‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 4)Chapitre 222 sur 361 · BERNIS ASPIRE AU ROLE DE PREMIER MINISTRE · texte numérisé non relu

BERNIS ASPIRE AU ROLE DE PREMIER MINISTRE

n'avons point de gouvernement, Mes représentations sont inutiles; elles ne font qu'une impression passagère, Le publie abhorre le système, parce qu'il abhorre la guerre. Le militaire pense de même, On me menace par des lettres anonymes d'être bientôt déchiré par le peuple, et quoique je ne craigne guère de pareilles menaces, il est certain que les malheurs prochains qu'on peut prévoir pourraient aisément réaliser ces menaces, » Le ministre rappelle les avertissements qu'il avait donnés après les désastres de la Silésie, parle des embarras de la finance, et se pose la question : « Où est le remède? Il n'y en à qu'un seul. C’est un premier ministre qui soit capable ; mais je vous annonce que je ne veux pas l'être. IL faudrait en donner l'autorité au maréchal... Il a de la confiance en moi; je pourrais lui être utile et le conseiller sur bien des choses. »

La conception était juste. Pour la monarchie absolue qu'était alors la France, il fallait un directeur: à défaut du Roi, incapable de jouer ce rôle, il eût été indispensable que l’un de ses ministres prit le gouvernail, Bernis. qui revient à chaque instant sur la nécessité d'une impulsion centrale, eût assumé volontiers, sinon le titre, tout au moins la fonction de Président du Conseil. Il ne manquait pas d'ambition; mais il rencontra sur sa route l'opposition de Louis XV et de M° de Pompadour, jaloux tous les deux d’un pouvoir qui porterait ombrage au prestige de l’un, au crédit de l’autre. Hâtonsnous d'ajouter que l'abbé n'eût pas été à la hauteur de l'emploi. Pour jauger l'homme d'État, il suffit de parcourir sa correspondance intime, curieux mélange de critiques sur la conduite des affaires, de prophéties sinistres, d’éloges de sa perspicacité, de visées personnelles, de combinaisons aussi ingénieuses qu'irréalisables, de plaintes sur sa santé, sur l'état de ses nerfs, sur l'insuffisance de ses revenus, le tout assaisonné de

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professions d'affection pour ses amis, de désintéressement, de dévouement pour le Roi et pour la favorite. L'on y trouve de l'esprit, de la facilité d’assimilation, des aporéciations justes, &u bon sens, de l'honnêteté dans les intentions: mais de décision, de fermeté, de suite dans les idées, de sang-froid, il n'y à pas trace; peu d’acquis, des connaissances superficielles, beaucoup de préoccupation de soi, en résumé des aptitudes de diplomate en sous-ordre, mais ni les qualités essentielles, ni la prépaation voulue pour chausser les souliers d’un Richelieu, ou même d'un Mazarin.

Rendons cependant justice à Bernis : S'il pense à son chapeau de cardinal, s'il confond souvent le bien publie avec son propre avancement, il ne perd jamais de vue 1 son objectif, mettre fin à une guerre dont il à été l’un | des promoteurs, mais dont il est Le premier à reconnaitre {, les conséquences néfastes : l'obligation de la paix revient à chaque instant dans sa correspondance. IL en parle dans ses dépêches officielles, il l'écrit à Stainville dans ses billets particuliers: il la proclame à tous de vive voix et par

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la plume.

Pour l'effet qu'il voulait produire à Vienne, il eût été bon que le ministre se fût mis d'accord avec son souverain. Or, les lettres personnelles de Louis XV à Marie- Thérèse étaient rédigées en termes et étaient animées d'un esprit très différents de celles que Bernis échangeait avec l'ambassadeur. Dans la missive royale (1) postérieure de quatre jours seulement au billet ministériel cité plus haut, il était question des embarras de la France. mais de la nécessité de la paix pas un mot; tout au contraire, le Roi annonçait le dessein de « prendre des arrangements qui me procureront, à ce que j'espère, des fonds extraordinaires assez abondants pour me per-

(1) Louis XV à l’Impératrice, 10 juin 1758. Affaires étrangères.

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LETTRE DU ROI A L'IMPÉRATRICE, 435 ent, mettre de contauer encore la guerre pendant plusieurs L'on 0 années si nos ennemis cominuns se refusent à une pacifi-

des cation équitable et honorable pour nous. Je partagerai dans volontiers mes ressources avec Votre Majesté, et elle dans | doit être bien persuadée que ma fidélité à notre alliance puis, est et sera toujours indépendante du succès où du mal- )CCU- heur de mes armes. Quels que soient les événements e en je ne ferai ni paix ni trêve avec nos ennemis que de épa- concert avec Votre Majesté et je lui en donne de nouveau lieu, et de ma propre main, ma parole royale. Je ne doute pas que Votre Majesté, par un juste retour de sentiments son | et de confiance, ne prenne aussi avec moi et dans la 1blic même forme un engagement semblable ».

vue Ce langage loyal et viril vint à point dissiper la dél'un fiance de Marie-Thérèse. Lors d’une audience ({) qui avait aitre précédé de quelques jours la réception de la lettre ent à royale, l'Impératrice, en renouvelant à Stainville sa prodans messe de rester l’anue de la France, avait souligné cette bil- | déclaration d'un commentaire sarcastique : « Cette aspar surance doit vous faire plaisir, car vos affaires en Europe et en Allemagne sont si fort décriées que si vous ne t été m'aviez pas, vous n'auriez, je crois, personne. » Elle n'asou- vait pas dissimulé les appréhensions de son entourage arie- sur l’accomplissement des engagements de la cour de nées Versailles; à propos du corps de Soubise, dont elle désireait rait apprendre la mise en route, elle avait même observé, osté- non sans malice, que ce départ « ronvertirait beaucoup cité d'incrédules de sa cour ».

nce, Ajoutons à ces impressions défavorables les avis alarcon- mants de Moravie, les progrès des Prussiens devant 5 ar” Olmütz, le danger qui menaçait la capitale, et l'on des pourra s'imaginer la joie de la souveraine à la lecture per- du billet de Louis XV, que lui remit l'ambassadeur :

(1) Stainville à Bernis, 12 juin 1758. Affaires étrangères, Autriche.

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