exceptionnelles dont on à besoin; il est, d’ailleurs, la créature et la doublure de Montmartel.
Quant au principal personnage du ministère, wernis, il n’est plus le même. Faut-il attribuer ce changement d’attitude au dépit d'entendre le public exagérer les succès obtenus par l'ambassadeur autrichien dans la négociation du traité secret, à la crainte d’accréditer, en lui montrant
(1) Starhemberg à Kaunitz, 17 mai 1758. Archives de Vienne.
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