RAPPORTS DE STARHEMBERG AVEC BERNIS
trop de confiance, les bruits qui circulent sur l'influence qu'exercerait cet étranger dans le domaine de la politique intérieure? Devait-on expliquer la réserve du ministre par son désir de ménager à la fois la Pompadour et Stainville en grandissant le rôle de ce dernier? Toujours est-il que leur commerce n'a plus l'intimité d'antan; il lui semble que parfois Bernis cherche à couper court à l'entretien et, sous prétexte d’affaires pressantes, à se débarrasser d’un interlocuteur devenu importun. Un dernier paragraphe de la dépêche nous apprend que les entrevues de Starhembeïrg avec la favorite sont moins fréquentes; il se borne à assister, avec ses collègues du corps diplomatique, aux réceptions quasi officielles du mardi. Était-ce, comme il le prétend, pour ne pas éveiller les susceptibilités de Bernis? Ou n'est-il pas plus probable que le ton des relations s'était ressenti de la cabale contre la marquise, vis-à-vis de laquelle le représentant de Marie- Thérèse se serait conduit, sinon en adversaire, peut-être en ami trop tiède?
Après une accalmie qui avait peu duré, les hostilités reprirent de plus belle en Moravie et sur les bords du Rhin, et donnèrent aux conversations de Bernis et de Starhemberg une actualité qui commencait à leur faire défaut. La nouvelle de l’arrivée du roi de Prusse sous les murs d'Olmütz causa une véritable panique à Vienne: aussi les instances pour l'envoi du corps auxiliaire devinrent-elles des plus pressantes et firent-elles même diversion aux craintes que soulevait à la cour de France le bruit d'une incursion des Prussiens en Franconie, «Il a été décidé, Monsieur le comte, écrit Bernis (1) à Starhembe:g, au conseil du Roi (et c’est le Roï qui à décidé) que, malgré la marche du prince Henri de Prusse en Franconie, malgré les cris que jettera l’Empire de se voir abandonné par
(1) Bernis à Starhemberg, 4 juin 1758. Archives de Vienne.